Cameroun: 21 février 2014, quand Charles Ateba Eyene quittait ce monde

0
424
TCL TV

Ni sur des plateaux de télévision, ni sur ceux des chaines de radio, encore moins dans des amphis, nous n’aurons plus jamais le privilège de déguster les délices de son art oratoire, Ateba Eyene, ce cuisinier de la parole, nous a définitivement privés de ses recettes, celles d’un Cameroun libre et émergent, ce Cameroun qui fut l’amour de sa vie. Ce mercredi 21 février, cela fait 4 ans, jour pour jours Et Actu-plus.cm s’en souvient comme si c’était hier.

Sa plume cassée, son micro brisé, les portes de ses amphis refermées !! L’histoire retiendra que la semaine allant du 17 au 23 février 2014, aura été très biaisée au Cameroun quant à la mention que l’on pouvait lui donner. En effet c’est une semaine qui avait commencé aux allures de fête. Ça et là, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, on ne jure qu’au nom des cinquantenaires de la Réunification de notre « Afrique en miniature ». Mais à l’intérérieur de cette auréole sonore, une voix, qui était loin d’être un cri de joie. En fait, dans ce Cameroun uni, c’est un digne fils qui gémit, c’est Ateba Eyene qui périt.

En début de semaine du 17 au 23 février 2014,  Charles est annoncé être au coma, il est alors conduit au CHU de Yaoundé où les consignes fermes sur la restriction des visites de cette institution hospitalière témoigneront de son état critique. Seule une poignée de privilégiés, à l`instar d’un fils du Général Semengue, sera à son chevet. Selon le site Rassemblement de la Jeunesse Camerounaise (RJC), Charles Ateba Eyene souffre d’une insuffisance rénale et de la malaria. Confirmé ou non, la vérité est que, Vendredi le 21 février 2014 sera le dernier jour de vie de Charles. Homme politique, enseignant à l’IRIC de Yaoundé, membre suppléant du comité central du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) parti aux affaires, Ateba Eyene  quitte le séjour terrestre à 42 ans seulement sans voir se réalisér son Cameroun idéal, celui qui est libre, démocratique et émergent.

Ateba Eyene et le Cameroun de ses rêves 

Compté parmi les hommes politiques les plus en vu, Ateba Eyene avait su profiter de cette image qu’il s’était lui-même sculptée, faut-il le rappelé,  pour signifier son amour au « Berceau de nos ancêtres » surtout au moment où le cap est résolument mis sur l’émergence. Et le Cameroun émergent, Charles en avait les ingrédients

Si l’émergence d’un pays sonne comme une certaine aisance et disponibilité en ressources matérielles et financières, Charles Ateba Eyene, comme un philosophe avéré, savait qu’elle passe d’abord par des mentalités avant et afin de résonner économique. L’on se souvient que dans son message adressé à la jeunesse le 10 février 2014, le Président de la République du Cameroun avait attiré l’attention des camerounais de cette tranche d’âge sur la baisse de la morale publique. Mais Charles, quoique jeune lui aussi, avait déjà pris conscience de cette baisse de la moralité depuis des lustres. Mais, l’universitaire ne prendra pas seulement pour cibles les jeunes, c’est aux camerounais de tout âge et davantage ceux là qui semblent être au crépuscule de leur vie mais encore aux affaires. Lui qui concevait l’émergence du Cameroun comme l’avènement d’une république du Cameroun épurée de l’alcoolisme, des « replis identitaires », de la dictature des loges, du magico-anal, des sectes, et des réseaux mafieux ; Chrales savait donc qu’il fallait d’abord lutter contre ces « maux qui se sont «dangereusement» enracinés dans notre société et l’empêchent de décoller ». Pour Ateba Eyene, la bataille s’annonçait rude et dure, la lutte contre ces maux qui perdurent.

Pour cette bataille pour l’émergence, il avait ses armes à lui. Tout comme Jean Paul Sartre, Ateba Eyene savait que les mots sont des pistolets chargés, quand il parlait il tirait. Charles a donc fait de la parole son arme de prédilection :

C’est sans doute ce qui justifie cette humble disponibilité dont il a fait montre à chaque invitation d’une chaine de télévision ou de radio pour ne parler que de la presse audio-visuelle. Dans ses émissions et débats, on ne vous apprend pas, Ateba disait tout, il était sans tabou. Des choses qu’il a laissées sans voile dans ses diverses fréquentations médiatiques, on peut noter entre autres l’affaire Bibi Ngota dont il a cité les noms des bourreaux de ce journaliste camerounais mort en prison en avril 2010. On note aussi la forte fréquentation des camerounais dans des débits de boisson. Pour lui, il était temps que les camerounais prissent conscience du fait que l’on ne peut pas réfléchir étant saoul. Investigateur, Charles révéla sur le plateau d’ « Entretient avec… » (Une émission de débat de STV) qu’en 2012, les camerounais avaient consommé 260 millions de litres de bière, « l’équivalent d’un fleuve ! ».

