Martin Camus Mimb: « Il faut dissoudre la Lfpc et redonner l’organisation du championnat à la Fecafoot »

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Martin Camus Mimb
Martin Camus, Journaliste sportif et analyste des questions de sport
TCL TV

Journaliste sportif et analyste des questions de sport, Martin Camus Mimb propriétaire de la radio de sport RSI nous a accordé une longue interview sur le football professionnel camerounais.

Une fois de plus le Cameroun n’a pas pu accéder à  une compétition africaine de football. En effet, aucune de ces équipes ne s’est qualifiée pour les phases de poules. Par ailleurs une a été éliminé sur tapis vert. A votre avis, quel est le problème?

On ne peut pas dire qu’il y a un problème mathématique qu’il faut régler. Le problème c’est que lorsqu’on n’a pas appris ses leçons, on ne passe pas ses examens. On ne peut pas être dans une salle de classe où on a passé le temps à faire l’école buissonnière et subitement à l’examen on estime qu’on va passer. C’est-à-dire le championnat est organisé de façon fantaisiste, les clubs n’ont même pas de siège pour ne pas parler de comptes bancaires. Ils fonctionnent comme des petites épiceries et vous voulez allez gagner des compétitions africaines contres des équipes qui ont des logistiques incroyables avec des camps d’entrainement, des joueurs payés en millier de dollars et bien d’autres encore. Et nous subitement parce qu’on est beau, parce que Dieu a choisi comme pays d’accueil le Cameroun, on pense qu’on va gagner. Non. Je pense pour être sérieux qu’on apprenne déjà à mieux organiser les compétitions. Ça commence par là. Le professionnalisme c’est le détail. Il est de même pour les sélections africaines à la coupe du monde. Elles n’arrivent jamais à la gagner parce qu’on n’est pas soucieux des détails. On a l’impression qu’on peut choisir n’importe quel hôtel par exemple pour les joueurs, alors qu’on a toute une batterie de choses et de détails à mettre en place. Il est temps de mettre l’accent sur les détails en termes de logistique, traitement de joueurs et même organisation des compétitions question de se donner les moyens d’être prêts ou pas. Et là, pour longtemps encore je crois qu’on ne sera pas prêt. Le professionnalisme titube, tout marche à l’envers. Je ne crois pas que ce soit une surprise qu’aucun club camerounais n’aille loin en compétition africaine. Le contraire aurait été une surprise.

Très récemment la Lfpc et la Fecafoot  ont eu une réunion au cours laquelle des résolutions ont été prises. Pensez-vous que ces résolutions pourront faire bouger les choses? 

Début d’une solution, oui. Mais le problème c’est qu’au Cameroun, tant qu’on va toujours fonctionner sous le régime du trafic d’influence, on ne va jamais arriver. Le problème à la Lfpc, c’est qu’il y a un individu qui a un statut que personne ne veut attaquer dans la prise de décisions. Pas qu’il se trompe systématiquement mais y a pas une communication établie. Aujourd’hui il a même progressé. C’est pour ça que cette réunion avec la Fecafoot pratiquement révolutionnaire dans les relations entre la Lfpc et la Fecafoot depuis que cette ligue a été mise en place. Je ne peux pas dire que c’est une solution, mais c’est un début. Mais est-ce que ça va faire bouger profondément, je ne pense pas. Parce que la Lfpc est née par césarienne. On ne peut pas accoucher par césarienne et croire que le lendemain la maman va cicatriser. Je pense qu’il faut revenir aux fondamentaux. Revenir aux fondamentaux c’est dissoudre la Lfpc et redonner l’organisation du championnat à la Fecafoot même si avoir une ligue de football professionnelle était une exigence de la Fifa. Et après avoir ramené le championnat à la Fecafoot , on régule le nombre de club. Moi je pense qu’aujourd’hui on n’a paFecafoot s les moyens d’avoir une ligue de football professionnelle. S’il faut attendre la manne de l’état et celle de la Fecafoot , je trouve quand même que c’est hasardeux de parler de football professionnelle. La moindre des choses c’est que la Fecafoot crée une institution avec des conditions qui font que des annonceurs, des partenaires et autres vont foisonner pour que ça fonctionne. Une ligue de football professionnelle ne fonctionne pas avec des subventions et de dons. Les clubs sont bâtis parce que c’est des structures professionnelles qui brassent de l’argent et c’est cet argent qui leurs permet de fonctionner.

Selon vous qu’es-ce qu’il faut pour que les clubs camerounais reviennent sur le premier plan en compétions africaines?

