Décentralisation : Discorde sur les 100 millions débloqués pour les projets dans chaque commune

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Malgré les 100 millions débloqués cette année pour les projets dans chaque commune, les maires dénoncent la baisse des ressources attendues des ministères.

A la tribune du Palais des Congrès de Yaoundé, le Sénégalais Alioune Badiane a été plusieurs fois applaudi par des maires du Cameroun.
Naturellement, ils étaient ravis que cet expert en développement local donne un écho particulier à leur revendication : transférer plus de ressources financières aux communes. Alioune Badiane jouit d’une reconnaissance mondiale et sa parole vaut son pesant d’or. Hier, 6 février 2019, il s’exprimait devant l’essentiel du gouvernement camerounais conduit par le nouveau Premier ministre, Joseph Dion Ngute ; et c’était à l’ouverture des toutes premières assises générales de la commune.

Alioune Badiane a cité deux pays dont le Cameroun peut s’inspirer. D’une part le Kenya où la constitution stipule que 15% du budget de l’Etat sont affectés aux collectivités territoriales décentralisées. D’autre part l’Afrique du Sud qui consacre jusqu’à 52% de son budget aux provinces et aux municipalités. Le Cameroun est encore loin d’atteindre ce niveau de financement de la décentralisation. Le pays est même en retard par rapport à ce qui se fait en Afrique de l’Ouest où entre 10% et 18% des budgets publics sont affectés au développement local. « Le Cameroun situe se à 2% ou 4% tout au plus. Nous sommes en retard », déplore un maire.

Pourtant, au titre de l’année 2019, chaque commune camerounaise a reçu 100 millions F.Cfa destinés au financement des projets de développement.
Les 360 communes ont donc bénéficié de 36 milliards issus du budget du ministère de la Décentralisation et du Développement local (Minddevel).
Cette enveloppe est de loin supérieure aux 5 milliards F.Cfa débloqués en 2017 et en 2018 pour les investissements dans le cadre de la
décentralisation. Il n’empêche que les 36 milliards n’atteignent pas 1% du budget de l’Etat.

Par ailleurs, plusieurs maires critiquent la manière dont cet argent est mis à leur disposition. « Nous avions pensé que ce serait des fonds souverains et que chaque commune déciderait elle-même des projets à financer par les 100 millions. Mais une fois encore, le choix a été fait depuis Yaoundé », se désole un élu. Plus grave, ajoute-t-il, certains projets sont issus des portefeuilles de plusieurs ministères. Du coup, ces administrations ont réduit les financements à transférer au niveau local. « Au finish, nous avons le sentiment que l’Etat a donné d’une main et a repris de l’autre », déclare un maire qui confie avoir reçu à peine 120 millions alors qu’il attendait quelque 300 millions au titre des ressources financières transférées par les différentes administrations concernées par la décentralisation.

Evolution Si le niveau des ressources est encore jugé insuffisant, il apparait toutefois que celles-ci se sont accrues au fil des années. Selon les chiffres avancés par le Minddevel, les financements cumulés annuels sont passés de 24 milliards en 2010 à 75 milliards en 2018. Il faut y mettre non seulement l’ancienne dotation générale de la décentralisation, mais aussi les fonds transférés par différents ministères ainsi que les centimes additionnels communaux redistribués par le Feicom. Ces centimes sont issus des 10% prélevés sur certains impôts, notamment l’impôt général sur le revenu, la taxe professionnelle, la taxe sur les spectacles ou encore la taxe sur la valeur ajoutée (Tva). De cette cagnotte, 70% sont reparties entre les 360 communes et les 14 communautés urbaines que compte le Cameroun.
En 2019, les ressources mises à la disposition des communes seront forcément plus importantes, sachant que chacune d’elle reçoit 100 millions, non compris les centimes additionnels communaux, les fonds venus des ministères ainsi que les projets financés par le Feicom ou encore le Programme national de développement participatif (Pndp).

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