Alternance sous tension ou continuité dans le chaos

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Ce sont là, deux éventualités redoutées par certains observateurs de la scène politique camerounaise pour l’année 2018. Une année au cours de laquelle, le pouvoir de Yaoundé est appelé à organiser cinq consultations électorales. Avec surtout, une présidentielle où il sera question soit de passer la main, soit d’adopter pour la continuité. Non sans risques.

Depuis le retour du Cameroun au multipartisme en 1990, c’est pour la toute première fois que le pays est confronté à pareil échéancier politique aussi surchargé. En l’espace d’un an, le pouvoir de Yaoundé aura à charge d’organiser pas moins de cinq scrutins. Malheureusement, cinq mois seulement avant le début de cette année de tous les risques et même de tous les dangers, aucune indication claire jusqu’ici, ne nous est donnée pour prouver que le régime au pouvoir va honorer à ces rendez-vous capitaux pour l’avenir de la nation. Tout reste dans le flou. Tout reste dans le noir. Le calendrier électoral comme d’habitude, reste à la discrétion du seul «vieux Lion». On ne sait à quelles dates se tiendront respectivement la présidentielle, les législatives, les municipales, les sénatoriales ou encore les régionales. C’est un secret d’Etat que ne maîtrise que le «prince» à la tête de l’ordre gouvernant au Cameroun depuis plus de 35 ans.

Le calendrier électoral n’est pas l’unique préoccupation source d’appréhensions autour des échéances politiques attendues. La loi de l’omerta adoptée par les tenants du pouvoir est de mise par rapport aux préalables à réunir pour qu’on aboutisse à des consultations calmes, transparentes acceptables par tous. Le consensus autour du code électoral n’a jamais cessé de faire des gorges chaudes. Il continue de donner des insomnies aux membres de la société civile et surtout, à la classe politique nationale de l’opposition. Cet épineux est suffisamment conflictogène. Le dos rond et la sourde oreille que le pouvoir continue de réserver comme réponse, inquiètent à plus d’un titre.

Tout aussi inquiétante est, l’éternelle revendication autour de la révision du rôle et des attributions de Elections Cameroon (Elecam) dans le processus électoral. La neutralité de ses membres continue d’être l’objet de multiples suspicions, les «opposants» n’ont jamais cessé de demander un découpage territorial qui respecte de façon rationnelle, les chiffres du recensement général de la population. Bruyamment, mis sur la table à chaque échéance électorale, ces problèmes pourraient dégénérer à tout moment et conduire le pays vers l’instabilité. Ce d’autant que, beaucoup les considèrent comme des maillons essentiels mis en place par le pouvoir pour bloquer toute éventualité d’alternance donc, de garantir sa perpétuité.

Présidentielle

Ce serait l’échéance de tous les dangers en 2018. Loin de nous l’intention de nourrir un certain catastrophisme au sein de l’opinion camerounaise. Le ton radical qui accompagne les positions des uns et des autres dans le contexte politique actuel au Cameroun, ne rassure pas. Pendant que du côté du faveur de l’entrée en lice de son champion naturel» de toujours, du côté de l’opposition, il y a comme une montée en puissance chaque jour, des slogans empruntés aux mouvements de contestation qui ont porté des fruits en Afrique de l’Ouest et qui proclament à unanimité : «ça suffit» ou «y en a marre». Des propos similaires se lisent entre les lignes du slogan «tout sauf Paul Biya en 2018». Mouvement dont l’Enseignement d’université Prosper Nkou Mvondo est le porte-parole. Dans une interview accordée à Signatures n° 006 du mardi 8 mars 2016, il n’est pas du tout chiche en clarifications sur ce mouvement «… le Mouvement est né d’une résolution prise au cours du premier congrès du parti politique Univers… plus de 80 % des militants de ce parti ont moins de 25 ans. Ces jeunes refusent d’être gouvernés par homme de 83 ans. C’est-à-dire, un homme qui, naturellement ne peut rien comprendre aux problèmes de la génération dite Android…». Plus loin il poursuit : «… A plus de 80 ans, un être humain ne peut même plus balayer sa propre maison. Parfois, il a besoin d’être assisté pour satisfaire ses besoins les plus élémentaires de la vie… Nous avons pensé, depuis des années, que ces gérontocrates allaient comprendre qu’ils sont déjà usés, fatigués, qu’ils sont devenus contre productifs pour le Cameroun. Puisqu’ils s’entêtent à demeurer aux commandes des affaires publiques, le mouvement mis en place par le parti Univers, entend les faire partir…»

De l’intérieur même du parti au pouvoir, des échos qui rejoignent parfaitement ces propos de Prosper Nkou Mvondo sont perceptibles. Même s’il est considéré comme un aigri, le professeur émérite, Agrégé de philosophie et exégète de la doctrine du parti proche du pouvoir dès sa création, n’en dit pas mieux: «… Tout le monde connaît ma proposition quant à la candidature du président Paul Biya à toute élection future. Depuis dix ans au moins, je suggère qu’il ne se présente plus à cette compétition, pour éviter des éclaboussures et des égratignures susceptibles de souiller son image et la majesté de son leg… » (Signatures N°0011 du mardi 12 avril 2016).

donne lieu à des joutes oratoires sur les plateaux de télévision et des multiples stations de radio. Des débats qui ne vont pas sans nous rappeler les tristes événements des années dites de «braise» en 1990, 1991 et 1992. Ils ont complètement paralysé le pays et l’ont plongé davantage dans la crise économique qu’il subissait depuis 1985. Les apôtres de la casse et de la pyromanie nous ont montré ce dont ils étaient capables pendant ces années-là. Les cellules dormantes de leurs nombreux gangs, pourraient se réveiller en 2018, pour nous démontrer qu’ils ont bien assimilé toutes les stratégies à eux apprises. Danger !

© Signatures:Franklin Lemana Tina

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