Les mobilisations anti-Bouteflika s’intensifient en Algérie

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Lundi, des milliers de manifestants protestaient encore contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat. Ici à Alger. AFP/RYAD KRAMDI
Lundi, des milliers de manifestants protestaient encore contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat. Ici à Alger. AFP/RYAD KRAMDI

Alors que les protestations contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat se poursuivent dans la rue, l’opposition appelle les autres candidats à se retirer de la course à la présidentielle.

La colère s’est intensifiée en Algérie après la confirmation, dimanche, de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un nouveau mandat de cinq ans. À peine une heure après l’annonce faite par Abdelghani Zaalane, directeur de campagne de Bouteflika, de la candidature du président sortant, des milliers de manifestants étaient sortis dans la rue dire « Non au 5e mandat » à Alger, Skikda, à Oran, à Annaba, à Boumerdès et dans d’autres villes. Et les « engagements » de Bouteflika – dont l’organisation d’une élection présidentielle anticipée s’il est élu- n’ont pas calmé la contestation.

Sur les campus, les protestations se sont poursuivies ce lundi, notamment à Béjaïa, Constantine, Annaba, Blida et Ain Temouchent. À Constantine, le Bâtonnat a décidé de geler ses activités au tribunal en signe de protestation, alors qu’à Alger, des artistes ont organisé un sit-in devant le Théâtre national Mahieddine Bachtarzi pour « ouvrir un grand débat dans la rue » sur la situation politique en Algérie. La présentatrice du journal de la télévision publique algérienne a démissionné, furieuse de s’être vue remettre à la dernière minute dimanche la déclaration écrite de Bouteflika, dont elle avait dû donner lecture à l’antenne.

L’opposition s’est réunie, au siège du parti El Adala, à Alger, pour appeler tous les candidats à la présidentielle de se retirer de la course comme ce fut le cas en 1999. À l’époque, Bouteflika, en campagne pour son premier mandat, était resté seul, les six autres candidats avaient dénoncé la partialité de l’administration et l’irrégularité du scrutin. Abdelaziz Bélaid, président du Front Al Moustakbal, a menacé de se retirer de la course si « la candidature de Bouteflika était maintenue ».

« Ayez pitié de lui ! Laissez le tranquille ! »

Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, a appelé les décideurs à « déclarer l’état d’incapacité du président Bouteflika ». « Ayez pitié de lui, laissez le tranquille ! », a-t-elle lancé. Abderrazak Makri, qui s’est retiré de la course pour la présidentielle, a qualifié cette candidature de Bouteflika d’irrationnelle et a reproché à l’opposition de n’avoir pas exercé assez de pressions pour « reporter le scrutin ». Ali Benflis, qui a lui aussi retiré sa candidature, parle de « candidature fictive ». « Des forces extra-constitutionnelles sont à la manœuvre », a-t-il accusé. Il doute d’ailleurs que Bouteflika soit l’auteur de sa lettre de candidature. Sid Ahmed Ferroukhi, ancien ministre de l’Agriculture, a, lui, démissionné du Parlement et du FLN, son parti. Il a appelé à « écouter » les messages qui viennent de la rue.

Seuls le FLN et le RND, le parti du Premier ministre Ahmed Ouyahia, ont défendu la candidature de Bouteflika louant les bienfaits de « la stabilité » et ceux des « réformes économiques et politiques » que le président sortant envisage d’engager s’il est réélu. Pour ces deux partis, Bouteflika a « répondu » aux revendications relatives au « changement politique ».

  • Fayçal Métaoui, correspondant à Alger (Algérie)
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