Le Cameroun veut renforcer le rôle des PME dans l’économie

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Sortir de l’informel pour jouer un rôle plus convenable dans l’économie nationale : la tâche est ardue, mais pour les autorités camerounaises, l’amélioration de la compétitivité de l’économie du pays ne saurait se réaliser sans un apport plus évident des PME, l’un des principaux objectifs d’un symposium national de trois jour à Yaoundé.

Sous le thème « L’économie sociale : un instrument de développement local au service des collectivités territoriales décentralisées », les 3es Journées nationales de l’économie sociale qui prennent fin ce vendredi dans la capitale camerounaise se veulent un rendez-vous pour faire avancer le processus initié par le gouvernement en vue de l’émergence de PME plus fortes économiquement.

Plusieurs centaines de participants sont enregistrés à ces assises ouvertes mercredi par le ministre des Petites et moyennes entreprises, de l’Economie sociale et de l’Artisanat, Laurent Serge Etoundi Ngoa.

Parallèlement aux discussions en atelier, une foire-exposition est organisée pour donner un aperçu de l’immense potentiel de ce secteur d’activités, en présence de nombreux producteurs agro-pastoraux et d’artisans représentant les différentes régions du Cameroun.

Encore faiblement valorisée, l’économie sociale et solidaire est pourtant décrite comme une importante niche de création d’emplois et de richesses susceptible d’aider à l’essor économique de ce pays d’Afrique centrale à dominante agricole comptant plus de 23 millions d’habitants et offrant d’énormes opportunités d’ affaires.

« Il y a un potentiel énorme au niveau du Cameroun. Il y a d’abord l’intelligence des hommes et des femmes. Deuxième chose, vous avez un territoire extraordinaire : il y a des plages, la forêt, il y a la richesse sur le sol et sous le sol. Il y a, à mon avis, énormément d’éléments qui sont mal exploités » , a confié à Xinhua l’expert marocain Abdeljalil Cherkaoui, invité à ce symposium.

Poids lourd de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), composée en outre du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la Centrafrique et du Tchad, le Cameroun souffre cependant d’un niveau de développement manufacturier faible qui n’aide pas à assurer à l’économie nationale une plus grande compétitivité et une croissance robuste du PIB.

En cause, la domination du secteur informel, qui attire l’essentiel des PME locales, à hauteur d’environ 90%, selon les estimations officielles. Conséquence : une portion marginale des innombrables matières premières du pays (pétrole, bois, cacao, café, coton, banane, hévéa, or, productions agro-pastorales et artisanales, etc.) fait l’objet d’une transformation locale.

Difficultés d’ accès aux financements et au foncier, puis problèmes de structuration et de formation : ce sont deux principaux écueils auxquels le gouvernement camerounais a essayé de remédier en créant une banque spécialement dédiée aux PME et en engageant un processus de formalisation avec le concours de partenaires comme la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD).

La tâche n’est pas simple en raison de l’insuffisance de financements. Tenues pour la première fois en 2013, puis en 2015, les Journées nationales de l’économie sociale et solidaire visent à mobiliser davantage l’attention de la population et des dirigeants en vue de relever ce défi, selon M. Etoundi Ngoa.

C’est « un gisement d’innovation » pouvant permettre au processus de décentralisation en cours de mise en oeuvre dans le pays de « prendre véritablement corps », a-t-il souligné à l’ouverture du symposium mercredi. « L’économie marchande ou encore publique ne peuvent être séparées de l’économie sociale dans notre pays », a-t-il ajouté.

De par son « ancrage territorial fort », l’économie sociale et solidaire « répond aux besoins des collectivités territoriales décentralisées, constitue leur allié central », a en outre estimé le ministre. A ce jour, aucune statistique fiable n’est cependant disponible pour permettre de mesurer son apport à l’économie nationale.

« Si on arrive à encourager les jeunes et les moins jeunes à saisir ces opportunités », a indiqué M. Cherkaoui, « je pense que le Cameroun pourrait être un grand modèle de développement, parce qu’il a tout et puis il est la porte de l’Afrique centrale. Il me semble que des assises de ce genre pourraient nous aider à identifier les meilleures pistes pour que la collectivité locale devienne un entrepreneur de développement ».

De l’avis de l’expert marocain, les efforts doivent être menés pour asseoir une économie locale soutenue par des filières de production structurées et compétitives. « Il faut qu’on arrive à créer un financement approprié pour que la petite et la très petite entreprise puissent vraiment avoir les conditions d’installation et de progression ».

« Il faut que la collectivité territoriale devienne vraiment un éclaireur qui accompagne, qui initie et qui innove en matière d’ activité économique », a-t-il insisté en préconisant aussi d’accélérer la mise en place de chaînes de valeurs et, plus important encore, du développement de l’industrie manufacturière.

C’est un objectif indispensable à relever, dans la mesure où, a expliqué M. Cherkaoui, l’économie sociale et solidaire « a pu résoudre les problèmes de beaucoup de pays, en Amérique latine et même en Europe actuellement. Regardez un petit peu sa contribution par rapport au PIB de pays européens, en France, en Italie, au Portugal et partout. C’est la seule entreprise qui a pu résister à la crise de 2008 ».

M. Etoundi Ngoa a annoncé l’adoption prochaine par le Parlement d’une législation et d’une réglementation propres à ce secteur.

Source: Xinhua

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