Cameroun: Don spécial du chef de l’Etat : L’affaire des ordinateurs chinois

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80 000 appareils sont arrivés et pourtant, plus que jamais, l’opération « un étudiant-un ordinateur » reste floue.

Le début de la distribution d’ordinateurs cette semaine aux étudiants, loin de mettre un terme à une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, relance en réalité une série d’interrogations sur l’opération. Elle crée surtout un véritable débat dans l’opinion, avec des interprétations diverses que la communication des autorités sur la question contribue à compliquer davantage. Si l’on peut comprendre le soulagement du ministre de l’Enseignement supérieur à l’arrivée d’ordinateurs que l’on attendait depuis de longs mois et dont on commençait même à douter, la question sur les différents rouages de l’opération demeure.

Mais quelques informations glanées à diverses sources permettent au moins de signaler des problèmes autour du prêt de 75 milliards de F.Cfa. En attendant les plaintes qui ne tarderont pas à se faire entendre après les premières distributions. Y a-t-il jamais eu une opération initiée par le chef de l’Etat qui consistait à offrir, pour une valeur de 75 milliards de F.Cfa, 500 000 ordinateurs aux étudiants camerounais ? Non, manifestement. Car, le décret présidentiel du 27 juillet 2016 autorisant le prêt concerne un projet différent : « le Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire est habilité, avec faculté de délégation, à signer avec la banque d’Export-Import de Chine (EXIMBANK-Chine), un accord de prêt d’un montant de 937 500 000 Yuans RMB, soit environ 75 milliards de francs F.Cfa, pour le financement du projet dénommé Cameroon E-National Higher Education Network ».

En quoi consiste ce projet ? Le ministre de l’Enseignement supérieur, dans un communiqué signé le 12 avril 2017, déclarait : «Le projet E-National Higher Education Network s’articule autour de deux axes : le don de 500 000 ordinateurs octroyés à tous les étudiants dûment inscrits dans les huit (08) universités d’Etat et les 215 instituts privés d’enseignement supérieur réglementairement agréés par la Commission nationale de l’enseignement supérieur privé d’une part, la construction de neuf (09) centres de développement du numérique universitaire dans chaque université d’Etat et à l’université inter- Etats Cameroun – Congo (site de Sangmelima qui ouvrira ses portes à la rentrée académique 2017/2018 d’autre part ».

Il faut déjà noté que ce projet ne s’est pas fait sur la base d’un appel d’offres. L’Etat camerounais aurait pu choisir d’équiper ses étudiants en ordinateurs, mais selon une toute autre procédure. Donc l’aboutissement de l’accord de prêt entre le Cameroun et la Chine pour le projet E-National Higher Education Network n’est jamais parti de la volonté du chef de l’Etat camerounais de doter les étudiants en ordinateurs portables. Maintenant, le projet E-National Higher Education Network bénéficierat-il d’un financement autre que les 75 milliards de F.Cfa annoncés ? Aucune communication à ce sujet n’a jamais été faite. Mais, d’après nos sources, l’entreprise chinoise qui a entrepris le travail d’interconnexion des universités, considérait cette phase comme la principale du projet.

Ce qui peut laisser comprendre que la fabrication des ordinateurs n’était pas censée coûter 75 milliards F.Cfa. D’ailleurs, les échanges entrepris entre les parties chinoises et camerounaises ont en général mis en avant l’interconnexion des universités. «Le Cameroun va atteindre un niveau de développement technologique digne des pays modernes. La mission est au Cameroun pour faire le point de ce projet pour lequel un accord cadre de prêt de 75 milliards de F a été récemment signé en Chine entre le ministre chinois du Commerce et le ministre de l’Economie du Cameroun », déclarait le porte-parole de la partie chinoise à la sortie d’une audience avec le ministre de l’Enseignement supérieur le 26 août 2015.

A la suite de l’annonce, en juillet 2016 d’un «don» d’ordinateurs à chaque étudiant inscrit pour le compte de l’année académique 2016-2017, il a fallu plus d’un an pour que les premiers ordinateurs arrivent au Cameroun. Ce qui a changé les données initiales, car d’autres étudiants se sont inscrits pour le compte de la rentrée académique 2017-2018, augmentant ainsi le nombre de bénéficiaires attendus et transformant une action « ponctuelle » comme l’avait annoncé Jacques Fame Ndongo, en action plus longue. « Il s’agit d’une opération présidentielle et ponctuelle ayant pour objectif de mettre à la disposition de 500 000 étudiants camerounais des outils informatiques appropriés pour leur arrimage à l’économie numérique universitaire », disait alors le Minesup. Que représente désormais le nombre de 500 000 annoncé au départ ?

Combien d’étudiants concernés ?

A la première procédure d’enrôlement biométrique des étudiants qui avait eu lieu pour le compte de l’année académique 2016-2017, une autre a été initiée pour le compte de l’année académique en cours. Combien d’étudiants ont été enrôlés dans un premier temps ? Combien l’ont été par la suite ? Quid de ceux qui ont entre-temps quitté l’université et qui ont été dûment inscrits pour le compte de l’année académique 2016-2017 ?

Ces questions ne se seraient jamais posées sans le retard accusé dans l’opération. Et justement, qu’est-ce qui a été à l’origine du retard ? Le discours officiel pointe des lenteurs dans le processus de fabrication. D’autres sources, par contre, ont évoqué des questions de taxes. De source bien informée, ce sujet a été à l’ordre du jour d’une réunion dans les services du Premier ministre il y a quelque temps. Il était question de savoir si les ordinateurs qui viendraient seraient exonérés de taxes ou plutôt si l’entreprise chargée de la construction des infrastructures pour le projet d’interconnexion des universités devait être exonérée d’impôt.

Les Chinois se sont opposés au paiement d’une quelconque taxe sur le transport des ordinateurs. Et également, il s’est posé des questions par rapport au rapport qualité-prix des ordinateurs. Car, même à supposer que l’entièreté du financement du projet E-National Higher Education Network, soit 75 milliards F.Cfa a été consacrée à l’acquisition de 500 000 ordinateurs, chaque ordinateur reviendrait à 150 000 F.Cfa. « Quel type d’ordinateur portable voulez-vous à 150 000 F.Cfa ? », se seraient interrogé les Chinois.

« Je dois préciser que le prix de revient de chaque ordinateur est de 300 000 F par étudiant et par an. Le chef de l’Etat a décidé de prendre en charge cette dotation financière, parce qu’il connaît le pouvoir d’achat réel de chaque étudiante et de chaque étudiant », a déclaré le ministre de l’Enseignement supérieur. Une déclaration qui soulève une nouvelle question : par quel mécanisme le chef de l’Etat a-t-il pris en charge cette dotation ?


© Source : Le Jour : Jules Romuald Nkonlak ⇒Via Actu-Plus.cm


 

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