CAMEROUN / ETATS-UNIS: Comment ils ont mis le feu

Ministres, politiques et hauts fonctionnaires, par différentes manœuvres, désinformation et sabotage des intérêts américains, pollué les relations entre les deux pays...

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Ministres, politiques et hauts fonctionnaires, par différentes manœuvres, désinformation et sabotage des intérêts américains, pollué les relations entre les deux pays.

En quittant N le Palais de l’Unité lundi, le 18 mars dernier, au terme d’une audience avec le président Paul Biya, le Sous-Secrétaire d’Etat américain aux affaires africaines, Tibor Nagy a dit la volonté du Cameroun et de son pays les Etats-Unis, de poursuivre la coopération, notamment au plan commercial. Affirmant que les relations entre les deux pays sont très bonnes, il n’a cependant pas dissipé tous les nuages qui ont obscurci l’horizon au cours des derniers mois et jours. Preuve que des acteurs ont œuvré dans l’ombre pour détériorer les relations entre les Etats-Unis et le Cameroun. C’est ainsi qu’alors que le président de la République, Paul Biya a donné son accord, le 08 août 2017, pour l’attribution à la seule entreprise américaine en compétition, Prime Potomac, certains ont cru bon de torpiller la bonne conduite de ces chantiers. La mission assignée à Prime Potomac, dans la perspective de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (Can), consistait notamment en la réhabilitation de quatre stades d’entraînement (Cenajes, Poumpoure, Gendarmerie et Sodecoton) et de l’hôtel La Benoué à Garoua. Prime Potomac devait aussi construire un hôtel quatre étoiles dans la même ville. Pour un côut total de 26 milliards de Fcfa. Seulement, les obstacles sur le chemin de Prime Potomac, auront pour nom : Bello Bouba Maïgairi, ministre du Tourisme et des Loisirs (Mintoul)), Bidoung Mkpatt, ex-ministre des Sports et de l’Education physique (Minsep), Taïbé Ngaba, directeur des entreprises touristiques au Mintoul, et Assamba Ongodo, directeur de la coopération au Minepat. Au plan politique, surabondamment inondée de fausses informations et vidéos truquées, Maurice Kamto, Akere Muna et les leaders séparatistes des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, l’administration américaine sera détournée du droit chemin pour se mettre sur la piste de la dénonciation. Essingan retrace ici, le rôle des principaux acteurs.

Akere Muna et Maurice Kamto : les ténors de l’axe du mal

Maurice Kamto et Akere Muna

La scène camerounaise s’est surchauffée au cours des dernières semaines du fait des agendas connus et cachés. Dans le cadre de la crise socio-politique et sécuritaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les leaders des mouvements armés ont multiplié des attaques et actes de harcèlement à l’endroit des autorités et des populations. Des tueries dont le seul objectif était de provoquer le pouvoir dont la réaction militaire allait être brandie à la communauté internationale comme disproportionnée C’est ainsi qu’un hôpital a été attaqué à Kumba. Des élèves et leurs encadreurs enlevés à Kumbo et surtout, l’on retient la fusillade contre le gouverneur du Sud-ouest, Bernard Okalia Bilaï, alors qu’il se rendait à l’hôpital incendié de Kumba.

Ces actes criminels impardonnables dans tous les pays du monde, doivent rester impunis au Cameroun au nom de la liberté et de l’expression des libertés. Comme d’ailleurs le saccage des ambassades du Cameroun en France et en Allemagne où des Facebook live ont été repris en boucle faisant visiter et revisiter des casseurs pillant, détruisant et emportant des biens publics. Tous appelés à se mobiliser pour dire « non au hold-up électoral » suivant des directives de Maurice Kamto et ses lieutenants, ils ont été pris sur le fait. C’est que la provocation est devenue au Cameroun, un projet politique. Une victimisation, qui par la suite, est exploitée et brandie à ce que les auteurs appellent malicieusement «la communauté internationale ». C’est dans ce cadre-là que Maurice Kamto, Akere Muna et les autres ont chargé le pouvoir de Paul Biya auprès de l’administration Trump.

