Cameroun : qui sont les candidats déclarés à la présidentielle de 2018 ?

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La présidentielle camerounaise, prévue en octobre 2018, aura lieu dans moins d´un an. Une éternité, si l´on s´attache à la brûlante actualité du pays. Pourtant, de nombreux candidats se sont déjà déclarés, espérant concilier départ précoce et présence dans le sprint final.

Parmi les prétendants, Akéré Muna est sans doute celui qui a réussi le lancement le plus retentissant. Certes, l’avocat n’a pas de parti derrière lui. L’ancien bâtonnier se présente même à une présidentielle pour la première fois. Mais le fils de Solomon Tandeng Muna, ancien Premier ministre, ne manque pas pour autant d’expérience.

Voici de longs mois, bien avant qu’il officialise sa candidature, qu’il songe à imiter son ami le président ghanéen Nana Akufu-Addo, et à faire mieux que son frère Bernard, candidat malheureux mais auteur d’une belle campagne en 2011. Natif du Nord-Ouest, il est pour le moment le seul à pouvoir jouer la carte d’une naissance en zone anglophone, alors que la crise y sévit toujours.

Cinq autres régions sont à l’heure actuelle représentées. Trois ont déjà vu se déclarer deux candidats : l’Ouest, avec Corantin Talla (l’ancien Général Schwarzkopf, exilé aux États-Unis) et l’agronome Bernard Njonga ; le Centre, avec l’entrepreneur Jean Blaise Gwet et le jeune Cabral Libii ; et le Littoral, avec Serge Espoir Matomba et Paul Éric Kingue. L’Est et l’Extrême-Nord, respectivement avec Olivier Bilé et Garga Haman Adji, tous deux déjà présents en 2011, devraient également être de la partie.

Les poids lourds attendent encore

Le casting de la présidentielle 2018 reste toutefois incomplet. Sur fond de crise anglophone et de bataille au sujet de la succession ou non de John Fru Ndi, le Social Democratic Front (SDF, opposition) n’a pas encore dévoilé ses plans et a reporté le congrès qui devait décider de l’avenir du parti. Le chairman, candidat en 1992, 2004 et 2011, peut-il rempiler ? Va-t-il passer la main à Joshua Osih, son vice-président, qui avance désormais caché ?

Quoi qu’il en soit, le candidat socialiste devrait avoir en face de lui Maurice Kamto, l’ancien ministre de la Justice, aujourd’hui président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, qui ne fait pas mystère de ses intentions.

Adamou Ndam Njoya (Union démocratique du Cameroun), Kah Walla, Cameroon People Party) ou Jean-Jacques Ekindi (Mouvement progressif) devraient eux aussi en être une nouvelle fois.

Quant à Bello Bouba Maigari, ancien Premier ministre, ministre du Tourisme et président de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), rien n’est en revanche encore fait. Une partie de ses militants l’y pousse mais il pourrait choisir, comme en 2011, de soutenir le candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir).

Quid de Biya ?

Reste Paul Biya. Le chef de l’État, 84 ans et au pouvoir depuis 1982, n’a pas dévoilé ses intentions. Pascal Messanga Nyamding, cadre du RDPC, a même osé annoncer qu’il se porterait lui-même candidat… tout en précisant qu’il concourrait uniquement si le président choisissait de ne pas se représenter. Mais cela tient d’une hypothèse particulièrement hasardeuse, voire totalement improbable, auquel personne ne croit aujourd’hui.

Selon les textes, le candidat naturel à l’élection est en effet le président national du RDPC. Un poste occupé sans contestation depuis 1985 par un certain… Paul Biya, qui ne montre aucune intention de lâcher les rênes. Pour beaucoup d’observateurs, le président sortant a d’ailleurs déjà débuté sa campagne lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations féminine.

