Saccage des Ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin: Le « Biya spotting » qui discrédite la diaspora

0
272

Des organisations de Camerounais de la diaspora mènent depuis deux décennies des actions évènementielles de contestation et de dénigrement du régime de Paul Biya.

I l en est ainsi du Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora (C.O.D.E), un mouvement d’opposition camerounais agissant en Europe et en Amérique du Nord. Le C.O.D.E s’est constitué à Hambourg en Allemagne, en août 2003, à l’initiative d’anciens étudiants camerounais de l’Université de Yaoundé exilés en Allemagne. Après son avènement, le Collectif a initié une tradition qui fait désormais l’une de ses marques de fabrique, l’organisation de manifestations évènementielles de protestation contre le régime camerounais. Quand Paul Biya séjourne en Europe avec sa suite, les activistes exilés accourent toutes affaires cessantes et organisent un chahut de rue destiné à dénigrer le président de la république et sa délégation et à le discréditer auprès de ses voisins ou des autres clients de l’hôtel. Ces manifestations qu’on peut désigner comme un « Biya spotting » sont récurrentes depuis une quinzaine d’années au cours des séjours présidentiels dans un des pays d’Europe ou d’Amérique du Nord. Il s’agit de marquer les esprits en s’appuyant sur l’exemple des dissidents, des exilés et des activistes revendiquant différentes causes (Tibet, opposants aux régimes africains, activistes des droits de l’homme) qui investissent à l’occasion de visites de chefs d’Etats étrangers en France et aux Etats-Unis, différents lieux symboliques (les abords du Palais de l’Elysée, ou de l’Assemblée nationale française, le Parvis des Droits de l’Homme à la place du Trocadéro, etc…) ou les lieux de résidence des chefs d’Etats.

Sur le modèle de Trainspotting, film britannique de Dany Boyle en 1996, le « Biya spotting » fonctionne ainsi qu’il suit. Les membres du C.O.D.E, une trentaine au maximum, épient les moindres faits et gestes du couple présidentiel à l’étranger. Ils font le guet pendant des heures devant une résidence qu’ils pensent appartenir à Paul et Chantal Biya. A Genève en Suisse, ils « planquent » en face de l’une de ses cibles principales, l’hôtel Intercontinental qu’il appelle le « Ground Zero ». Ils cherchent des informateurs au sein des Hôpitaux universitaires de Genève en Suisse, se relaient devant la villa Maillot à Neuilly en France ou surveillent les alentours de l’hôtel Meurice, au cœur de Paris.

Les activistes exilés du Front uni pour le changement disent avoir réuni un fonds de 5 000 euros destiné à financer leurs déplacements à Paris ou à Genève pour mener leurs actions. A la tête des « Biya spotters » on trouve Brice Nitcheu. Exilé en Grande-Bretagne, il est principalement connu pour ses assauts multiples à l’hôtel Intercontinental où Paul Biya a l’habitude de descendre à Genève. Brice Nitcheu, frère cadet de l’Honorable Jean Michel Nitcheu, est un vieux routier de l’activisme politique. Il a fait ses premiers pas à Cap Liberté, auprès de Djeukam Tchameni dans les années de braise 90. Il est secrétaire provincial de l’Union pour le Changement au moment des élections présidentielles de 1992. On le soupçonne d’avoir imprimé les premiers « Cartons Rouges » qui avaient paralysé le pays. Entre 1990 et 1997, il est arrêté 18 fois, et accusé lors de sa dernière arrestation en juin 1997, de « tentative de déstabilisation des institutions de la République par la force ». Une campagne internationale lancée par Amnesty International permet d’obtenir sa libération. Il quitte clandestinement le Cameroun en février 1999 pour l’Angleterre, où il y vit depuis lors. Après avoir collaboré avec le Social Democratic Front, en 2007, il devient le secrétaire exécutif du C.O.D.E et crée, entre autre, la Fondation Moumie. Avec ses amis du C.O.D.E, il a fait de Genève un terrain de bataille privilégié avec le régime camerounais.

L’un des plus grands faits d’armes des « Biya spotters », s’était déroulé le 7 décembre 2013. Paul Biya est à Paris pour un sommet sur la paix et la sécurité en Afrique. Des membres du Code avec à leur tête Junior Zogo, un ancien commissaire de police exilé en France, embusqués depuis des heures dans le hall de l’hôtel Meurisse, parviennent à déjouer les services de sécurité et à apostropher le président en lui demandant la libération de prisonniers politiques au Cameroun. L’incident qui dure moins d’une minute est filmé par un complice, et sera abondamment relayé sur les plateformes de partage de vidéos.

Il arrive que les opérations des « Biya spotters » se retournent contre eux. Les outrances et les agressions perpétrées lors des visites ou des séjours du Chef de l’Etat à l’étranger par ces groupes transgressifs, leur lobbying anti-régime auprès des institutions européennes et américaines, le « business des pleurs » fait d’affabulations sur les conditions de leur départ du Cameroun des demandeurs d’asile camerounais, les plaidoyers publics et médiatiques des avocats français de Français d’origine camerounaise ont fini par altérer l’image de la diaspora dans l’opinion camerounaise.

On constate ainsi depuis une décennie un glissement sémantique qui fait que désormais, « diaspora » égale « opposition radicale de l’extérieur » au Cameroun. Ce qui brouille le message qu’une diaspora industrieuse telle que l’avait qualifiée le Président Paul Biya à Paris en 2009, et c’est la plus nombreuse, souhaitant ou déjà engagée dans le développement du Cameroun essaye de faire passer. L’envahissement et le saccage des ambassades du Cameroun en Europe n’aura pour seule conséquence que de renforcer cette image d’une diaspora négative anarchiste et nuisible pour le Cameroun.

L’Essentiel du Cameroun N°231, Nomo Modo

Facebook Comments