Ambitions

Pas étonnant qu’avant même d’avoir mis les pieds au Cameroun, le sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires africaines, Tibor Nagy avait déjà une version toute faite aussi bien de la crise anglophone que de la situation politique au Cameroun où « Paul Biya fait arrêter ses opposants ». Ce d’autant plus que, depuis la formation par le président de la République, du gouvernement le 04 janvier 2019, certains ont vu leurs ambitions s’évanouir. Des manœuvres ont été savamment montées. Tendant à attribuer la paternité du décret du 04 janvier à Chantal Biya et à Ferdinand Ngoh Ngoh, ils ont multiplié des tentatives pour fragiliser et déstabiliser la ligne politique du chef de l’Etat. Pas étonnant que la première salve venue de Jeune Afrique ait eu lieu au lendemain de la célébration dans le recueillement et la ferveur des 86 ans de Paul Biya. Et drôle de coïncidence, les Camerounais vivaient un air amusé, les premiers moments du feuilleton de l’ancien ministre de la Défense Edgar Alain Mebe Ngo’o entendu des semaines durant au tribunal criminel spécial (Tcs).

L’ancien ministre soupçonné de détournement de deniers publics sera finalement interpellé et placé en détention provisoire à la prison de Kondengui. En dépit des pressions en tout genre, il le sera avec son épouse Bernadette. M. Mebe Ngo’o dont le nom est cité dans de nombreuses opérations d’intelligence avec les ennemis du Cameroun, est entré lui aussi en campagne contre Paul Biya. A la frontière de la diffamation, de la manipulation, de la propagande, du chantage, du dénigrement et de la désinformation. On le cite, comme Maurice Kamto et Akere Muna, dans le réseau de George Soros. Homme d’affaires très puissant, il estime devoir et pouvoir « acheter » les opposants de certains pays. A travers eux, il renverse les gouvernements et y impose ses valeurs.

Ce « philanthrope » compte beaucoup d’amis au Cameroun y compris dans les cercles du pouvoir. D’après différents services spécialisés, les mêmes collaborateurs très proches du président de la République, en plus de soutenir le président national du Mrc, Maurice Kamto, entretiennent les conflits dans l’Extrême-nord, le Nord-ouest et le Sud-ouest. Dans le coup également les organisations financières de George Soros et les Ong qu’il finance. On cite Amnesty International (Ai) et Transparency International (Ti). Par le biais de ce réseau, toute la toile est tissée. Secrétant des ennemis de l’intérieur, la filière n’épargne pas les diasporas qui sont, elles aussi, mises à contribution pour mettre sa couche comme c’était le cas avec le saccage des ambassades en France et en Allemagne.

Au cœur du pouvoir de « faux amis et faux frères » facilitent la fuite de documents officiels, la fabrication de vrais-faux et de faux authentiques abondamment diffusés dans les réseaux sociaux et les chancelleries dont celle des Etats-Unis. Toutes choses tendant à mettre à mal le président Biya présenté comme un « dictateur », qui « emprisonne » ses « adversaires ».

Un jeu de massacres aujourd’hui bien connu puisque parfaitement éventré.

Assamba Ongodo: le sabotage au nom du Minepat


Le sabotage des marchés attribués à Prime Potomac en 2017 par la présidence de la République du Cameroun a commencé au ministère en charge de l’Economie (Minepat). Assamba Ongodo, le directeur de la coopération était l’un des acteurs de ce sabotage au moment où Prime Potomac est sur le point de mobiliser les financements (26 milliards de Fcfa) auprès de Eximbank Usa. Ben Modo, le président directeur général (Pdg) de Prime Potomac raconte : « Il s’est passé que le ministère camerounais de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) n’a pas été capable de boucler l’affaire avec Exim Bank pour des raisons qui restent étonnantes. Et nous croyons que notre dossier a été saboté de bout en bout au niveau du Minepat. Voici pourquoi je le dis : le Minepat, c’est quand même la meilleure expertise du Cameroun en matière de financement international. Ce sont des professionnels qui comprennent leur travail et le font bien. Ils connaissent les rouages et ont traité des milliers de dossiers financiers, dont plusieurs dossiers directement avec Exim Bank Usa ».

Ben Modo révèle que les experts du Minepat ont envoyé, à Exim Bank, un dossier de financement très mal ficelé, avec des erreurs grossières. Et comble de malheur, ils ont envoyé à Exim, un dossier totalement en français, alors que l’anglais est la langue de travail à Exim Bank Usa. Evidemment, Exim a renvoyé le dossier en leur demandant de le traduire en anglais tout au moins. Alors qu’Exim Bank attend que le dossier traduit lui soit renvoyé, un directeur du Minepat, Assamba Ongodo, a plutôt été mis en mission pour aller à Washington dire à Exim Bank que les contrats de Prime Potomac n’étaient pas réels, et que l’Etat du Cameroun n’était pas certain du financement d’Exim Bank à notre entreprise. L’ambassade des Etats-Unis au Cameroun dispose des vidéos de ces déclarations.

