CHANTIERS DE LA CAN À GAROUA: Le gouvernement pousse les travaux à l’arrêt

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Le ministre des Sports et de l’Education physique (Minsep), tout comme son collègue du Tourisme et des Loisirs (Mintoul), plombent les procédures de déblocage des décomptes et avances de paiements au profit de l’entreprise adjudicataire de certains marchés dans la capitale du Nord, Prime Potomac, depuis quatre mois.

Alors que les différents sites des infrastructures sportives et hôtelières de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) à Garoua présentaient déjà un niveau d’avancement satisfaisant, l’arrêt des travaux observé ces dernières semaines inquiète les autorités comme les populations de la ville. Par exemple, lundi 11 janvier, quelques personnels de Prime Potomac ont énergiquement manifesté leur mécontentement après 10 jours d’inactivité. Ils venaient d’apprendre qu’une nouvelle fois, le paiement d’une partie des décomptes en retard, dus à l’entreprise, annoncé pour le vendredi 08 février, n’a finalement pas été viré.

Une situation qui les prolonge dans un chômage technique de fait. «Ce sont des pères et mères de famille, des responsables qui vivent et subviennent à leurs besoins grâce aux activités des chantiers. Certains ont des loyers qu’ils ne peuvent honorer, d’autres ont vu leurs enfants expulsés des écoles parce qu’ils n’avaient pas payé les deuxièmes tranches de scolarité. Au-delà du fait que c’est un engagement du chef de l’Etat dont on bloque ainsi la progression, mais surtout cette situation va finir par se transformer en drame social», confie un des membres du staff de l’entreprise Prime Potomac.

Outre le personnel, les fournisseurs des chantiers commencent déjà aussi à piaffer d’impatience. Hier, c’est l’entreprise chargée de l’approvisionnement en eau qui a suspendu la fourniture de ses services, alors même que les gazons posés avec succès sur les quatre stades d’entraînement confiés à Prime Potomac nécessitent, pour conserver leur qualité, d’être arrosés tous les deux jours. Au cœur de cette situation préoccupante, le sempiternel problème de paiement des décomptes. Un retard justifié par des difficultés de trésorerie de l’Etat. Mais curieusement, ce problème semble cibler davantage Prime Potomac bien plus que toutes les autres entreprises prestataires de la CAN 2021. L’affaire épouse désormais des contours d’un scandale d’Etat mettant sur la sellette le Minsep et le Mintoul. Les deux ministres, en qualité de maîtres d’ouvrage, bloquent les procédures administratives de décaissement des décomptes et des avances de paiement au profit de l’entreprise. Hypothéquant en même temps, de manière irréversible, la livraison des chantiers le jour dit, c’est-à-dire à la fin du mois de mars prochain. Recommandations du chef du gouvernement et autres instructions de la présidence de la République n’ont pas vu le dossier marquer la moindre évolution. L’un et l’autre membre du gouvernement ont été saisis à nouveau en septembre 2018 par Prime Potomac dans le cadre de deux procédures de paiement devant permettre l’accélération des travaux pour une livraison des chantiers en décembre 2018.

D’une part, les responsables de l’entreprise américaine invoquent l’avenant révisant le montant global du marché à la baisse et dont la signature était attendue depuis octobre 2017. La signature de cet avenant aurait permis d’ajuster les montants des décomptes au même niveau que le taux d’avencement des travaux. Déséquilibrée par ce blocage administratif, l’entreprise comptabilise aujourd’hui plus de 3 milliards de francs Cfa dus par l’Etat client. Ce qui explique son lourd endettement auprès de ses fournisseurs. D’autre part, à en croire des sources internes, Prime Potomac était également en droit de bénéficier des avances de paiement sur approvisionnement. Prévues par les clauses contractuelles, ces avances de trésorerie, pourtant accordées aux autres entreprises adjudicataires des marchés de la Can, ne seront curieusement jamais accordées au constructeur américain.

Il a fallu attendre plus d’un an, c’est-à-dire le 19 décembre 2018, pour que l’avenant soit finalement signé. Les procédures y faisant suite pour pouvoir aboutir aux paiements des décomptes ne sont pas à l’abri des manœuvres de blocage des maîtres d’ouvrages. Rendant impossible d’entrevoir une échéance de paiement dans un délai court. L’avance sur approvisionnement n’est pas encore non plus à l’ordre du jour.

Fourberie

Il n’y avait meilleure fourberie pour mettre un coup d’arrêt à l’avancée galopante des travaux dans les chantiers de Prime Potomac que la paralysie des procédures administratives devant aboutir aux paiements des décomptes et avances constatent des observateurs. Comment comprendre que malgré les instructions du chef de l’Etat de livrer tous les ouvrages dans les délais contractuels prévus (31 mars 2019) et d’accélérer par conséquent les paiements, Prime Potomac accuse pour l’heure, six mois de décomptes non encore payés ? Le dernier virement reçu au mois de novembre 2018, étant en réalité un acquittement du mois de juillet 2018. Cette « perfusion » additionnée aux efforts financiers personnels du promoteur Ben Modo, ont permis de maintenir un niveau d’activités soutenu jusqu’au 31 janvier dernier. Malgré une situation difficile qui paralyse l’activité, Prime Potomac a réussi à préserver le volet social et ne pas procéder à des licenciements de son personnel. Outre 80% des ouvriers qui seront payés à la tâche, le reste des personnels connaît des aménagements de salaires ponctuels qui leur permettront de percevoir quand même une partie conséquente de leurs revenus jusqu’au mois de mai, avec l’espoir qu’entre-temps l’Etat puisse honorer sa part d’engagement. Si les délais ont été considérablement obérés, Prime rassure toutefois qu’un paiement dans les prochains jours permettra de rattraper les retards et finalement livrer dans les temps.

Par Marie Robert Eloundou, Essingan N°163

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