Yaoundé: Les nouveaux visages de la criminalité

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L’heure est grave. Pour circuler dans la ville de Yaoundé, il faut désormais prendre toutes les précautions possibles pour espérer rentrer chez soi le soir avec ses biens (téléphones, ordinateurs portables, porte-monnaie, argent, véhicules, etc.). C’est que les malfaiteurs multiplient les techniques de vol.

Leur inspiration ne semble pas avoir de limite.Quand le citoyen croit s’être protégé d’un vol à l’arrachée, il est surpris par une agression ou une autre technique. Votre journal a recensé sans être exhaustif quelques modes opératoires de ce que nous avons appelé «la petite criminalité». Qualifiés de vol simple, ces actes répréhensibles sont des délits passibles d’une peine de cinq à dix ans d’emprisonnement et d’une amende de 100.000 à 1.000.000 Fcfa comme le prévoit l’article 318 du code pénal.

Vol à l’arrachée…Des victimes à la pelle

En ce début de soirée du mercredi 16 août, Hermine est dans un taxi en direction de Ngousso, son lieu de résidence. Le véhicule qui la transporte va tomber dans les embouteillages au niveau d’Elig-Edjoa. Pour ne pas s’ennuyer, la jeune étudiante va plonger son nez dans son téléphone. Quelques minutes après, elle va pousser un cri qui aura le mérite d’attirer l’attention de ses voisins de siège et des autres véhicules. Hermine vient de se faire dépouiller de son téléphone portable. Les pleurs de la jeune fille suffisent à démontrer à quel point elle était attachée à cet appareil qui contenait ses tranches de vie.

Hermine n’est qu’une victime de plus. Désormais, manipuler son téléphone dans un véhicule est une activité à hauts risques. La génération dite « tête baissée » en paye le prix fort. «Je ne compte plus le nombre de fois que l’on m’a arraché le téléphone des mains alors que j’étais à bord d’un taxi. Autour de moi également, c’est d’ailleurs le mode opératoire en vogue », confie Laurence Mballa, étudiante.

Généralement en embuscade dans les rues embouteillées, ils opèrent aussi bien en journée que de nuit. « Ils m’ont arraché mon téléphone à 15h au niveau du carrefour Atangana Mballa, j’étais en train de passer un appel », raconte une victime de ces pickpockets d’un nouveau genre. Un vol qui a fait prendre moult précautions à la jeune dame. « Quand j’entre dans un taxi maintenant, je bloque systématiquement les portières. Si les vitres sont baissées, je les remonte de telle sorte qu’une main ne puisse pas y passer », déroule-t-elle.

Par Aïcha Nsangou


Agression à la drogue …Le calvaire des chauffeurs de taxi

Son agression, Nicolas Menye s’en souvient comme si c’était hier. « C’était un 26 décembre, il était 22h. Il y avait deux hommes installés à l’arrière et une dame à l’avant. Arrivé au rond-point de l’Ecole nationale d’administration et de la magistrature, j’ai senti comme une odeur d’alcool, quand subitement l’un d’eux s’est jeté sur moi et m’a appliqué un mouchoir dans la bouche et au nez. J’ai senti mes forces m’abandonner petit à petit. La suite, je ne sais plus. Je me suis réveillé vers 4h, mon taxi et ma recette avaient disparu », explique le taximan.

La pratique est légion dans le secteur du transport, surtout pour les travailleurs de nuit, apprend-on des concernés. Plusieurs chauffeurs de taxi en ont déjà fait les frais au moins une fois. Cette pratique entre dans ce qu’ils appellent « les risques du métier ». «J’en ai été victime, mais ils ont juste filé avec la recette de la journée, ont laissé le taxi parce qu’il y avait beaucoup de circulation dans le secteur où j’étais », avoue Jérôme Batoum, un chauffeur de taxi reconverti en mécanicien. C’est d’autant plus flagrant qu’en une journée, des passagers se succèdent par vingtaines dans les taxis.

Il s’avère donc difficile pour ces « guides de la ville » d’identifier de potentiels voleurs. « Nous voyons tellement de visages en une journée que nous ne pouvons pas toujours être sur la défensive. Dans tous les cas, quand c’est votre jour, tout peut vous arriver », ironise Stephane Siewé. Il ajoute par ailleurs que la seule façon d’échapper demeure la vigilance et le contournement de certains axes peu éclairés et isolés de la ville dans la nuit.

Par Rosine Ntolo


Surcharge…Attention danger !

Asseyez-vous bien madame. Cette phrase est couramment utilisée par les malfaiteurs installés à bord des taxis pour dépouiller les clients. La majorité de leurs proies ici étant celles qui occupent la 6ème place, et donc en situation de « surcharge ». Les victimes de ce mode opératoire affirment que les faits se déroulent aussitôt qu’elles se sont installées dans le taxi. « J’ai eu la malchance de prendre le taxi des agresseurs dans la ville de Yaoundé. J’étais au lieu dit Entrée Simbock et je me rendais à la Poste centrale. J’ai été surprise lorsque, au lieu-dit Maison blanche à Biyem-Assi, le chauffeur m’a demandé de prendre un autre taxi, car il avait changé de destination », raconte Aline Tchameni. « C’est un ami taximan qui m’a fait comprendre que si le taxi m’a laissé en cours de route, probablement, j’ai été soutiré. Et lorsque je me suis mise à fouiller mon sac à main, j’ai constaté qu’effectivement, mon porte-monnaie avait disparu du sac », ajoute Aline.

De source policière, ce genre d’opération, qui vise globalement les femmes, se fait parfois avec la complicité des chauffeurs de taxi. « Lorsqu’on vous soutire dans un taxi et que le chauffeur vous demande de descendre, cela veut dire qu’il s’agit d’une voiture de bandits et par conséquent, il vous dépose pour chercher une nouvelle proie.

Par contre, si après vous avoir soutiré, le chauffeur vous dépose à destination, c’est qu’il ne fait pas partie de la bande d’agresseurs », explique la source policière.

Par Josiane Afom


Faux clients…Des arracheurs de sacs

Les malfaiteurs développent chaque jour encore plus de nouvelles stratégies de vol pour dépouiller leurs victimes. Dans les taxis par exemple, la tendance est aux faux clients. Ils stoppent le véhicule et donnent leurs destinations. Sauf qu’au lieu d’ouvrir la portière et d’entrer dans le véhicule, ils ouvrent et arrachent soit le sac, soit le téléphone du passager assis le plus près de la portière, avant de s’enfuir. Généralement, personne ne se met à leurs trousses.

Myriam Ngouem se souvient encore de ce jour où elle a été dépouillée. « Un bandit a arraché mon sac à main le mercredi 08 mars dernier. Il contenait toutes mes pièces officielles et mon argent du loyer », s’attriste-telle. « J’ai dû m’endetter pour payer mon bailleur », poursuit la jeune dame. Mais avant de se rendre dans un commissariat pour établir d’autres pièces, elle est revenue plusieurs fois sur le lieu de l’agression et aux alentours. « J’avais espoir que ces malfaiteurs vont jeter ma carte nationale d’identité », confie-t-elle.Selon un chauffeur de taxi, ce sont les femmes qui sont les principales victimes. L’une des raisons serait leur manque de concentration. « Elles ne tiennent jamais bien leurs effets. Parfois, elles sont en train de manipuler leurs téléphones et les voleurs en profitent », croit savoir un chauffeur.

Par Paulette Ndong


© Source : Quotidien Mutations
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