Barrage de Mekin – Financement: Le tonneau des Danaïdes du Sud

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L’enveloppe du projet de Mekin est passée de 25 milliards à 100 milliards sans véritable raison. Le principal responsable d’Hydro-Mekin, Louis Paul Motaze, est pointé du doigt.

L’affaire ne fait pas encore grand bruit. Mais elle a tout d’une bombe, qui peut exploser, à tout moment, au visage de Louis Paul Motaze. Les conseillers du président de la République en matière de grands travaux en sont encore à se demander comment l’enveloppe du financement du barrage de Mekin a pu exploser autant. En 2010 quand la décision de construire cet ouvrage sur le fleuve Ntem a été actée par Paul Biya, il fallait 25 milliards de Fcfa pour boucler les travaux.

Neuf ans plus tard, ce financement se situe à plus de 100 milliards de Fcfa. Malgré ce surplus, le barrage de Mekin est toujours en chantier. Et sa livraison, selon des personnes proches de ce dossier, n’est pas prévue pour demain. Hors du Cameroun, le gap entre le financement de départ et ce qui a déjà été investi dans ce projet intrigue les experts et même les bailleurs de fonds. Car les standards en matière de financement des barrages hydroélectriques sont connus. En fait, il est admis que la production d’un mégawatt d’électricité correspond à un financement d’environ un milliard de Fcfa. Dans le pire des cas, il faut débourser 1,6 milliard deFcfa. Si on s’en tient à cette norme, le financement du barrage de Mekin, d’une production de 15 mégawatts, doit se situer dans la fourchette entre 15 milliards et 40 milliards deFcfa.

Les 25 milliards de départ étaient donc réalistes. C’est bien pour cette raison que le gouvernement chinois a mis à contribution Eximbank of China pour supporter 85 % de ce financement (le Cameroun avait accepté d’apporter les 15 % restants). Un enthousiasme douché depuis que le projet du barrage de Mekin est clairement devenu un tonneau des Danaïdes. Pour se justifier, les responsables d’Hydro-Mekin ont souvent expliqué qu’au départ, la construction d’une ligne d’évacuation de l’énergie électrique n’était pas prévue. A en croire les mêmes personnes, c’est à cause de cet imprévu qu’il a fallu grossir le budget. Cette ligne d’évacuation, longue de 33 kilomètres, doit partir du site du barrage pour arriver dans la localité de Nyom Yekombo, où les 15 mégawatts de Mekin doivent être intégrés dans le réseau interconnecté Sud (Ris). L’argument ne manque pas d’intérêt.

«Il faut savoir que lorsque vous n’avez pas maturé un projet, comme c’est le cas avec Mekin, cela revient à dire que vous n’avez pas pris en compte un certain nombre de dépenses. Et ces dépenses vont surgir au moment de la réalisation du projet », indique une source, qui connaît bien le projet de Mekin. Mais pour ce dernier, les imprévus n’expliquent pas tout. Jean Yves Ngono Misso, le président national du Syndicat national des travailleurs du secteur de développement des ouvrages de production de transport et de régulation de l’électricité, croit savoir ce qui s’est passé. « D’autres coûts sont liés aux mentalités de chez nous. Les ingénieurs camerounais sont ingénieux quand il faut gonfler les coûts. Ils ont l’art d’injecter la corruption et les détournements dans les projets et c’est ce qui gonfle les enveloppes », explique ce syndicaliste, par ailleurs ancien employé d’Electricity Development Corporation (Edc), l’entreprise publique qui opère dans le domaine de l’énergie électrique. Pour avoir justement travaillé pour Edc, Jean Yves Ngono Misso connaît un rayon dans le domaine. Et il est disert quand il est question de parler des manquements du barrage de Mekin. «L’incompétence des uns et des autres a fait gonfler l’enveloppe», mentionne-t-il. Il termine en indiquant que «des gens sont devenus milliardaires sur le dos de l’Etat à travers ces grands projets structurants».

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