Boris Bertolt: « La mort de l’évêque de Bafia n’est pas simple.Il faut ouvrir une enquête criminelle »

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Le décès de l’évêque de Bafia, Mgr Jean Marie Benoît Balla n’est en rien un fait normal. Il s’agit d’une affaire qui nécessite une sérieuse investigation criminelle afin de déterminer les véritables raisons de sa disparition. Et ce pour au moins deux raisons : les circonstances du décès et les morts en série au sein du clergé de Bafia.

Tout d’abord, la thèse du suicide montre que les choses ne vont pas bien. En effet, dans son célèbre ouvrage paru en 1897 intitulé Le Suicide, Emile Durkheim considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie argue que le suicide n’est en rien un phénomène individuel, mais un fait social total. C’est-à-dire pour comprendre les raisons pour lesquelles un individu se donne la mort, il ne faut pas se concentrer sur l’acte ou sur lui, mais analyser les conditions dans lesquelles cet acte se produit. Il est dès lors urgent que l’enquête criminelle qui va s’ouvrir essaie de savoir ce qui se passe au sein du diocèse de Bafia : la vie du clergé, leur rapport à la population, les influences politiques, les rapports avec l’élite locale. Autant d’éléments qui peuvent permettre de savoir dans quel contexte le suicide (si c’est un suicide) s’est produit. Durkheim va plus loin en soulignant : « Ces raisons que l’on donne au suicide ou que le suicidé se donne à lui-même pour s’expliquer son acte, n’en sont, le plus généralement, que les causes apparentes. Non seulement elles ne sont que les répercussions individuelles d’un état général, mais elles l’expriment très infidèlement, puisqu’elles sont les mêmes alors qu’il est tout autre. »

Ensuite, il y a quelques jours, décédait également à Bafia dans sa chambre un prêtre, le recteur petit séminaire saint André de Bafia. La version officielle est qu’il s’est suicidé. Il s’agit dès lors en l’espace de moins d’un mois du décès de deux membres imminents du clergé de Bafia. Chez ces deux, la thèse du suicide est avancée. Or, chez Durkheim, se sont les déterminants sociaux qui justifient un suicide. Dès lors quelque soit la situation, il est important que deux enquêtes criminelles soient ouvertes.

Ce sont ces enquêtes criminelles qui permettront de déterminer les conditions du décès. S’il s’agit d’un suicide, mort naturelle ou d’un meurtre. C’est d’autant plus important qu’il s’agit de décès en série au sein du clergé à Bafia. Or des décès en série dans une société ou un environnement tout comme le degré de suicide permettent de déterminer le niveau de cohésion sociale.Plus les gens meurent se suicide, ou sont tués, plus cela prouve que la société est en crise Avec les premiers éléments que nous avons, on peut déjà conclure que les choses vont très mal. Certaines réactions de personnes ayant côtoyées Mgr Benoît Balla privilégient une autre thèse que le suicide.

Par Boris Bertolt

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