François Soudan: « Le Cameroun n’est pas une monarchie matrimoniale »

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François Soudan, Directeur de rédaction de Jeune Afrique et, Madame Chantal BIYA, l'épouse du Chef de l'Etat du Cameroun

Le Directeur de la rédaction du magazine Jeune Afrique dit tout au sujet du dossier sur Chantal BIYA paru lundi le 18 février 2019. Lire ci-dessous l’interview exclusive accordée au journal Mutations…

Qu’est-ce qui a motivé le dossier de Jeune Afrique de cette semaine sur la première dame du Cameroun ?

C’est une idée d’enquête qui s’est progressivement imposée au fur et à mesure de la montée en influence et en visibilité de la Première Dame, laquelle a longtemps été sous-estimée à tort. Le dernier remaniement ministériel, en janvier, nous a fourni l’occasion de la concrétiser. Il n’y a rien d’autre que cela, encore moins un pseudo commanditaire masqué – affabulation à laquelle nous sommes habitués.

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Quel commentaire vous suggère la réaction du pouvoir à travers, notamment, la presse à capitaux publics et même certains médias privés ?

Les théories complotistes font florès au sein de certains médias camerounais, ce qui ne renvoie pas un bon signal quant à l’état de santé de notre profession. J’ignore si les réactions dont vous parlez émanent ou non du pouvoir, mais elles n’ont évidemment aucun sens et nous n’allons pas consacrer notre temps à les démentir, d’autant qu’elles s’autodétruisent de par leur outrance même. A titre personnel, je suis désolé de voir que la directrice de la publication de Cameroon Tribune, Marie-Claire Nnana, qui est issue de la même école de journalisme que moi, qui comme moi a été formée par Hervé Bourges et dont le talent est indéniable, aille jusqu’à écrire que JA cherche à susciter un coup d’Etat militaire. Je préfère imaginer qu’elle n’en croit pas un mot.

Est-ce que Jeune Afrique maintient que Chantal Biya est une dauphine potentielle ou alors qu’elle nourrirait une ambition pour le pouvoir suprême ?

Georges Dougueli, qui a signé cette enquête et qui connaît son pays, n’a jamais écrit cela. Nous n’avons donc pas à maintenir (ou pas) ce que nous n’avons pas dit. Comme nul ne l’ignore, le Cameroun n’est pas une monarchie matrimoniale.

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Jusqu’où pensez-vous que la première dame empiète sur l’espace du Président ?

Nous n’avons pas de taupe au sein du cabinet présidentiel. Nous analysons des faits connus de tous les observateurs et portons cette analyse à l’appréciation de nos lecteurs. Il est en effet intéressant de circonscrire le domaine d’influence de Chantal Biya, comme celui des autres Premières Dames. Combien d’articles ont été écrits sur Mme Macron, son pouvoir et son influence sur son mari dans la presse française ? Je ne les compte plus. Pour le reste, il appartient aux Camerounais eux-mêmes d’en débattre.

La bataille entre les camps Bulu, l’ethnie du chef de l’Etat et Nanga est-elle réelle ou sublimée ?

Il n’y a rien de nouveau à voir des groupes d’intérêt, constitués sur une base identitaire ou autre, se livrer à une concurrence pour l’accès aux responsabilités. C’est apparemment le cas ici. Ethniciser ces conflits inévitables n’est pas le prisme par lequel JA traite du Cameroun. Ce sont les Camerounais eux-mêmes qui, ces derniers mois, ont une tendance manifeste à analyser la vie politique à travers l’appartenance ethnique. Il suffit de parcourir les réseaux sociaux et certains médias pour s’en rendre compte.

D’aucuns parlent d’une crise de ménage entre J.A et Etoudi. Est-ce qu’il y a un pacte avec le pouvoir de Yaoundé, au point où dès que celui-ci est violé, il y a une levée de boucliers de la part de l’un ou l’autre camp ?

Cela fait bien vingt ans que je lis et j’entends ce genre d’insinuations sans fondements. Vingt ans que des Ministres de la Communication, des propagandistes zélés, des journalistes commandités se livrent au « JA bashing » pavlovien et le colportent. Ce n’est pas en répétant une stupidité qu’elle devient une vérité. Une chose est sûre : avec de tels courtisans, le Président Biya n’a pas besoin d’adversaires. Il mérite mieux que cela.

Propos recueillis par  Jean De Dieu Bidias

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