Barrage de Mekin: Les indemnisations de la honte

0
196
TCL TV

Les riverains ont reçu des sommes dérisoires quand des noms de substitution touchaient le gros lot, au vu et au su de tout le monde.

«Les indemnisations à Mekin ont été une catastrophe». Cette confidence du syndicaliste Jean Yves Ngono Misso est en réalité un secret de Polichinelle. Tellement les anecdotes sur cette question se racontent dans les chaumières à Mekin. L’une des plus répandue est celle de ce planteur, propriétaire d’une plantation d’hévéa sur le site du barrage. Ce dernier avoue qu’il gagnait en moyenne un million de Fcfa après chaque récolte. Sauf que quand il a fallu partir, il a reçu en tout et pour tout 700 000Fcfa . Il en est encore à se demander s’il n’est pas bloqué dans un mauvais rêve. Maintenant, il n’hésite plus à dire que le barrage de Mekin, qu’on lui avait présenté comme un projet de développement, est venu l’appauvrir.

Une idée largement partagée par les populations riveraines. Elles sont convaincues que les indemnisations ont été siphonnées avant de leur parvenir. «Des personnes avides d’argent ont mis dans la liste les noms des morts, de leurs épouses, des gens qui ne sont pas de la région et qui n’ont jamais acheté un mètre carré de terrain dans la région. Ils ont agi ainsi pour détourner l’argent. Malheureusement les vrais propriétaires, à qui on a arraché des terrains, n’ont jamais été indemnisés », raconte Jean Yves Ngono Misso. C’est ce qui explique la colère des populations à Mekin. Elles en veulent surtout aux élites de la région du Sud, qui, croient-elles, ont participé, pour les uns, au siphonage de l’argent des indemnisations quand les autres ont tout simplement fermé les yeux.

Mais les populations en veulent surtout à Louis Paul Motaze. C’est à cet homme politique de 60 ans originaire de Bengbis dans le département du Dja-etLobo (région du Sud), et réputé proche du palais, que le président a confié le soin de mener à bien le projet de Mekin. Visiblement, il a fait mentir le chef de l’Etat. «Un tel barrage dans le village du président c’est se moquer de lui et des populations», pense M. Ngono Misso. «Parce que nos élites nous ont méprisés, tant que nos problèmes ne seront pas résolus, nous avons décidé que le barrage ne fonctionnera jamais. Même s’ils le démarrent aujourd’hui, il s’arrêtera toujours. Si les promesses ne sont pas tenues, cet ouvrage ne servira à rien», gronde par ailleurs un chef traditionnel de la contrée. Pour qui les forces mystiques sont le pis-aller aujourd’hui.

Facebook Comments