J’entends toujours les gens dire que le dernier club camerounais a gagné une compétition africaine en 1981. C’était l’Union de Douala. C’est vrai mais il n’y avait rien de particulier que c’est club faisaient à l’époque. Ils étaient dirigés par des passionnés qui y mettaient leur argent, mais le contexte s’y prêtait. Autant Ngassa Happi ou encore Nkoungou Edima le faisaient ici, autant on trouvait au Benin des gens comme Zinzou ou en Côte d’Ivoire des gens qui le faisaient également. Sauf que le football a évolué entre temps. Le football nécessite de structures professionnelles. Pendant que nous on est à l’arrêt, les équipes d’Afrique du Nord ont bâti un certain régime professionnel et les équipes d’Afrique noire qui arrivent à gagner ont calqué leurs modèles sur le fonctionnement européen. Nous on est resté sur le même fonctionnement embryonnaire où les clubs sont restés la propriété d’un individu, parce qu’il veut être député ou ministre ou je ne sais quoi. Et donc il a la possibilité de faire n’importe quoi et à la fin le résultat ne peut pas être probant. Donc il faut que les clubs quittent déjà le régime qui a permis aux autres (Canon, Union, Oryx…) de gagner. Aujourd’hui les batailles d’individu ont fait que même cet embryon a disparu. Pour qu’on redécolle, il faut qu’on calque le fonctionnement professionnel. On a demandé aux clubs de devenir des entreprises. On a juste balancé le terme entreprise sans l’accompagner. On ne peut pas devenir des entreprises comme celles qui vendent la tomate ou le riz. Il faut devenir une entreprise de gestion du football avec ce qui va avec. C’est-à-dire un club doit accéder à l’élite avec un cahier de charge qui est connu, un compte bancaire, un centre d’entraînement et bien d’autres choses. C’est un tout. Si des gens décident de créer des clubs ce n’est pas une faveur qu’ils font. S’ils décident de créer un club c’est pour entrer dans une industrie. Et pour cela ils doivent respecter un ensemble de choses. Quand par exemple on demande des cautions aux gens qui créent des stations-service, pourquoi ne pas demander des cautions aux clubs ? Il faut qu’on en arrive à des conditions minimales pour créer un club en donnant des garantis. Faut arrêter de mener des enfants à l’aventure. S’ils ne peuvent pas donner ses garantis, ils ne créent pas de club.

Après plus de huit ans d’existence, la Lfpc a-t-elle les moyens de produire un championnat professionnel de football au Cameroun?

Evidement que non. On n’a pas besoin d’attendre huit ans pour trouver les moyens. On n’a même pas besoin d’attendre vingt ans. Lorsqu’on a mis en place une structure professionnelle, elle est tout de suite professionnelle. Professionnelle veut dire qu’on a des professionnels du marketing qui cherchent les moyens, des professionnels de la communication, des clubs professionnels et des joueurs qui sont payés comme tel. On habite tous des quartiers. Vous connaissez quel joueur de première division qui mène une vie correcte, qui lui permet même déjà de créer le rêve autour de lui ? Moi je suis allé un jour aux Camps des Loges du PSG, les plus belles voitures appartenaient aux joueurs. Ici chez nous, si vous allez aux entraînements, les voitures appartiennent aux dirigeants et le joueur le plus aisé, vient aux entraînements en mototaxi. Vous ne pouvez pas dans un tel environnement penser qu’on peut mettre sur pied un championnat professionnel. Professionnel a une définition qui est littérale. C’est une profession et comme tel on vit d’elle. Rares sont les joueurs qui vivent comme tel. Rares sont les clubs qui arrivent à produire de la ressource. Si on n’est pas dans ces préalables on ne peut pas y arriver. Il faut tout refaire. Tout recommencer à zéro.

Manque de moyens, menace de grève, retard sur le calendrier Caf, etc. Pensez-vous que le début de la Mtn Elite One aura effectivement lieu le 26 janvier? 

Je ne peux pas dire que le début aura lieu. Ça aura probablement lieu, dans le même bricolage et on va aboutir aux mêmes résultats. C’est-à-dire que dans un an vous reviendrez me poser les mêmes questions (Pourquoi est-ce que les clubs camerounais n’y arrivent pas en compétitions africaines), alors que tout le monde a bien vu qu’on a commencé par le même bricolage. On a souvent commencé dans des pires situations que celles-là, mais ce n’est pas comme ça qu’on doit commencer un championnat. On va commencer un championnat avec espoir qu’on va le boucler en juin pour que les équipes puissent avoir de meilleures chances en compétitions africaine. Et puis, on a perdu des places cette saison pas parce que le championnat n’est pas fini à temps, c’est parce qu’on n’a pas pu jouer la Coupe du Cameroun à temps. Donc tous ces paramètres font que je ne peux pas dire qu’on ne peut pas, mais je suis dans le regret de dire que même si on commence dans un mois ou deux, on commencera avec le même amateurisme et du coup il n’y aura rien qui aura fondamentalement changé.

Propos recueillis par Ulrich Simo

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