Akéré Muna

Né en 1952 à Ngyen-Mbo, au Cameroun

Pas d´affiliation à un parti politique au Cameroun, Première candidature, Avocat anglophone et figure de la lutte anti-corruption, il s’est longtemps tenu à distance de la politique, mais a décidé, à 65 ans, de se lancer dans la course. « Depuis deux décennies, j’ai beaucoup travaillé sur la gouvernance, l’économie, mais aussi l’État de droit. Me présenter est la seule façon de partager mon expérience au bénéfice des Camerounais », explique-t-il. Anglophone, Akere Muna jouit d´une grande influence à l´étranger, grâce à son expérience au sein de Transparency International, dont il a été le vice-président, ou à ses anciens postes de président de l’Union panafricaine des avocats (UPA) et du Conseil économique, social et culturel de l’Union africaine. Fils de l’ancien Premier ministre Salomon Tandeng Muna, il a également été bâtonnier du barreau du Cameroun.

Bernard Njonga

Né en 1955 à Bangwa, au Cameroun, Président de Croire au Cameroun, Première candidature

Ingénieur agronome charismatique, Bernard Djongo a créé en 2014 son parti politique, Croire au Cameroun (Crac), afin de se porter candidat à la présidence. « Les solutions aux problématiques de développement rural sont éminemment politiques », explique l´homme qui a passé trente ans à défendre les milieux paysans dans la société civile, avant de sauter le pas de la politique. « La finalité n’est pas absolument d’arriver au pouvoir. Le plus important est que les idées que nous défendons soient matérialisées », ajoute-t-il. Il n’est d´ailleurs pas exclu qu´il choisisse finalement de s´associer à un autre candidat.
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Cabral Libii

Né en 1980, dans le Nyong et Kellé, au Cameroun, Pas d´affiliation à un parti politique au Cameroun, Première candidature

En 2017, âgé de 37 ans, ce militant camerounais lance la campagne « 11 millions d´inscrits » en appelant ses compatriotes à s´inscrire sur les listes électorales pour la présidentielle de 2018. Fort de ce qu´il considère comme un succès, ce juriste de formation, consultant régulier dans les médias, décide de se lancer et annonce sa candidature à l´élection présidentielle de 2018. Il a notamment pour lui sa popularité sur les réseaux sociaux et espère mobiliser la jeunesse. Toutefois, il n´est pour le moment porté par aucun parti politique.

Corantin Talla

Né en 1974 dans le département du Mifi, au Cameroun, Président de Conscience du Cameroun, Première candidature

Le leader estudiantin des années 1990, « Général Schwarzkopf » comme ils se faisaient surnommer à l´époque des manifestations à l´université de Yaoundé, est exilé aux États-Unis depuis 1994. Aujourd´hui ingénieur formé en administration publique, l´ancien leader du « Parlement » étudiant, a longtemps été recherché à cause de son activisme et a annoncé son retour au pays pour briguer la magistrature et « chasser Paul Biya ». La route est toutefois encore longue et il y a peu de chances de le retrouver effectivement dans la dernière ligne droite de l´élection à la magistrature suprême.

Dieudonné Mbala

Né en 1966 à Fontenay-aux-Roses, en France, Pas d´affiliation à un parti politique au Cameroun, Première candidature

A-t-il de réelles intentions au Cameroun ? L´humoriste a d´abord affirmé se lancer « pas contre l’actuel président ou son opposition, mais bel et bien contre la politique française en Afrique ». Il a ensuite confirmé sa candidature, le 16 octobre dernier, en expliquant : « Mon intention est de participer à la construction du Cameroun de demain. Je ne me présente pas contre, mais pour mon pays ». « Les Camerounais de la diaspora souhaitent aussi participer à la construction de leurs pays. D’où la nécessité de la présence d’une personne pour porter la voie de la diaspora à ce débat », ajoute-t-il encore. Dieudonné ne dispose pas pour le moment de parti politique, même s´il affirme avoir eu des contacts avec certains d´entre eux au Cameroun.
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Garga Haman Adji

Né en 1944 à Maroua, au Cameroun, Président de l´Alliance pour démocratie et le développement (ADD), Deuxième candidature

