Le problème anglophone: Une ronce aux pieds du gouvernement

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Contestation des anglophones au Cameroun
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Depuis environ huit mois, le climat sociopolitique est délétère dans les régions du Sud-ouest et du Nord-ouest. Nos compatriotes anglophones ont engagé un mouvement de désobéissance civile pour dire non à la francophonisation de leur espace de vie. Malgré des mesures prises par le régime du Renouveau, la situation s’enlise et le mal, telle une gangrène, est au bord de la métastase.

Octobre 2016. Le calme apparent qui régnait jusque-là sur les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest du Cameroun cède l’espace à une crise sociale explosive. D’abord, des avocats anglophones désertent les prétoires pour gagner la rue, histoire de revendiquer la version en anglais du Traité Ohada et de dénoncer la francophonisation du sous-système judiciaire dont la Common law est le socle conceptuel. Ces hommes et femmes en robe noire, exigent la nomination des anglophones maîtrisant la Common law dans les différentes juridictions de la partie anglophone du pays et à même de dire le droit aux justiciables dans une langue qu’ils comprennent mieux. Les avocats n’ont pas fini de battre le pavé, que des enseignants anglophones sont sortis du bois pour manifester leur désarroi. Encore au banc des accusés, la francophonisation du sous-système éducatif hérité du système anglo-saxon.

Comme l’occasion fait le larron, les populations de Bamenda se jettent en masse dans la rue pour exiger l’amélioration des standards de vie. Plus d’eau, plus de routes, plus d’électricité, moins la vie chère…Effet de contagion à Buea. A l’Université de la ville éponyme, des étudiants crient à hue et à dia à une injustice imposée par les autorités universitaires à savoir frapper d’une pénalité pécuniaire de 10.000Fcfa, tous ceux des étudiants qui paient avec retard les droits universitaires. Suffisant pour provoquer l’ire des Cop’s de Buea obligés de manifester vertement leur désapprobation. Une manif du reste, réprimée violemment par la soldatesque en furie. Pillages, viols, vols sont au menu de la répression aveugle des forces de maintien de l’ordre lourdement armées qui affrontent des jeunes gens aux mains nues. La tension atteint son apogée.

Dans la foulée, la fourniture d’Internet est coupée dans ces parties du pays, avant d’être rétablie à nouveau après de longs mois de black-out numérique, avec pour conséquences, des pertes financières et autres manques à gagner subis par des start-up et autres entreprises. Dans le même temps, plusieurs leaders de la contestation sont arrêtés, le Consortium des organisations de la société civile anglophone est interdit… comme le mouvement indépendantiste, le Southern Cameroon national council (Scnc) voué aux gémonies par Yaoundé. Les positions se raidissent. La radicalisation en marche. Bamenda est ville morte. Buea vit au ralenti… Les revendications corporatistes d’hier cèdent la place à un débat que les anglophones appellent de tous leurs vœux portant sur la forme de l’Etat. Pour ces compatriotes, seul le fédéralisme est la clé de la sortie de crise ce d’autant que la mal gouvernance et la non application intégrale de la Loi sur la décentralisation sont à l’origine des maux dénoncés.

Thèses séparatistes

Le régime de Yaoundé est sans ambages. Le Cameroun reste un Etat unitaire décentralisé. Un et indivisible. Pas de débat sur la forme de l’Etat… Malgré des concessions du gouvernement et des mesures telles la création des départements de Common law dans les Universités, l’introduction de cette Common law à l’Ecole nationale d’administration et de la magistrature (Enam), la création de la Commission nationale du bilinguisme et du multiculturalisme…on n’est pas sorti de l’auberge. Face à cette situation tendue la Coalition citoyenne pour le peuple (Coacic) est formelle : «Avec cette crise anglophone, une menace réelle pèse sur notre vivre ensemble. Au fil des jours, le conflit s’enlise et comme une maladie mal traitée, crée des résistances ? Et cette situation crée des conditions d’une adhésion massive aux thèses séparatistes et indépendantistes».

Le cardinal Christian Tumi du haut de son charisme est monté au créneau in Médiapart «J’essaie de comprendre ce qui se passe, parce que j’ai passé presque quarante ans de ma vie de prêtre au Cameroun francophone et je suis originaire du Cameroun anglophone. Donc, je crois que j’essaie de comprendre les deux côtés… […] La majorité des anglophones veut que l´on retourne au fédéralisme, pas la séparation. Le Cameroun reste un et indivisible». Le prélat n’est pas entendu par les thuriféraires du parti proche du pouvoir.

Bien plus, ce chanoine au verbe acerbe contre le régime, est moqué par Yaoundé. Mise sur la place publique par des avocats et enseignants d’expression anglaise, la question anglophone s’est heurtée à l’usage disproportionné de la violence par la classe politique. Des revendications qui auraient pu trouver des solutions immédiates, se sont transformées, du fait de l’inertie et de l’incapacité du gouvernement, en crises sociales, politiques et en violations flagrantes des droits de l’Homme. La question anglophone qui n’a pu être solutionnée sous Ahidjo fait partie du legs à Biya. Une patate chaude que ce chef de l’Etat va refiler certainement au prochain président de la République…

Alain NJIPOU
Source : Le Messager

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