Cameroun – Douane: Ventes aux enchères à tête chercheuse, corruption, filouterie et mafia

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Les vendeurs de véhicules d’occasion boudent les ventes aux enchères organisée par la Douane à Douala.

Ils refusent de prendre part à cette opération qu’ils qualifient de mascarade, tant que l’État ne met pas sur pied, une commission neutre pour superviser les échanges. Cela faisait huit jours, le vendredi 24 févier 2017, que la direction générale des Douanes a mis en vente aux enchères 2000 véhicules. Un événement qui draine une foule immense de curieux et de potentiels acheteurs au parc automobiles appelé communément: « place Socamar ». Mais au milieu de cette effervescence, une absence se fait sentir : celle des « célèbres » vendeurs de voitures de l’hôtel le Ndé. Les 1000 membres de l’Amicale des vendeurs automobiles d’occasion du Cameroun (AVAO) ont brillé par leur nonparticipation à l’événement. Et les raisons évoquées sont multiples: « vente à tête chercheuse, corruption, filouterie, mafia etc. ». A l’esplanade de l’hôtel le Ndé à Douala, fief des revendeurs, c’est l’ambiance des jours ordinaires. Les ventes aux enchères ont commencé depuis le 17 février 2017, et ici, elles n’émeuvent plus personne. Alors, c’est sans complaisance que les acteurs de ce secteur, donnent les raisons de leurs refus: « la vente de ces voitures n’est pas claire! Elle se passe dans les coulisses » lance d’entrée de jeu Félix Kouokang, le président de l’AVAO. Selon lui, la vente aux enchères des voitures, organisée par la direction des Douanes est une « mafia ». L’on apprendra que « les bons lots sont achetés à l’avance et ce sont des lots en piteux états qui sont présentés aux pauvres clients que nous sommes ». Pourtant, ça n’a pas toujours été le cas par le passé. « Il y a 13 à 15 ans, les ventes étaient justes et honnêtes » se souvient Felix Kouokang. Alors acheter une voiture à la vente aux enchères aujourd’hui, relève de la loterie, de la chance. « On ne sait jamais ce que l’on achète. La voiture est vue de l’extérieur, on ne l’essaye pas ! Par conséquent, on ne peut pas savoir dans quel état elle est réellement » explique Pierre, lui aussi revendeur de voiture. Les vendeurs de voitures d’occasion rencontrés à l’hôtel le Ndé, critiquent aussi le fonctionnement de la vente aux enchères. Pour eux, les vraies ventes se passent plus en privée. A la question de savoir pourquoi, les ventes aux enchères malgré tout, sont courues ? Il répond: « aujourd’hui, la Douane communique dans les médias pour annoncer les ventes…Ce qu’elle ne faisait pas avant. Des naïfs se ruent donc là-bas. Quand ils découvriront le pot aux roses, ils feront comme nous » s’est–il persuadé. Joint au téléphone, un douanier qui a requiert l’anonymat, explique que « ce n’est un secret pour personne. Pour rentrer en possession d’un bon lot, il faut avoir un parent à l’intérieur de la douane. Les bons lots sont achetés longtemps avant la vente publique et pour le vérifier c’est simple. Ce qui se passe souvent pendant ces ventes est qu’on vous présente un lot et on n’admet pas de surenchères. C’est directement adjugé et vendu » a-t-il relaté. Pour les revendeurs de voitures de l’esplanade de l’hôtel le Ndé, s’en est terminé les ventes aux enchères de la direction des douanes camerounaise. Depuis 2015 : « nous n’y allons plus depuis pratiquement deux ans. Nous avons d’autres sources d’approvisionnements » renseigne Felix Kouokang. Toutefois, le président de l’AVAO lance un appel au gouvernement en ces termes : « le Cameroun doit créer une commission indépendante. Celle-ci doit être constituée des agents de plusieurs ministères, pour que l’argent rentre effectivement dans les caisses de l’Etat. Parce que certains douaniers sont capables de vendre un véhicule à quelqu’un à 500 000 FCFA et déclaré, l’avoir vendu à 100 000 FCFA ».

La vision de la douane

En mettant aux enchères 2000 véhicules, la douane entendait par cette action, décongestionner le port de Douala et donner la possibilité au public de faire des bonnes affaires. Le vendredi 17 février 2017 à Douala, hormis les véhicules, la direction générale des Douanes (DGD) a aussi prévu de vendre au plus offrant des marchandises conteneurisées. La campagne va s’étaler sur plusieurs semaines. Le directeur général des Douanes, Edwin Fongod Nuvaga, dans l’avis de ventes; aux enchères publiques daté du 02 décembre 2016, expliquait que les marchandises dont les propriétaires n’ont pas pu assurer leur dédouanement et leur enlèvement de l’espace portuaire, seront mises en vente aux enchères publiques. Pour cette première vente aux enchères de l’année 2017, la direction des Douanes a communiqué sur cet événement grand public. Au lancement, 11 lots ont été mis à la disposition des potentiels acquéreurs. « Ce n’est que pour lancer l’opération, car nous allons progressivement augmenter les lots durant les prochains jours » annonçait l’un des membres de la Commission ad hoc des ventes publiques aux enchères. Une annonce qui n’avait pas ravie la foule. Après cette courte période de mécontentement, les responsables de la Douane ont immédiatement procéder à la mise en vente aux enchères publiques des 11 premiers véhicules. Le premier, une Toyota Carina, sera adjugé (vendu) au prix de 1,3 million FCFA. Puis suivra, une voiture allemande de marque BMW (Golf) qui, elle, sera cédée 1 450 000 FCFA.

Source: Le quotidien de l’économie : Ruth Estelle Belinga

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