«Les propos de M. Morreti sont condescendants et désobligeants»

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Arrivé au Cameroun, le 15 mars 2019, dans le cadre de l’affaire Kamto et ses partisans traduits devant la justice militaire pour, entre autres, rébellion et appel à l’insurrection, Me Dupont Morreti s’est mué en médiateur entre le président Paul Biya et son client Maurice Kamto. A la suite de l’interview qu’il a accordée à Rfi lundi, 18 mars 2019, Essingan reprend la réponse du ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, hier 19 mars au micro de Christophe Boisbouvier.

M. le ministre (…), l’un des avocats français de Maurice Kamto Me Dupond-Morreti appelle à la sagesse du pouvoir pour qu’on trouve rapidement une solution pour son client qu’est-ce que vous en pensez?

Me Dupont Morreti est sans aucun doute un avocat de renom. Mais la haute idée que j’ai du barreau camerounais m’incline à penser que nous avons au Cameroun suffisamment d’avocats tout autant talentueux que M. Morreti, en mesure de défendre M. Kamto et ses partisans sans un recours extérieur. Il y a donc lieu de déplorer cet état de choses. Nous déplorions davantage, la condescendance et les propos désobligeants tenus par M. Morreti dont la lecture des faits ou alors la version qu’il en a reçue sont fausses. Toutes choses qui l’amènent à s’éloigner du terrain juridique pour embrayer sur des considérations politiques. Car dois-je le redire, les chefs d’accusation ayant motivé l’arrestation de M. Kamto et ses partisans ainsi que leur mise en détention provisoire, sont conformes aux lois et règlements du Cameroun. On ne saurait donc les qualifier d’arbitraire et ubuesque comme l’a affirmé péremptoirement M. Morreti.

Dans son interview à Rfi ce lundi matin [Ndlr 18 mars 2019], Me Dupond-Morreti prête à son client Maurice Kamto les mots suivants «je souhaite dire un certain nombre de choses au président Biya. Je ne veux pas mettre de l’huile sur le feu, mais je veux aussi qu’on respecte mes droits».

Ecoutez, nous demandons à M. Morreti qu’il n’est pas venu au Cameroun comme médiateur. Et qui au demeurant, se défend comme un donneur de leçons ou un incendiaire, d’assurer strictement la mission qui est la sienne c’est-à-dire assurer la défense ses clients devant la justice camerounaise et non pas se faire les cours d’arguments ineptes ou de revendications surréalistes à propos d’une prétendue victoire volée à M. Kamto alors qu’il est clair pour tout le monde, y compris pour M. Kamto lui-même qu’il n’a pas gagné et qu’il n’aurait jamais pu gagner une élection présidentielle au Cameroun du fait notamment d’une assise politique encore limitée.

Mais la demande faite par M. Kamto d’une rencontre avec son ex-adversaire, le président Biya n’est-ce pas un geste d’ouverture?

Le président Biya ne peut pas être considéré comme étant à mettre au même pied d’égalité que M. Kamto. M. Kamto est un citoyen comme tout le monde. Je crois qu’il doit aujourd’hui cesser de se considérer comme un alter ego.

N’est-il pas un prisonnier politique comme disent tous les membres de son parti et luimême?

Non! Il n’existe pas d’infraction politique au Cameroun. Personne n’a été privée de sa liberté pour ses opinions ou des actes politiques. Il est à préciser que M. Kamto et ses partisans sont devant la justice camerounaise pour des faits n’ayant aucun rapport avec leur engagement politique. Ce qu’il convient de rappeler c’est que M. Kamto et ses partisans ont planifié une série d’activités répréhensibles pour lesquelles ils ont à répondre aujourd’hui devant la justice camerounaise.

Les accusés risquent la peine de mort alors qu’ils n’ont tué personne. Est-ce que cela ne peut pas paraître choquant?

Ecoutez, les lois sont les lois et la justice appréciera. J’imagine qu’il appartient au juge camerounais d’apprécier la gravité des faits des uns et des autres et de prendre les sentences que les uns et les autres méritent.

Sur le fond du dossier, Maurice Kamto est un civil pourquoi doit-il comparaitre devant un tribunal militaire?

