Mathias Eric Owona Nguini: la nomination d’un comité de normalisation au Cameroun « n’est pas une manœuvre gratuite »

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Mathias Eric Owona Nguini, politologue. ©Droits réservés
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Dans une interview accordée à une radio locale, le politologue a réagi sur la remise à plat du fonctionnement de la Fecafoot décidée par la Fifa le 23 août dernier.

Sur la nomination d’un nouveau comité de normalisation …

Coup de théâtre qu’il y ait un nouveau comité de normalisation. Ça veut dire que nous sommes revenus à la case de départ. Sans certitude que cette fois-ci, le problème sera effectivement réglé, parce que ce problème n’est pas simplement un problème de droit. C’est un problème qui est lié aux luttes de pouvoir et d’intérêt aussi bien au niveau de la sphère footballistique que même au sein de la sphère politique en général.

Sur le cadre juridique mis en place par le précédent comité de normalisation …

On recommence à zéro parce que la Fifa s’appuie sur la sentence de la Chambre de conciliation et d’arbitrage puis sur celle du Tribunal arbitral du sport (Tas). Mais ce n’est pas parce qu’on revient à zéro que tout est joué. Tout ce processus tourne autour des oppositions entre le droit camerounais qui s’applique aux organisations sportives d’une part, et puis de l’autre côté, le droit international du sport notamment le droit de l’arbitrage sportif international parce qu’il y a manifestement des contradictions qui ont joué un rôle dans tout ce processus.

Si l’on s’en tient par exemple, à la manière dont la Chambre de conciliation et d’arbitrage a annulé le  processus électoral à la Fédération camerounaise de football, il y a plusieurs aberrations dans tout ce qui s’est passé. Parce qu’au fond, les élections n’ont pas été annulées en elles-mêmes, que ce soit les élections au niveau départemental ou régional, ou que ce soit même l’élection à la Fecafoot elle-même. On a annulé l’élection parce qu’on a annulé les statuts et pourquoi on a annulé les statuts ? Parce que sur une centaine d’articles, il y en avait un qui n’était pas en conformité.

Or, il était parfaitement possible et plus raisonnable d’annuler partiellement ces statuts sans invalider l’élection parce que l’élection n’était pas en cause. Mais, comme c’est une lutte d’intérêt, ça a permis à certains d’avoir le bon prétexte pour annuler tout le processus électoral. Par ailleurs, ce qui aurait dû être fait, c’était d’annuler élection par élection. Or, on a annulé les élections d’un trait. C’est une aberration.

Sur la requête de d’Abdouraman Baba Hamadou…

La sentence du Tas, elle aussi pose problème, parce qu’il y a des principes élémentaires en droit processuel. Lorsqu’une requête est déclarée irrecevable dans la forme, vous ne pouvez plus examiner le fond. Or, ce qui s’est passé, c’est que le Tas dit que la requête présentée par M. Abdouraman Baba Hamadou est irrecevable, parce qu’elle serait arrivée en retard. Mais, il dit quand même, et en réalité c’est superfétatoire, que ce n’est pas parce qu’on dit que cette requête est irrecevable que ça veut dire que la sentence de la chambre de conciliation et d’arbitrage est annulée. Là aussi, c’est extrêmement problématique. C’est pour ça qu’on ne serait pas surpris que certaines des parties, rentrent à nouveau dans le jeu du contentieux.

Sur la possibilité de recours du Cameroun…

D’abord, la Fifa n’est pas une juridiction. Ensuite, la décision de mettre un nouveau comité de normalisation comporte au rang de ces motifs, l’évocation de la sentence arbitrale du Tas. Or, cette sentence viole manifestement le droit procédural suisse et peut donc s’exposer à être attaquée.

Sur l’organisation de la Can 2019

Attendons de voir ce qui va se passer. Il y a une logique de forcing (…) Une chose est de mettre en place un tel comité de normalisation. Une autre, c’est le rapport de force sur le terrain. En réalité, ça peut devenir un véritable travail de Sisyphe que de restructurer la Fecafoot.

Je crois que dans les manœuvres, le moment choisi par la Fifa n’est pas gratuit. Il s’agit manifestement d’un coup porté contre la possibilité que le Cameroun organise la prochaine Coupe d’Afrique des nations. Même s’il n’y a pas de lien formel entre les deux situations, ce qu’il va être très difficile à la Fecafoot avec un comité de normalisation de s’occuper à la fois de faire tout le travail de restructuration de la fédération et, en même temps, d’être impliqué avec toutes les autres instances de l’organisation de la Can. Ce n’est pas une affaire de droit, c’est une affaire de lutte d’intérêt et de pouvoir.

Source: Journalducameroun.com

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