Crise anglophone: « La population est exaspérée par les agissements des terroristes »

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Bernard Okalia Bilai, Gouverneur de la région du Sud-Ouest.

La situation est revenue à la normale dans les centres urbains, mais en zone rurale, les choses restent timides. Votre regard sur ce contraste ?

Ce que vous avez constaté est exact, mais il n’y a pas de contraste dans la vie des populations, à proprement parler, entre les milieux urbains et les villages. La situation sécuritaire en général dans la région est sous contrôle. Les activités ont repris leur cours normal dans l’ensemble de la région, mais il existe encore des groupuscules, des individus, parfois manipulés soit de l’extérieur, soit de l’intérieur, qui posent des actes terroristes. Ils perpètrent des attaques, des destructions, comme cela a été le cas au lycée de Fontem, à Menji, après que la population de la ville se soit mobilisée autour du décès d’un patriarche local. Un peu comme pour narguer les efforts que le gouvernement, l’administration, les populations et les élites déploient pour que les choses reprennent. Il n’y a donc pas un contraste, mais plutôt des activistes. Mais nous restons vigilants et nous contrôlons la situation. Je tiens à signaler que la population est déjà fatiguée, exaspérée par ces agissements odieux, qui consistent notamment à empêcher les enfants d’aller à l’école.

En l’absence des forces de maintien de l’ordre, on constate la survenue de ces agissements. Comment y remédier ?

C’est un fait que nous ne pouvons pas déployer des sections de gendarmerie ou de police dans chaque village. La vie doit reprendre son cours normal. Autrement dit, comme dans les autres régions, les communautés doivent pouvoir vivre tranquillement, sans qu’il y ait un policier derrière chaque Camerounais ou chaque maison. Et pour cela, il faut que les populations nous aident en dénonçant ces terroristes. Parce que ces terroristes ne tombent pas du ciel. Ils sont là, ils vivent avec les populations, qui les connaissent, eux et leurs sympathisants. Si cet effort n’est pas fait, ça restera difficile. L’immense majorité des populations qui est aujourd’hui traumatisée, prise en otage, doit sortir de sa torpeur pour dénoncer, pour que nous puissions éradiquer le phénomène. Mais nous avons marqué des points : nous sommes intervenus dans certaines localités, comme à Bafia et Muyenge, arrondissement de Muyuka, mettant hors d’état de nuire des activistes qui y levaient des impôts. Et pour le reste de la région, nous avons des forces qui patrouillent, jour et nuit.

Est-ce pour cela que certains ont parlé de militarisation du Sud-Ouest ?

Vous avez-vous-même relevé que dès que les forces se retirent d’une localité, les terroristes en profitent pour poser leurs actes. Rien que ce constat permet de dire que la région n’est pas militarisée. Actuellement, nous déplorons même l’insuffisance des forces de sécurité. On parle de militarisation alors que les populations, çà et là, nous demandent de créer une brigade de gendarmerie ou un poste de police ? Ceux qui appellent à démilitariser encore plus la région, vous devez les suspecter. Parce qu’il y a des menaces sécuritaires, il y a des attentats, des populations disent être en danger ici et là… et des personnes se lèvent pour dire que la région est militarisée ! Ceux qui veulent que le peu d’éléments des forces de défense et de sécurité qui sont là partent, n’ont-ils pas quelque chose derrière la tête ?

D’où viennent les armes avec lesquelles opèrent ces assaillants ?

Des armes ont été effectivement saisies entre leurs mains. Les investigations se poursuivent. Mais je peux déjà vous dire que pour la plupart, ce sont des armes de fabrication artisanale. On compte aussi quelques armes de chasse. Comme je vous l’ai dit, les enquêtes se poursuivent. Comme mesures, nous avons fermé les armureries qui étaient ouvertes dans la région, suspendu la vente d’armes et de munitions, et demandé à chaque détenteur d’une arme à feu d’aller la déclarer aux autorités (sous-préfecture, gendarmerie…). Il y a un délai pour cela. Nous avons par ailleurs interdit, pour le moment, l’utilisation des armes lors de cérémonies traditionnelles.


© Source: Cameroon-tribune

⇒ Via Actu-plus.cm


 

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