Cameroun – Vivre Ensemble: Les sawa ne veulent pas de Um Nyobe à Douala

0
85

Au carrefour Cité du centenaire à Bonapriso, les chefs du canton Bell ont pillé et ensorcelé le chantier du monument de ce héro du nationalisme camerounais, originaire d’Eseka au pays Bassa. Ils estiment qu’à ce niveau « stratégique » de la ville de Douala, devrait s’ériger la statuette d’un héro plus important pour eux, Douala Manga Bell notamment.


Source: Actu-Plus.cm


Pour signifier leur raz-le-bol, ils ont opté pour la violence! Armés de pèles et de massettes tenaillées par la force de leurs biceps,   les Chefs Traditionnels du Canton BELL que comprennent les Communautés Belè, Bonapriso, Bonadouma et Bonandoumbe sont descendus sur le site où la communauté urbaine de Douala (CUD) est en construction de la stèle de Ruben Um Nyobe, ce martyr de l’indépendance du Cameroun au lieu-dit « Mobile Njoh Njoh ». Ils ont saccagé toute la clôture du chantier construite à l’aide de lattes et de contreplaqués et ont par ailleurs  effectué des rites  en leur langue scandant que celui qui osera ériger cette statuette trouvera la mort. Le spectacle a réuni une bonne poignée de fils et  filles sawa. Les travaux de construction de ce cette stèle sont estimés à 70%, mais les « propriétaires » des lieux n’ont pas attendu la pose du monument, sous-prétexte qu’ils n’ont pas été consultés de l’érection d’un monument de cette envergure en hommage à Um Nyobe. 

« Il s’agit quand même d’un signe fort. Eriger un monument d’une telle envergure dans un village comme le nôtre, qu’on nous surprenne comme tout le monde, ne nous parait pas correct. Raison pour laquelle nous avons voulu qu’il soit clair que cette façon de faire n’est pas du tout appréciée par nous. Notre manifestation montre que nous ne voulons pas avoir ce monument. C’est un droit », a indiqué Sa Majesté Pierre Nteppe Mahove, chef traditionnel du village Bonapriso.

« Une provocation »

En croire à certaines sources, en 2006, les descendants du canton Bell conduits par le défunt Prince René Bell se seraient rendus chez le délégué du gouvernement afin de réclamer un site pour honorer la mort chaque 08 août de leur aïeul Rudolph Douala Manga Bell. Ils caressaient le voeu d’obtenir un espace vers le Beach étant entendu que le site où il avait été pendu par les allemands en 1914 ( derrière la Marine marchande à Bonanjo) était occupé par des bureaux de la Communauté urbaine. Mais la réponse fut négative. En effet, le délégué du gouvernement leur aurait rétorqué à l’époque qu’il ne pouvait accéder à leur demande parce qu’il fallait un décret présidentiel pour ériger un monument de cette nature, indiquent les mêmes sources.

Une douzaine d’années plus tard, les travaux de construction du monument à la mémoire Ruben Um Nyobe  à Njoh-Njoh sont donc considérés par le canton Bell comme une provocation.

Au moment où les pouvoirs publics tentent de recoller les morceaux du tissu social camerounais aujourd’hui déchiqueté par des revendications et frustrations communautaristes, entérinées par une interminable crise anglophone;  au lendemain d’une 46 édition de la Fête de l’Unité qui a mis en exergue les concepts de paix et de vivre-ensemble, l’on est en droit de se demander si les Sawa  n’auraient pas dû manifester autrement. Pour l’heure, ni de la CUD, ni du pouvoir de Yaoundé, aucune réaction officielle n’a été faite sur cette affaire qui pourrait plomber la cohabitation entre les Sawa et les Bassa dans la ville de Douala. 

Mais il faut dire, que ce soit UM NYOBE, DOUALA MANGA BELL, Martin Paul SAMBA, Ernest WOUADJIE et tous les autres nationalistes, tous menaient un combat pour la libération du Cameroun et par conséquent, méritent d’être commémorés n’importe où sur le triangle national. Retrouver un monument de Um Nyobe à Douala, celui de Douala Manga Bell à Edéa ou à Eséka, Martin Paul Samba à Bafoussam ou à Bamenda, n’est-ce pas aussi ça le vivre-ensemble ?


 

 

Facebook Comments