À l’école des petits criminels – Par Richard Makon

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L’éducation et la santé, envisagées comme services publics, politiques publiques ou systèmes institutionnels, constituent des éléments fondamentaux tant de la structuration que du fonctionnement d’une société humaine.

En effet, l’école et l’hôpital constituent les deux (02) institutions centrales qui permettent de se faire une idée précise de l’état de santé d’un pays, de sa situation politique, économique, sociale et culturelle à un moment donné de son histoire. C’est d’ailleurs pourquoi lorsqu’on veut détruire les fondations d’une société, on s’attaque prioritairement à son système éducatif et à son système de santé.

Il ne fait aucun doute aujourd’hui que le Cameroun est victime d’une entreprise de destruction ou de corruption de ces fondations. S’AGISSANT PREMIÈREMENT DE LA SANTÉ, elle est devenue un véritable rêve dans une société malade, rongée par la lèpre des pandémies et des grandes endémies, défigurée par le cancer de la pauvreté qui prive de nombreuses familles de moyens élémentaires pour des soins de santé primaires. Malgré l’augmentation des financements publics, des subventions et autres programmes d’appui des bailleurs de fonds internationaux, le système de santé apparaît comme l’un des parents pauvres des politiques gouvernementales.

La vétusté des ouvrages et des installations sanitaires, l’archaïsme des équipements et des plateaux techniques et technologiques, la rareté des médicaments dont plus de 70 % de ceux en circulation sont le produit de la contrefaçon, ajoutés à tout ceci la multiplication des centres de santé clandestins, des certifications irrégulières et frauduleuses, de l’emprise de la corruption et du sous effectif criard du corps des personnels soignants. L’hôpital au Cameroun est sous de mauvais hospices et le système de santé est un grand malade qui espère depuis trop longtemps être admis en soin intensif.

QUANT À L’ÉCOLE CAMEROUNAISE, sa crise dure depuis des décennies, et ni les hasardeuses tentatives de reformes initiées ici et là (telles que les États Généraux de l’Éducation du 22 au 27 mai 1995), ni les importantes mutations qu’a connu le secteur de l’éducation au niveau mondial, régional et sous régional, n’ont réussi à la sortir de cette sévère crise. De temps en temps, comme des piqures de rappel de ce sinistre, des polémiques opportunes surviennent comme celle qui a entouré il y a quelques temps le contenu d’un livre de sciences naturelles de la classe de 5e, des scandales éclatent comme ceux devenus plus fréquents sur la consommation des drogues dures dans de nombreux établissements, de l’organisation des orgies sexuelles et des pratiques contre-nature dans des cours de recréation, ou encore de la multiplication de petits assassinats entre camarades de classes.

Tous ces faits sont révélateurs des errements d’une société qui sombre dans la deshumanisation. Nos hôpitaux sont devenus des mouroirs lorsqu’ils ne sont pas opportunément transformés en prison secondaires (par ceux-là même qui ont pourtant fait le serment de protéger et de sauver des vies) où croupissent des mois durant des malades infortunés et des jeunes mères sans fortune. Nos écoles sont devenues des laboratoires de la méchanceté qui forment à toutes les fonctions de la criminalité, préparent à tous les concours de la fraude et de la corruption, les cours de recréation sont allègrement transformées en scènes de crime. L’école et l’hôpital sont simplement aujourd’hui le miroir de notre société.

Par Richard Makon, Docteur en Droit Public,
Spécialiste du Droit des Investissements

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