Longévité au Pouvoir: voici l’atout secret de Paul Biya depuis des années

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Derrière l’homme Paul Biya proclamé vainqueur à l’issue du scrutin du 07 octobre dernier, se cache une première dame «bling bling» et très «fashion», qui est bien consciente de son rôle d’actrice de l’ombre dans la vie politique du Cameroun. Un rôle qui a contribué à la victoire de son époux à l’issue de l’élection présidentielle du 07 octobre dernier.

Les requêtes et les passes d’armes entre les avocats de l’opposition et les membres du Conseil constitutionnel ont eu beau avoir passionné les Camerounais en étant retransmis à la télévision nationale, elles ont toutes été repoussées par cette institution qui siégeait pour la première fois depuis sa création en 1996. Captivés par ces débats publics aux envolées lyriques, vus et écoutés en direct sur les télé- visions de rue, les habitants se doutaient bien que l’annulation du scrutin et les recours pour fraudes exigés par les candidats de l’opposition n’avaient guère de chances d’aboutir. Et, comme on pouvait s’y attendre, le verdict du Conseil constitutionnel est tombé le 22 octobre dernier. Sans appel : Paul Biya a gagné l’élection présidentielle avec 71,28% des suffrages. Il est donc de nouveau président.

Victoire préparée

Le candidat du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (RDPC) a, cette fois-ci, surfé sur «la force de l’expérience». Une «force» et une «expérience» que les caciques du parti au pouvoir ont mises en avant durant toute la campagne électorale. Parce que, le président Paul Biya, c’est 36 ans de règne à la Magistrature suprême du pays. Le président Paul Biya, c’est aussi six élections présidentiel- les remportées de façon consécutive: 1984, 1988, 1992, 1997, 2004 et 2011.

Et face à lui, huit candidats issus d’une opposition fragilisée, mal organisée et désunie, qui a elle-même ouvert le boulevard au RDPC.

L’homme du 06 novembre avait toutes les chances (ou presque) de son côté pour gagner : une popularité indiscutable, la stature et le contrôle par son parti dans les 360 arrondissements du pays, des militant s(électeurs) implantés sur tout le territoire national, une équipe de campagne rompue à la tâche, une formation politique, véritable machine électorale qui n’a lésiné ni sur les moyens financiers ni sur la mobilisation, encore moins sur les ressources humaines déployées sur le terrain, à savoir les ministres de la République et les directeurs généraux d’entreprises publiques et parapubliques tous acquis à la cause du RDPC, qui ont quadrillé le terrain et mouillé le maillot pour assurer chacun au président-candidat un plébiscite dans leurs localités d’origine respectives.

Atout de poids et de taille

Et, par-dessus tout, le président élu a misé sur un atout de taille et de poids, sa charmante et dynamique épouse, celle qui fait l’unanimité au sein de l’opinion de par sa passion pour l’humanitaire et ses multiples œuvres de charité en faveur des couches vulnérables qui lui ont valu une reconnaissance à l’international. Mme Chantal Biya a gagné en assurance sous les ors du palais de l ’ Unité. Méthodiquement, la Première dame a bousculé les codes, construit son réseau et érigé son propre système, devenant une véritable actrice de l’ombre de la vie politique camerounaise. Cheveux roux et look flamboyant totalement assumés, elle s’est forgée une réputation et assis son autorité à travers son engagement, mieux son obsession pour l’humanitaire.

Loin de l’image de la Première dame africaine se contentant de rester à sa place, Chantal Biya, qui ne figure nulle part dans l’organigramme officiel de la Présidence, investit l’espace public dès 1994. Notamment avec La fondation éponyme qui devient, au plus fort de la pandémie du VIH/Sida, un partenaire incontournable des organisations internationales pour la fourniture de médicaments et la prise en charge des orphelins sur le sol camerounais.

Chantal Biya, qui dispose toutefois d’un bureau dans l’enceinte du palais de l’Unité, suggère des pistes de lobbying et organise des campagnes de levée de fonds particulièrement efficaces. Ce qui lui vaut d’être consacrée «star de la lutte contre le sida» par Pr. Luc Montagnier, codécouvreur du virus. Le professeur français avait accepté, dès 2002, d’être le parrain et la caution scientifique de la Fondation Chantal-Biya.

Rayonnement à l’international Avec le Cercle des amis du Cameroun (CERAC) dont elle est la présidente- fondatrice, Synergies africaines contre le sida et les souffrances assurent le rayonnement international à une Chantal Biya plus politique et apte à s’entourer des meilleures compétences. Créée en marge du 21e sommet France-Afrique organisé en 2001 à Yaoundé, l’association rassemble une trentaine de premières dames, les adhésions les plus récentes étant celles de Djéné Kaba Condé de Guinée et de Gabonaise Sylvia Bongo Ondimba. Chantal Biya est également proche de Chantal Compaoré du Burkina Faso, présidente d’honneur de Synergies africaines, et de Dominique Ouattara, épouse du président de Côte d’Ivoire.

Epouse d’un président taiseux et sou- vent absent de l’arène politique nationale et internationale, Chantoux, de son petit nom, a le secret de ces petits gestes qui ravissent les Camerounais. Ainsi, lors de la Coupe d’Afrique des nations 2002, au Mali, elle avait fait affréter un avion militaire chargé de victuailles et dépêché quatre cuisiniers pour régaler une délégation camerounaise peu séduite par la cuisine locale. En décembre 2012, lors de la 20e Assemblée générale du CERAC, elle avait tenu contre sa poitrine, pendant trente longues minutes, l’un des petits orphelins du Centre communautaire de l’enfance, à Yaoundé. Autre exemple : pendant les célébrations de la Journée de la femme, le 8 mars 2012 à Meyomessala, elle avait personnellement distribué du champagne, soulevant sans façon les plateaux de boisson et hélant chacune des invitées par son nom.

Une vie de passion en partage A ceux qui l’accusent de sur jouer, une juriste, membre de l’association, rétorque : «Au CERAC, elle est simplement elle-même, une jeune grand- mère qui prend son petit-fils sur ses genoux. C’est quelqu’un de bien, de simple». Trop simple même au point où l’épouse d’un ancien ministre confie que lors des rencontres de l’association, Chantal Biya, volubile, toujours prête à s’esclaffer et à esquisser des pas de danse, se contente de banales amabilités. Un style que ses détracteurs vilipendent. L’opposition, qui s’accommode mal de son omniprésence dans les médias en particulier en périodes électorales -, dénonce un clientélisme aux frais de l’Etat. Pour elle, les innombrables événements que l’ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco préside, du Grand Prix Chantal-Biya (cyclisme) à la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, servent avant tout les intérêts du président. Séduit par une Chantoux spontanée, drôle, impulsive et naturelle, Paul Biya a fait un choix personnel, inti- me. Vingt-cinq ans plus tard, les époux donnent l’image d’un couple des plus traditionnels, amoureux, uni par un goût partagé de passions. L’une, passionnée de son œuvre humanitaire et l’autre, passionné de poursuivre l’œuvre de construction nationale entamée depuis le 06 novembre 1982.


DETECTIVE N°1063


 

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