Cameroun: La logique insurrectionnelle de Maurice Kamto

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Ambiance des Manifestation des Militants du MRC à Douala, samedi le 26 janvier 2019

Les Camerounais croyaient avoir tourné la page du contentieux post-électoral. Que non! A la faveur des marches organisées par le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), samedi, 26 janvier 2019, la tension politique a refait surface cette fois dans une logique insurrectionnelle où la violence et la provocation le disputent à la manipulation. Les dirigeants, militants et sympathisants du Mrc ont donc effectué, sans autorisation de manifestation publique une série de marches, le 26 janvier dans les villes de Douala, Yaoundé, Mbouda, Bafoussam. Ces manifestations jugées dangereuses, ont été stoppées par les forces de sécurité camerounaises.

Au cours de la semaine dernière, on a vécu un échange par médias interposés entre le préfet du Mfoundi, Jean Claude Tsila et le président du Mrc. «Les manifestations à caractère vindicatif demeurent interdites sur l’ensemble du département du Mfoundi», mettait en garde M. Tsila qui invitait les populations de Yaoundé «à faire montre comme par le passé, de maturité, de patriotisme et de civisme et à ne point prêter le flanc à ces mots d’ordre à tous le moins irresponsables et séditieux». Le préfet du Mfoundi dont le chef-lieu est Yaoundé, la capitale du Cameroun, réagissait ainsi à l’annonce par le président national du Mrc, Maurice Kamto, d’une «Grande marche pacifique sur l’ensemble du territoire national», samedi 26 janvier pour protester contre les «crimes» qui sont en train d’être perpétrés dans les régions anglophones du pays, en proie à une crise sécessionniste.

Le Mrc comptait également protester contre ce qu’il considère comme un «hold-up électoral». En effet, Maurice Kamto et ses soutiens estiment être les vainqueurs de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018, qui a vu la victoire du candidat du Rdpc, Paul Biya. En face, dans une tribune libre publiée sur sa page Facebook mardi, 22 janvier 2019, le vice-président du Mrc, Simplice Smith Djomo Djomo II, parlant de la marche du samedi 26 janvier initiée par le Mrc, faisait savoir sur un air de défi que «personne ne peut s’opposer à la démocratisation et à la bonne gouvernance face à un peuple déterminé». Pour cet activiste politique, rien ne pouvait empêcher cette marche. «Toutes les autorités administratives qui vont essayer d’interdire la manifestation seront ignorées», disait-il tranché. Il faut donc comprendre pourquoi les pouvoirs publics garant de la paix civile, ont fait usage du dispositif de dissuasion.

Fusil de chasse

Manifestement, le Mrc s’est préparé pour un affrontement. Raison pour laquelle dans un post, l’écrivaine Calixte Beyala comme d’ailleurs de nombreux Camerounais intervenus sur les réseaux sociaux, les blessures présentées par les marcheurs du Mrc, ne sont autre chose que des montages grossiers. « De la Manipulation des masses au Cameroun: les fameuses blessures par balle. Ainsi donc lors de la manifestation de ce jour à Douala, on a voulu nous faire croire que par hasard, deux personnes auraient été blessées par balle… D’abord choquée, outrée puis-je me permettre de le dire, la larme à l’œil, j’ai déploré cet état de choses qui explique cela que l’on ne puisse faire une manifestation pacifique au Cameroun… Ensuite, mon œil a été attiré par les blessures: d’abord le pantalon était déchiré en tous sens au lieu du trou net en général provoqué par une balle ; ensuite j’ai vu la et les blessures… Aucun saignement autour malgré les garrots. Les pantalons étaient secs ; le sol où était censé être couché la et les victimes aussi. Tout était net… Il y a, c’est vrai, trois blessures…

Un brin ironique, Calixte Beyala parlant de blessures croit savoir que «celles-ci ont été provoquées par un fusil de chasse, qui distille du plomb, ne traverse pas la chair de part en part, ne casse pas les os… Le fusil de chasse n’est pas utilisé par l’armée camerounaise. Quelle tristesse ! En arriver à ces comédies pour mobiliser les Camerounais en faveur d’un candidat qui a été battu lors des dernières élections au Cameroun, voilà qui me laisse perplexe! C’est pitoyable! Nous sommes tous mécontents, mais cela ne doit pas nous empêcher de garder une intégrité morale, un sens de l’honneur», s’indigne l’auteure de «C’est le soleil qui ma brulée». En tout cas depuis la mise en circulation des nombreuses vidéos tournées autour du déroulement des marches «sévèrement réprimées» du samedi 26 janvier 2019, différents autres post effectués de gens ensanglantés ont démonté la manœuvre de Me Ndoki. De son côté, le gouvernement est monté au créneau démentant toute intervention armée des forces de sécurité quasiment invisibles sur les vidéos des marcheurs. Selon les ministres de la Communication (Mincom), Réné Emmanuel Sadi et celui de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji qui ont donné une conférence de presse conjointe, relative à cette actualité, Au total, 119 manifestants ont été interpellés et neuf personnes blessées. Parmi les personnes interpellées, dans la ville de Yaoundé on compte 62 personnes; 42 à Bafoussam ; 13 à Mbouda dans la région de l’Ouest Cameroun. Les clarifications du Mincom, les forces de l’ordre ont fait acte de professionnalisme.

Les balles utilisées étaient des balles à blanc, en caoutchouc donc. Des armes conventionnellement valides pour la convention Onusienne. Selon les ministres aucun coup de feu à balles réelles n’a été tiré sur les manifestants. Par ailleurs, le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji a mis en garde le Mouvement pour la renaissance du Cameroun de Maurice Kamto qui a franchi la ligne rouge.

Essingan N°157, par Leger Ntiga

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