Climat post-électoral: Jean Bruno Tagne dans le viseur des journalistes

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Jean Bruno Tagne rappelle que c’est par la désobéissance que certains ont pu obtenir quelques espaces de liberté au Cameroun. Jean Lambert Nang lui demande de prêcher par le bon exemple.

Une passe d’armes entre deux journalistes à la réputation établie sur la scène nationale. Tout est parti d’un message posté par Jean Bruno Tagne sur sa page Facebook. Dans son post intitulé « désobéir, oui désobéir », le directeur général adjoint de Canal 2 fait constater que « seule la lutte, la désobéissance ont permis de conquérir quelques petits espaces de liberté dont nous pouvons jouir ».

La réaction de Jean Lambert Nang n’a pas tardé. C’est aussi à travers un message posté sur sa page Facebook que l’ancien journaliste en service à la CRTV a répondu à son confrère. « Mon cher Jean Bruno Tagne », écrit l’ancien patron des sports à la télévision nationale, « il est facile de hurler et d´appeler au désordre, à la désobéissance voire à l´insurrection tant qu´on n´y prend pas personnellement part, en veillant à protéger ses petits costumes de star qu´on exhibera ensuite à la télévision ».

Voici les deux messages postés respectivement J.B Tagne et J. L Nang :

« Désobéir, oui désobéir »

« Les monstres existent, mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux ; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter », écrivait Primo Lévi, ancien pensionnaire des camps de concentration nazis.

Ceux qui observent l’histoire politique du Cameroun ont certainement remarqué que seule la lutte, la désobéissance ont permis de conquérir quelques petits espaces de liberté dont nous pouvons jouir.

Le 19 février 1990, les éléments de la police politique de Yaoundé alors dirigée par le sinistre Jean Fochivé arrêtent l’avocat et ancien bâtonnier Me Yondo Black Mandenguè et neuf autres personnes dont Anicet Ekane, Henriette Ekwe, Albert Mukong, Francis Moutome, Rudolphe Bwanga, Gabriel Hamani, Julienne Badjé, Charles René Djon Djon, Vincent Fekom.

Incarcérés à la prison centrale de Kondengui, ils sont accusés d’avoir tenu des réunions clandestines, d’avoir fabriqué et distribué des tracts hostiles au pouvoir et injurieux envers le chef de l’Etat et d’incitation à la révolte. La réalité est qu’ils sont soupçonnés d’avoir voulu lancer un parti politique.

L’affaire Yondo Black va donner lieu devant le tribunal à une plaidoirie historique de Me Bernard Muna. Extrait : « A supposer que les 10 détenus aient effectivement organisé des réunions clandestines, qu’ils aient distribué des tracts critiquant le gouvernement. La vraie question qu’il faut se poser est celle de savoir pourquoi ils ont tenu leur réunion de manière clandestine, pourquoi ils ont critiqué le gouvernement avec des tracts anonymes alors que le droit de tenir des réunions et de former des associations est garanti par notre Constitution ainsi que par la Charte internationale des droits de l’homme. La réponse à ces questions est simple : au Cameroun au cours des 25 dernières années, les citoyens qui ont essayé d’exercer leurs droits ont été arrêtés, torturés et emprisonnés. »

Si Yondo Black, Anicet Ekane, Henriette Ekwe et les autres avaient sagement attendu d’obtenir des autorisations de manifestation publique – comme on le demande aujourd’hui à Kah Walla, Me Ndoki et les autres -, on peut être certain que le Cameroun serait encore sous le régime du parti unique. Mais des combattants ont bravé leur peur, ont fait fi des critiques et ont forcé la main à un pouvoir qui vivait dans le confort du monolithisme. Oui il faut désobéir. La question aujourd’hui n’est même pas de savoir pourquoi les gens se révoltent, mais pourquoi ils ne se révoltent pas assez.

Et pour reprendre Frédérique Gros [Frédéric Gros, Désobéir, Albin Michel, Paris, Sept 2017], « la désobéissance face à l’absurdité, à l’irrationalité du monde comme il va, c’est l’évidence. Elle exige peu d’explications. Pourquoi désobéir ? Il suffit d’ouvrir les yeux. La désobéissance est même à ce point justifiée, normale, que ce qui choque, c’est l’absence de réactions, la passivité ».

JBT


Mon cher Jean-Bruno Tagne,

Oui, désobéir est bien. N´est-ce pas cela que nous recommande la Bible, dans les rapports entre les enfants et leurs parents ? Désobéir est sans doute gratifiant pour l´insubordonné qui refuse de faire ses devoirs à l´école. Il n´en sera pas moins 1er de sa classe en fin d´année. Par magie. Oui, il faut désobéir à l´ordre consensuellement établi, désobéir aux lois, désobéir et tout casser pour refaire le monde, Son monde. Et malheur à quiconque viendrait à désobéir au nouvel ordre ainsi dictatorialement établi.

Il est facile de hurler et d´appeler au désordre, à la désobéissance voire à l´insurrection tant qu´on n´y prend pas personnellement part, en veillant à protéger ses petits costumes de star qu´on exhibera ensuite à la télévision.

Je suis sûr qu´il y a tellement de choses révoltantes à Canal 2 que vous gagneriez à désobéir à la chape oppressante qui gouverne cette chaîne, selon vous. Désobéissez donc et faites-le savoir par toutes les voies cathodiques et virales à votre disposition.

Oui, il est bon de désobéir lorsque la raison vous en donne l´impression. Mais on ne peut pas inviter tout le monde à l´anarchie. Car ainsi sont nés les fascismes et tous les pogroms qu´ils ont engendrés jusqu´à la tuerie récente, dans un temple juif de Pittsburg.

Confraternellement.


© Cameroon-info.net


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