Le rouleau compresseur se resserre contre Kamto et ses partisans

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La convocation de maître Michelle Ndoki au tribunal le 06 novembre prochain, date probable de la prestation de serment du président déclaré réélu, vise à annihiler les manœuvres et la capacité de nuisance du parti de Maurice Kamto, toujours sous surveillance.

Sauf incident majeur de dernière minute, Paul Biya, le président déclaré réélu au terme de la présidentielle du 7 octobre 2018 pour un nouveau mandat de sept ans à la tête du Cameroun, va prêter serment le 06 octobre prochain. C’est du moins ce qui se chuchote dans les chaumières, notamment dans les arcanes du parti au pouvoir, où l’on allègue que le choix de cette date est stratégique, en ce sens qu’elle coïncide avec la célébration du 36ème anniversaire de l’accession de leur « champion » à la magistrature suprême. Auquel cas, le parti majoritaire à l’Assemblée nationale ferait d’une pierre deux coups. Comme il est d’usage, le locataire du palais de l’Unité, édifice public qu’il occupe depuis le 6 novembre 1982, devrait dérouler sa feuille de route devant les parlementaires, qui se réunissent en session ordinaire dès ce jour, entre autres pour préparer la réception de son serment.

Sauf assouplissement de position et revirement à la dernière heure (hypothèse somme toute peu probable), Maurice Kamto, le candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) à cette élection, ne comptera pas parmi les personnalités devant répondre présent au Palais des verres de Ngoa-Ekellé ce jour-là pour la prestation de serment du chef de l’Etat, qui se succède ainsi à lui-même à la présidence de la République. En effet, le « tireur de pénalty », classé deuxième au terme de ces échéances électorales toujours au cœur de la controverse, loin derrière le vainqueur Paul Biya (71,28%), continue de contester le score de 14,23% à lui attribué par Elections Cameroon, puis validé et proclamé par le Conseil constitutionnelle le 22 octobre 2018 au terme d’un contentieux électoral très agité.

Pour revendiquer sa « victoire volée », le Mrc a conçu un plan de résistance, dont l’acte un s’est joué le samedi 27 et le dimanche 28 octobre à Douala et à Yaoundé respectivement. A Douala, près de 50 personnes ont été arrêtées en rapport avec ces manifestations sur la voie publique, puis libérées le même jour, tandis que dix-huit autres militants du Mrc ont passé la nuit du 28 octobre dans les cellules de la Direction de la police judiciaire à Yaoundé, avant d’être remises en liberté mardi dernier. Le second tableau pourrait se jouer à la faveur de la prestation de serment qui, comme lors de la proclamation des résultats desdites élections, verra un fort déploiement des forces de sécurité dans les principales villes du pays, et notamment à Douala et à Yaoundé.

Si le président national du Mrc a écarté l’option d’un scénario à l’ivoirienne ou à la gabonaise, s’il n’envisage guère pour le moment sa propre prestation de serment, du moins pas le 06 novembre, son plan n’exclut cependant pas la tenue d’une manifestation publique ce jour-là. Sauf qu’il va devoir braver le dispositif de surveillance policière et militaire déployé autour de sa résidence depuis la proclamation des résultats. Même dans ce second cas de figure, maître Michelle Sonia Martine Ndoki qui, le temps d’un processus électoral, est devenue l’une des principales figures de proue des manifestations anti-régime, n’y prendra pas part. L’avocate rendue célèbre lors du contentieux électoral devra comparaître au Tribunal de première instance (Tpi) de Douala-Bonanjo le 6 novembre en procédure en correctionnelle.

Apologie des crimes

La citation à comparaître lui a été servie le 31 octobre 2018 par l’exploit d’un huissier de justice. Il est reproché à l’avocate d’avoir publiquement fait « l’apologie des crimes ou délits en faisant des appels à l’insurrection en organisant des marchés interdites en vue de remettre en cause l’ordre public et de déstabiliser le fonctionnement institutionnel, en brandissent des pancartes, t-shirts avec la mention ‘‘non au hold-up électoral’’ ». Ce alors même que toutes réunions ou manifestations projetées par les militants du Mrc étaient interdites par le gouverneur du Littoral sur toute l’étendue de la région. Le ministère public lui reproche aussi d’avoir participé le 27 octobre 2018 à l’organisation des réunions et des manifestations sur la voie publique pour protester contre les résultats de l’élection présidentielle sans avoir fait la déclaration requise et, après l’interdiction légale de toute manifestation, adressé des convocations pour y prendre part.

Les faits reprochés à Michelle Ndoki sont prévus et réprimés par les articles 74, 96, 157, 131 et 267 du code pénal. « De manière générale, on n’instruit jamais un procès au pénal sans évoquer l’article 74 qui est l’article sur la responsabilité, parce qu’il faut d’abord établir qu’il [le mis en cause, ndlr] avait l’intention, ce qu’on appelle l’élément intentionnel. L’article 96 généralement est un article sur la coaction, parce qu’elle [maître Ndoki] n’est pas n’est pas poursuivie seule. Quand le quantum de la peine est inférieur à dix ans, donc c’est un délit, et c’est pour ça que ça passe au Tpi », explique maître Guy Alain Tougoua, avocat au barreau du Cameroun.

L’avocate porte-fanion du Mrc dans le Wouri est poursuivie avec la cinquantaine d’autres militants ayant pris part à la manifestation du 27 octobre. Ils seront devant le juge pendant que députés et sénateurs seront en train de recevoir les serments de Paul Biya. Difficile de croire que ce calendrier soit une simple coïncidence. L’assignation en justice de ces « fauteurs de troubles », comme les appellent les forces de sécurité, est un message à quiconque, comme eux, s’aventurerait à descendre dans la rue pour protester contre la réélection de Paul Biya. En même temps, elle vise à mettre le Mrc hors d’état de nuire en le privant de ce qu’il compte comme hommes et femmes au courage établi. Seulement, ce rouleau compresseur se desserrera-t-il autour de ces accusés au soir de la prestation du serment ? Là est toute la question.


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