Garga Haman Adji, président de l´Alliance pour démocratie et le développement (ADD), a annoncé le 29 septembre 2016 à Yaoundé sa candidature à la prochaine élection présidentielle. « Si je suis vivant, je suis candidat », a déclaré l´ex-ministre de la Fonction publique démissionnaire du gouvernement en 1992. Originaire de la région de l´Extrême-Nord, il est diplômé en économie et en sciences politiques, à Yaoundé puis à Poitiers, en France, avant de devenir administrateur civil à l´école nationale d´administration et de la magistrature au Cameroun. Soupçonné d´avoir trempé dans la tentative de coup d´État de 1984, il a été rapidement blanchi au bout de quelques mois.
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Jean Blaise Gwet

Né en 1957 à Mbalmayo, au Cameroun, Président du Mouvement patriotique pour le changement au Cameroun (MPCC), Première candidature

Jean Blaise Gwet a annoncé le 26 avril 2017 sa candidature à l´élection présidentielle de 2017. Cet homme d´affaires tombé dans la politique, diplômé de l’Institut supérieur de commerce et d’administration de Paris et ancien étudiant en diplomatie et stratégie aux Centres d’études diplomatiques et stratégiques de France (CEDS), est le président du Mouvement patriotique pour le changement au Camerun (MPCC), créé en 2008. Ancien chef comptable en France avant de devenir chef d´entreprise, notamment PDG de Goldstar pour l´Afrique centrale, il présente un programme basé sur la décentralisation, une plus grande implication de la diaspora, la libération des détenus de l´opération Épervier ou encore la réhabilitation de l´ancien président Ahmadou Ahidjo. Les Camerounais se souviennent notamment de lui pour son initiative « Climatiseurs pour tous, réfrigérateurs pour tous » au début des années 2000.

Olivier Bilé

Né en 1967 à Doumé, au Cameroun, Président de l’Union pour la fraternité et la prospérité (UFP), Deuxième candidature

Olivier Bilé, président de l’Union pour la fraternité et la prospérité (UFP), a annoncé sa candidature pour « un Cameroun libéré et prospère ». « Je suis candidat parce que je crois disposer de la jeunesse, de l’énergie, des aptitudes spirituelles, morales et intellectuelles dont mon pays a si crucialement besoin en ce moment. En toute modestie, je sollicite du reste davantage de sagesse, d’intelligence, d’inspiration et de discernement de la part du tout-puissant pour gouverner notre nation, dans un esprit de justice, d’impartialité et de quête permanente de l’abondance et de la productivité », souligne-t-il. Il dénonce notamment la corruption, la dictature du FCFA, le tribalisme ou les détournements de biens publics du régime Biya. Si un candidat unique était choisi dans l´opposition, Olivier Bilé pourrait choisir de retirer sa candidature.

Paul Eric Kingué

Né en 1966 à Douala, au Cameroun, Président du Mouvement patriotique pour un Cameroun nouveau, Première candidature

L´ancien maire de Njombé-Penja, près de Douala, a annoncé en juin qu´il se portait candidat à la présidentielle de 2018, lors de l´Assemblée générale de son parti à Douala. « Il est temps que les choses changent », a-t-il lancé devant ses partisans. Accusé d´avoir été l´instigateur des émeutes dites de la faim en 2008, il avait passé sept ans en détention avant d´être blanchi. Candidat du Mouvement patriotique pour un Cameroun nouveau, ce passioné de musique a participé à de nombreux mouvements sociaux et a un temps été proche des idées de John Fru Ndi, le leader du Social democratic front.

Serge Espoir Matomba

Né en 1979 à Douala, au Cameroun, Président du Peuple uni pour la rénovation sociale (Purs), Première candidature

Serge Espoir Matomba a été désigné le 10 juin candidat à la présidentielle 2018 par son parti, le Peuple uni pour la rénovation sociale (Purs). Le 30 Septembre 2013, Serge Espoir Matomba est élu conseiller municipal de la commune de Douala IV. N’hésitant pas à s’attaquer à Paul Biya, il a récemment dénoncé l’abandon du Cameroun anglophone par Yaoundé, la corruption galopante ou encore le manque d’infrastructures sur le territoire.

Source: Jeune Afrique L’Intellingent

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