Jeûne de Ramadan: Un Médecin donne des conseils aux malades

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Diabète, cardiopathie, malades chroniques et Ramadan : jeûner est-il possible ?

Le jeûne du mois sacré de Ramadan est l’un des cinq piliers de l’Islam et représente une tradition très importante de la culture musulmane. Le jeûne entraîne une modification profonde sur le métabolisme de base chez l’homme sain et encore bien profonde chez des personnes en phase de
traitement comme chez le diabétique, le porteur de prothèse intracardiaque, l’insuffisant cardiaque, l’hypertendu…

Chez les sujets sains, le jeûne de Ramadan est beaucoup plus bénéfique pour deux raisons.

Primo : la satisfaction spirituelle rapproche le musulman de Dieu. Secundo : des travaux de recherches fondamentales ont montré que :

  1. le jeûne favorise la protection et la détoxication des cellules.
  2. le jeûne favorise le renouvellement des cellules souches du système hématopoïétique.
  3. le jeûne favorise l’autophagie et la mise en place de mécanismes de résistance au stress.
  4. Le jeûne diminue les effets secondaires et sensibilise les cellules cancéreuses à la chimiothérapie.

Cependant, Il faut jeûner sans s’exposer aux risques qui peuvent être fatals et contraires à la religion. L’étude Epidemiology of Diabetes and Ramadan (EPIDIAR, 2001), a démontré qu’environ 40 % des patients diabétiques de type 1 (DT1) et près de 80 % des patients diabètiques de type 2 (DT2) jeûnent au moins 15 jours pendant le Ramadan. Plus récemment en 2010, une autre étude a rapporté que 94 % des patients DT2 jeûnent au moins 15 jours et
que 64 % jeûnent tous les jours. Or, le patient diabétique s’expose, au cours du jeûne du Ramadan, à différentes complications aiguës telles que l’hypoglycémie, l’acidocétose, la déshydratation associée à des complications thromboemboliques. Il apparait clair que de précautions doivent être prises :

Consulter impérativement votre endocrinologue (diabétologue) ou votre cardiologue avant le jeûne car une modification de traitement peut être importante. Il y a de médicaments plus adaptés au jeûne qui vous seront proposés par votre spécialiste. Un risque accru d’hypoglycémie est observé, avec l’utilisation des sulfamides hypoglycémiants (SU), de même qu’avec l’insuline. Dans une étude observationnelle internationale portant sur 1.378 patients DT2 traités avec les SU, environ 20 % des patients ont présenté une hypoglycémie symptomatique durant le Ramadan.

Adaptation alimentaire impérative : retarder au maximum le Suhur qui doit être riche en sucre complexe (fruit, patate…) jusqu’au lever du soleil, à l’heure autorisée et rompre le jeûne aussitôt que possible lors de l’Iftar.

Il est conseillé de maintenir une alimentation équilibrée. L’Iftar doit être équilibré avec un faible index glucidique et riche en fibre, boire beaucoup d’eau et éviter de boissons sucrées. Augmenter la consommation de fruits et légumes frais, de salade (en restant vigilant sur la quantité d’huile dans la sauce), de lentilles, yaourts, céréales complètes, légumes bouillis ou à la vapeur. Il faut mesurer la masse corporelle tous les jours et noter des variations. Informer votre médecin si la variation est importante (>3 Kg).

Eviter le soleil ardent du Tchad. Le risque de déshydratation et de décompensation est multiplié par 5.

Pour les patients hypertendus, il n’y a pas trop de modification à faire. Les meilleurs médicaments antihypertenseurs actuels sont pris en dose unique journalière. Il faut le prendre pendant l’Iftar. Aucune modification de l’objectif tensionnel n’a été constatée lors de cette prise dans une étude pakistanaise. Si deux prises journalières sont impératives, alors il faut les prendre lors de l’Iftar et de suhur en évitant les diurétiques pendant le
Suhur.

Les patients pour qui les médicaments sont prescrits le soir n’auront aucun changement à faire. Par exemple les antis vitamine K prescrits au patient vivant avec de prothèse intra cardiaque ou vivant avec de troubles de rythme cardiaque complexes. Cependant, il faut rapprocher le cycle de surveillance de l’INR (les patients concerné connaissent de quoi il s’agit). Le risque de surdosage est accru durant le jeûne comme le montre une
étude tunisienne.

Il y a beaucoup à dire, mais je me limite à ce niveau. Retenez, chers compatriotes musulmans, qu’il faut consulter vos médecins traitants afin d’adapter votre traitement durant le mois saint.

Par Dr Vidaline Tchamdjou, cardiologue

Proposé par Ibrahim Z brandao

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