Au Cameroun le tribunal militaire n’est pas un tribunal d’exception. C’est un tribunal à compétence spéciale, et donc je crois, est tout à fait compétent pour connaître des cas comme celui de Maurice Kamto qui sont considérés comme des faits de droit commun.

L’Union européenne par la voix de Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, dénonce l’ouverture des procédures disproportionnées à l’encontre de Maurice Kamto et de ses quelque 160 compagnons de détention. Est-ce que tout cela ne nuit pas à l’image de votre pays?

Non! Maurice Kamto et ses partisans ont été interpellés. Ils ont été incarcérés non pas pour des faits d’ordre politique. Mais pour des faits de droit commun. Ils ont appelé à l’insurrection. Ils ont appelé à des manifestations interdites. Et vous vous rappelez la mise à sac des ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin. Elles sont le fait des partisans de M. Kamto. Personne ne peut nier que tous ces actes ont été commis à l’appel de M. Kamto et ses partisans. Les manifestations publiques ont été contenues, il n’y a pas eu d’usage de balles réelles contre les manifestants et toutes ces personnes ont été traduites devant les juridictions camerounaises, conformément aux lois et règlements de la République.

A plusieurs reprises, Maurice Kamto a dénoncé les attaques contre les ambassades du Cameroun à l’étranger. Côté américain, le sous-secrétaire d’Etat américain déclare qu’il serait sage de libérer Maurice Kamto. N’est-ce pas un avis qui pèse quand même, celui de votre allié américain?

Ecoutez, ces affirmations sont des affirmations non fondées. Nous devons tous attendre les décisions qui seront prises par notre justice qui est une justice indépendante, et qui est composée de magistrats expérimentés qui ne subissent aucune influence de la part des pouvoirs publics. Ils sauront rendre justice.

Est-ce que l’audience que le président Biya a accordé au sous-secrétaire américain, Tibor Nagy cet après-midi [Ndlr: lundi, 18 mars 2019], peut faire avancer le dossier Maurice Kamto?

De ce que je sais de l’audience, ces questions n’ont pas été évoquées. L’audience s’est déroulée dans de très bonnes conditions. Le chef de l’Etat et son hôte ont passé en revue les relations entre le Cameroun et les EtatsUnis. Ces relations sont excellentes. Les propos de circonstance qu’on a pus entendre ces derniers temps, n’ont en aucune façon, porté atteinte aux excellentes relations entre les Etats-Unis et le Cameroun. M. Tibor Nagy l’a déclaré lui-même au sortir de l’audience. Il a réitéré que les relations entre Washington et le Cameroun sont parfaites. De même a-t-il ajouté que les perspectives d’avenir entre nos deux pays iront en se renforçant sur tous les plans, notamment au plan commercial. Et que nos deux gouvernements vont travailler dans ce sens. Enfin, après avoir affirmé l’attachement des Etats-Unis à la stabilité et à l’indivisibilité du Cameroun, il a rendu un vibrant hommage au président Paul Biya dont il a apprécié la sagesse et l’intelligence.

Parmi les propos de circonstance de Tibor Nagy, il y a notamment cette délectation, c’était sur Rfi il y a quelques jours, à propos de la crise dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-ouest, le sous-secrétaire américain a dit que la crise pourrait être surmontée si par exemple les gouverneurs du Nord-ouest et du Sud-ouest étaient élus par les populations de ces deux régions.

Le processus de décentralisation est en cours. Au cours des mois qui viennent, les élections au niveau régional seront organisées et des conseillers régionaux seront élus. Les personnalités locales des différentes régions auront naturellement les pouvoirs accrus et même pour assumer leurs responsabilités locales. Mais M. Nagy a suggéré au gouvernement camerounais d’organiser des rencontres et des concertations. Nous accédons à ce genre de propositions. D’ailleurs, le président Biya n’a fait que tendre la main de toutes les façons à ses compatriotes. Des initiatives ont été prises pour sensibiliser les populations de ces régions, pour essayer de faire en sorte que les uns et les autres entendent raison. Une commission pour faire appel à nos compatriotes égarés a été mise en place. Et la main leur est tendue. Le processus est en cours. Nous pensons que toutes ces initiatives permettront au Cameroun, dans les délais assez brefs de rétablir la stabilité, l’ordre et la paix dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest.

  • Propos transcrits par Léger Ntiga

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