Cameroun – Gestion de crise : Le versatile et ondoyant Paul Biya

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Adepte du cryptage et du contrepied, le chef de l’Etat retarde au maximum sa réaction à chaque crise, quitte à prendre le contrepied de ses partisans zélés qui se précipitent souvent à prendre position.

Depuis 35 ans qu’il dirige le Cameroun sans discontinuer, plusieurs crises ont ébranlé le pays que l’on présente souvent comme un antre de paix et de stabilité. Paul Biya a tout d’abord été confronté à la crise de légitimité lorsqu’il accède à la tête de l’Etat le 6 novembre 1982 après la démission d’Ahmadou Ahidjo en 1982. Confronté à la crise de légitimité, le successeur constitutionnel devenu président de la République par le biais de la démission du titulaire du poste jusqu’en novembre – après 22 ans de magistrature suprême -, se fait élire président de la République le 14 Janvier 1984.

En mars 1985, à Bamenda, Paul Biya, jusque-là premier vice-président du comité central de l’Union nationale camerounaise (UNC), transforme ce parti politique en Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Non seulement, il étoffe sa légitimité sur la machine politique, mais il en prend la présidence. Paul Biya est confronté à la crise de pouvoir en 1984 lorsqu’une faction de la garde républicaine tente de s’emparer du pouvoir en actionnant la gâchette. Par la suite, cette unité de l’armée sera dissoute, remplacée par la garde présidentielle. Les présumés putschistes seront condamnés, pour ceux qui ne se sont pas exilés. Ils seront par la suite amnistiés. Certains ont même joui de la sinécure gouvernementale.

2011 aurait dû être une année charnière dans l’histoire politique du Cameroun, si l’on avait rigoureusement appliqué la constitution. Puisque Paul Biya épuisait son second mandat non renouvelable à la tête du Cameroun, selon les termes de l’article 6 (2) d’alors. Cette option a aiguisé les appétits. Et les guerres de positionnement et de réseaux ont opposé les thuriféraires du régime. Paul Biya quittera-t-il le pouvoir, déclassé par la limitation des mandats ? Par une révision constitutionnelle controversée, l’Assemblée nationale adopte la rééligibilité sans bornes du président de la République, refroidissant les ambitions présidentielles de ceux qui revêtaient déjà le costume présidentiel dans leurs rêves.

A un an de la présidentielle, le Cameroun est ébranlé par la crise anglophone. Ils sont nombreux, ces soutiens du régime qui se précipitent à donner leur point de vue sur cette crise et à s’adosser sur les propos présumés de Paul Biya pour crédibiliser leur prise de position. Quand Jacques Fame Ndongo s’est exprimé sur cette crise sur les ondes de Radio France internationale (RFI) dans sa posture de secrétaire national à la communication du RDPC, il a laissé entendre qu’il paraphrasait Paul Biya. Le militant du parti au pouvoir a affirmé, péremptoire, que la forme de l’Etat est non négociable, comme l’aurait indiqué Paul Biya lui-même. Quelques jours plus tard, l’ambassadeur du Cameroun en France, Samuel Mvondo Ayolo, fera du bis repetita sur les mêmes ondes françaises.

Contrepied

Sans remettre en doute la fiabilité des propos du secrétaire national à la communication du RDPC et du diplomate se référant au chef de l’Etat, l’on devrait s’entourer de circonspection surtout que les propos et intentions imputés à Paul Biya ne sont pas formellement traçables. Lorsque le vent de l’Est a soufflé sur le Cameroun début des années 1990, certains thuriféraires du régime avaient formellement indiqué que jamais le Cameroun n’opterait pour un régime démocratique.

Des militants du parti au pouvoir ont organisé des marches de soutien au monolithisme en disant «non à la démocratie !» Ceux qui avaient battu le pavé à Douala et à Yaoundé laissaient entendre qu’ils ne faisaient que divulguer la position de Paul Biya sur la pression démocratique aux origines exogènes. Mais, quelques mois après, Paul Biya lâchera du lest. Le Cameroun opta pour le pluralisme partisan et syndical, tout en desserrant l’étau trop étroit qui délimitait les libertés publiques au Cameroun. Ceux qui dénonçaient l’avènement de la démocratie sont réduits à célébrer ses mérites, par souci de conformisme.

Au-delà des soubresauts internes, l’intégrité territoriale du Cameroun a été menacée. Pour la crise de souveraineté sur la presqu’île de Bakassi avec le Nigeria, Paul Biya optera pour les voies de droit. Le Cameroun, bien qu’étant militairement présent sur le territoire convoité, avait eu recours à la Cour internationale de justice (CIJ) dont la sentence a reconnu la «camerounité» du territoire convoité par les deux pays voisins. Depuis un an, le Cameroun est secoué par la crise anglophone dont les origines remontent à la réunification, les mécontentements et revendications des citoyens du Nord-Ouest et du Sud-Ouest couvant depuis des décennies. L’hypothèse de la partition du pays est asociale, puisque même certains anglophones la rejettent.

Mais certains Camerounais, francophones et anglophones, pensent qu’il faut un large débat sur la forme de l’Etat. Ce d’autant qu’une partie des Camerounais croient que le fédéralisme serait la meilleure organisation de l’Etat. Des partisans du régime semblent clore la question en prétextant que Paul Biya aurait affirmé qu’il n’y aurait pas de débat sur la forme de l’Etat. Sur ce débat sur l’organisation de l’Etat, seul Paul Biya est apte à donner son point de vue sur le fédéralisme. Quitte à vibrer sur la même longueur d’ondes que ses partisans ou alors à ramer sur un autre courant.

© Baromètre: Christian Lang

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