Quand le Minepat réussit à plomber le dossier aux États-Unis, ce ministère va écrire au président de la République pour lui dire que le financement proposé par Prime Potomac ne peut pas marcher. « On a voulu faire croire au chef de l’Etat que les autorités américaines qui ont supporté le dossier de Prime Potomac, n’étaient pas sérieuses. C’est pourquoi je vous ai dit que notre dossier de financement a, purement et simplement, été saboté par le Minepat, qui a ensuite couru dire au président de la République, que les financements n’étaient pas bons », révèle Ben Modo.

Bidoung Mkpatt et le régime de l’affairisme et de la corruption

L’ex-ministre des Sports et de l’Education physique (Minsep) Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt a bloqué les décomptes et les avances de financements destinés à Prime Potomac, pendant près de 15 mois. Malgré le bon avancement des travaux des stades à Garoua, l’ancien ministre des Sports a régulièrement freiné des quatre fers. « Nous avons effectivement introduit un avenant, en proposant une réduction du montant du contrat à l’Etat du Cameroun il y a presqu’un an déjà. La réduction s’expliquait par le fait qu’avec Exim Bank, les accords nous auraient obligés à acheter un certain nombre de matériaux et équipements aux Etats-Unis, afin de respecter les quotas. Or, avec le financement direct de l’Etat du Cameroun, nous allions désormais prendre sur place certaines choses qui auraient dû venir des Etats-Unis, si le financement avait été celui d’Exim Bank », révèle Ben Modo.

Jusqu’au moment du changement de son portefeuille ministériel, le 04 janvier 2019, la signature de l’avenant de Prime Potomac n’était toujours pas signé par le Minsep. Et pourtant, Prime Potomac est la seule société de construction de cette Can, qui a été publiquement félicitée par les inspecteurs de la Caf et de la Fifa lors de la dernière visite d’inspection, pour la qualité des travaux, la qualité de la pelouse. Prime Potomac doit construire quatre stades d’entraînement de classe mondiale, ainsi que deux hôtels quatre étoiles, pour un budget compressé de 26 milliards de Fcfa. L’offre équivalente de la compétition tournait autour de 35 milliards de Fcfa, soit une économie pour le Cameroun de plus de neuf milliards de Fcfa. Le cas du stade de Coton Sport par exemple est parlant car, il est construit pour 2,5 milliards de Fcfa. Il n’y a, au Cameroun, aucun autre stade d’entraînement de ce standard, qui soit moins cher.

Bello Bouba et Taïbé Ngaba: une affaire de rançon

Le duo constitué de Bello Bouba Maïgari, ministre en charge du Tourisme et des Loisirs (Mintoul), et son directeur des entreprises touristiques, Taïbé Ngaba, est un sérieux obstacle à l’avancement des travaux des hôtels confiés à Prime Potomac à Garoua. En effet, en réponse à une lettre datée du 25 février 2019 de Bello Bouba Maïgari qui suggérait à la présidence de la République de retirer les travaux hôteliers à Prime Potomac, le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, a réagi le 11 mars 2019. Objet : « régie exceptionnelle et demande d’avances exceptionnelles pour l’entreprise Prime Potomac ».

Dans sa correspondance, le Sgpr fait connaître à Bello Bouba que la présidence de la République a marqué son accord, pour l’application de l’intégralité des mesures préconisées pour l’achèvement des travaux de gros œuvre dont l’entreprise Prime Potomac a la charge. Il s’agit notamment de : la mise en œuvre de la régie exceptionnelle pour les travaux restants, l’octroi, à ladite entreprise d’avances exceptionnelles de 826,775 millions de Fcfa pour le marché de l’hôtel de 100 chambres et 473,807 millions de Fcfa pour le marché de l’hôtel La Bénoué.

Seulement, Taïbé Ngaba, qui nourrit les blocages pour des appétits financiers personnels mais rejetés par Prime Potomac, va suggérer à son patron d’entreprendre à un autre goulot d’étranglement pouvant engendrer des surfacturations. Raison pour laquelle, le Mintoul saisit à nouveau le Sgpr, le 13 mars pour suggérer à tout prix une « régie exceptionnelle ». Pis, Bello Bouba poursuit : « le gouverneur de la Région du Nord,à qui je déléguerai mes pouvoirs, soit l’ordonnateur des décaissements en faveur des différents destinataires (entreprise, fournisseurs, soustraitants…) conformément aux détails des décomptes à établir. Pour Prime Potomac, il s’agit juste d’une niche de surfacturation des coûts en cours de création.

  • Par Marie Flore Nguimbous
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