Si la parole était son outil de lutte pour forger le Cameroun idéal, on comprend pourquoi il était un auteur si prolifique avec plus d’une vingtaine de livres à 42 ans seulement, au point de devenir le 3è auteur camerounais le plus lu de ses compatriotes, après Alexandre Biyidi Awala (Mongo Béti) et Ferdinand Léopold Oyono. Son dernier ouvrage intitulé «Le Cameroun sous la dictature des loges, des sectes, du magico-anal et des réseaux mafieux. De véritables freins contre l’émergence en 2035. (La logique au cœur de la performance)», date de septembre 2012.

Ce livre qui se pose comme une véritable pierre – même ce n’est pas la première – à l’édification du Cameroun émergent à travers lequel l’auteur Ateba Eyene entend accompagner Paul Biya, Président de la République et président national du RDPC dans ses œuvres dont on pourrait qualifier sans néologisme d’« émergentistes » et à qui il avait d’ailleurs dédié  l’ouvrage. Comme une interpellation «Au président Paul Biya qui souhaite que l’on se souvienne de lui comme celui qui a apporté la démocratie et la prospérité à son peuple. Pour que les appels aux jeunes Camerounais à participer à l’essor du pays ne soient pas des slogans creux.» Le livre-témoignage de Charles Ateba Eyene propose des comptes rendus d’investigation et des réflexions. Rose-croix, Franc-maçonnerie, Evu (la sorcellerie chez les Betis, Ndlr) et autres cercles, tel que pratiqués à la camerounaise y sont décryptés. Et en voici quelques « bonnes » pages :

Pp 244-245 : l’auteur s’arrête sur des «Exemples de personnes qui assument leur statut spirituel».( Ceux qui avouent appartenir à ces cercles « compliqués »

P 246 : Comme un bon statisticien, il donne des pourcentages des élites dans les loges

Pp 22-23 : «Mon expérience mystique». Ici l’auteur pose aux yeux de tous, ses rapports avec le monde invisible pourtant aux commandes dans notre pays. Ecoutez : « Après avoir acheté de nombreux volumes d’ouvrages sur les Francs-maçons, la Rose-Croix, le Temple solaire et ceux sur les grands mystiques des temps passés, nous les avons apportés à la maison…L’expérience fût très douloureuse. Tout se passait comme si tous les diables du monde étaient enfermés dans notre chambre. Impossible de fermer l’œil-des bruits insolites. Quand le sommeil venait, des gens que nous ne pouvions toucher, nous tranchaient le cou. Souvent, c’est le cœur que l’on arrachait…Ce n’est que plus tard, quand les prêtres et les pasteurs sont venus prier dans notre chambre que nous avons retrouvé le sommeil. Nous sommes allés chez les Pygmées rencontrer le célèbre chef Nkodo du côté de Lolodorf. Il nous a remis des écorces pour ne pas être otage des esprits maléfiques… »

Charles Ateba Eyene qui avait contribué activement au débat politique de son pays, avec ses positions iconoclastes, aura tout donné pour l’émergence du Cameroun dans lequel il a « incarné la démocratie au Cameroun », comme le reconnaissait Xavier Messe, à l’époque directeur de publication du quotidien Mutations, sur le plateau de « Scène de presse » (dimanche le 23 février 2014).

Sa lutte serait l’un des facteurs qui auront  redonné la force et le courage aux jeunes à s’intéresser à la politique. Son grand ami Messanga Nyamding, Cabral Libii et bien d’autres jeunes actifs dans la sphère politique camerounaises actuellement entendent d’ailleurs poursuivre ses combats.

Charles, toi dont le corps git sous le sol de ton BIKOKA natal,
Et ton esprit qui séjourne dans les cieux éternels
Pour ce combat qui t’aura été fatal,
Dans des mémoires tu vas planer à jamais comme une hirondelle


© Source: Actu-Plus.cm, Franck Olivier BIYA


 

Facebook Comments