Centre Ville de Yaoundé: Les commerçants refusent de déguerpir

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Malgré l’interdiction faite par la ministre de l’Habitat et du développement urbain (minhdu), Célestine Ketcha Courtes, les vendeurs à la sauvette et ceux détenant des comptoirs proposent toujours divers produits à la clientèle davantage nombreuse, de jour comme de nuit. Nous avons les produits issus de l’habillement, la restauration, la téléphonie. Les vendeurs exercent debout ou assis derrière un comptoir. Certains faufilent et courent après les voitures mettant ainsi leur vie en péril, pour proposer des produits à vil prix. Si pour certains les faire quitter les lieux, en l’occurrence la Poste centrale en passant par l’immeuble de l’Emergence, la cathédrale, la Sonel centrale et les alentours de certains bâtiments administratifs, d’autres pensent qu’il s’agit des activités qui laissent la porte ouverte à l’incivisme et l’insécurité. Mais avant toute sorte de déguerpissement, les vendeurs réclament des sites bien aménagés à leur portée. Lorsqu’il est connu de tous que la relocalisation des marchands à la sauvette a toujours été une épine dans la chaussure du gouvernement. Essingan fait une irruption dans ce domaine, surtout parce que la récente décision ministérielle est controversée et regorge des conséquences ambivalentes.

«C’est ici», a dit Nathalie Essomba tout en montrant du doigt à son comptoir contenant, entre autres, des chaussures, des habits, des ceintures. Il est situé à quelques mètres de la Trésorerie nationale, épicentre de Yaoundé. C’est là, répète-telle désespérée, « qu’on nous a demandé de ne plus exercer le commerce. De quitter les lieux. » Depuis l’annonce de cette décision, certains ont plié bagages pour d’autres cieux. Mais elle fait partie de la pléthore de Camerounais qui poursuivent toujours paisiblement leur activité, de jour comme de nuit, à ces endroits récemment interdits par la Minhdu. Mme Essomba dit ne pas avoir l’intention de partir, car, grâce à cette activité génératrice de revenus, elle nourrit sa famille. « Je vends depuis 10 bonnes années. Je suis responsable d’une famille. Si je laisse mon commerce, que vont manger mes enfants ? », s’interroge-t-elle avec courroux.

Son collègue qui vend les accessoires pour téléphones portables aux encablures de l’immeuble Emergence est catégorique et dit comprendre cette décision administrative comme un sourd. « Je n’ai pas eu la chance d’avoir un travail à la fonction publique. Au lieu de me lancer dans des mauvaises activités comme le vol, j’ai choisi de venir faire mon commerce ici à la Poste centrale pour subvenir aux besoins de ma famille. J’envoie mes enfants à l’école, je les soigne en cas de maladie avec les revenus de cette activité », dit-il en insistant sur ces 20 ans de carrière professionnelle dans le domaine et à cet endroit. Les confidences de ce genre sont nombreuses. Et partout, c’est la même chose: Cathédrale, immeuble rose, Finances, Sonel centrale.

Par ailleurs, le déguerpissement définitif des vendeurs en plein cœur de la ville de Yaoundé et aux alentours des bâtiments administratifs, telle qu’initié par la Minhdu, tarde à prendre forme. Des locaux aménagés pour la commercialisation de divers produits sont toujours installés çà et là: de la téléphonie mobile aux métiers de l’informatique en passant par les prestations de services axées sur l’habillement, la restauration, la documentation, la fruiterie. Débouts, assis derrière un comptoir, les vendeurs à la sauvette crient à tue-tête question de faire la propagande de leurs marchandises. « Je préfère venir chercher mon pain quotidien en vendant les fruits pellés », partage une marchande. D’autres faufilent entre les voitures quand le feu de signalisation est au rouge. Certains courent même après des voitures question d’écouler, le plus rapidement possible leurs marchandises en mettant ainsi leur vie en péril « Si je ne fais pas comme ça, je n’aurais pas grand-chose en fin de soirée », fait savoir Severin S., commerçant ambulant de colas. Le soir venu, plusieurs marchands des marchés environnants prennent aussi d’assaut les sites concernés par l’interdiction du Minhdu. « J’ai un comptoir au marché Central. En soirée je viens rejoindre les autres pour écouler ma marchandise », confie un vendeur de T-shirts. Des activités qui laissent la porte ouverte aux comportements d’incivisme. L’insécurité tisse aussi davantage sa toile.

Incivisme et insécurité

Ces deux mots sont sur toutes les lèvres des populations. Si pour certains les faire quitter ces zones est la bonne solution, certains clients de leur côté pensent, que cette décision a des conséquences ambivalentes. «Si on leur demande de partir, ils doivent le faire. Peu importe l’endroit où ils iront, les clients iront toujours vers eux», pour reprendre les dires d’une cliente qui approuve cette décision ministérielle. Par contre, les adeptes des achats de ces produits rejettent en bloc la décision. Car, disent-ils se procurer des articles à vil prix.

« Leur demander de quitter les lieux est une bonne chose pour préserver l’image du pays. Ce n’est pas bien qu’ un touriste qui arrive au pays et voit tout cela. Mais quand ils quitteront ces lieux sans toutefois les montrer des sites aménagés où les clients pourront à nouveau faire leurs achats, que vont-ils devenir ? Certains se lanceront dans le banditisme », analyse un client. Mais son argumentaire ne convaint pas ce jeune Camerounais. Il pense plutôt que l’insécurité est grandissante sur ces sites à cause de la présence des vendeurs à la sauvette. « Tout ces gens que vous voyez à la Poste, la Cathédrale, Education ne sont pas tous des simples vendeurs honnêtes. Certains se cachent derrière cette identité pour d’autres fins. Notamment voler, tuer. Il est quasiment difficile d’y circuler de peur d’être agresser. »

Quant à l’incivisme, elle est de plus en plus reprochée. Et se manifeste avec l’occupation anarchique de la chaussée et l’investissement sur la route. « Se débrouiller est une bonne chose mais certaines personnes ne doivent pas exagérer. Les commerçants installent les produits partout. Difficile de circuler », regrette un automobiliste. Toujours est-il que les commerçants réclament des sites bien aménagés et à leur portée en dehors des marchés existants avant de prendre le large.

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