MANŒUVRES: Dodo Ndoke et Bonde détournent le projet sucrier de Batouri

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Dodo Ndoke et Emmanuel Bonde
Dodo Ndoke et Emmanuel Bonde

Le ministre des Mines, de l’Industrie et du développement technologique (Minmidt) en fonction et son prédécesseur ont entrepris de reprendre en catimini la construction d’une usine de canne à sucre, volontairement torpillé en 2014.

«Depuis quelques semaines, des réunions se tiennent régulièrement à la résidence d’Emmanuel Bonde pour remettre en place la société agroindustrielle sucrière de l’interzone Bertoua-Batouri », informe une source qui participe régulièrement à ces assises secrètes. Selon notre source, « le processus est très avancé et nous n’attendons plus que l’aval des autorités en charge de la gestion de l’industrie dans notre pays [le Minmidt, ndlr] ». D’autres sources à Bertoua et Batouri confirment ces informations en se bombant le torse : « nous pouvons compter sur l’actuel Minmidt, l’un des filleuls d’Emmanuel Bonde ».

Selon les informations collectées à bonne source par Essingan, ceux qui veulent exhumer le projet de Dieudonné Mirabeau Dong Thry Dong sont les mêmes qui l’avaient enterré en 2014. D’abord en rompant le protocole d’accord liant, depuis le 13 avril 2012, l’Etat du Cameroun à la société unipersonnelle Justin Sugar Mills SA (JSM). D’après cet accord, pendant dix ans, l’exclusivité de la mise en œuvre d’un projet agroindustriel sucrier était accordée à JSM dans l’interzone Bertoua-Batouri.

Ensuite, après un long bras de fer entre le Premier ministre d’alors, Philemon Yang, et le Minmidt de l’époque, Emmanuel Bonde, ce dernier, en violation des instructions de la présidence de la République et du chef du gouvernement, décide de traduire le promoteur du projet au Tribunal criminel spécial (Tcs). Il accuse M. Dong Thry Dong de détournement de la somme de 562 500 000 FCFA représentant une partie de la participation des communes riveraines, 11 au total, au capital du projet (60 milliards de FCFA). Sur la base d’un audit dont on n’a jamais vu le rapport. Au final, malgré les injonctions du chef de l’Etat faites et répercutées par le PM à Emmanuel Bonde puis à Ernest Gbwaboubou qui le remplace, le caractère privé du projet n’est pas préservé tout comme aucun des deux ne retire la plainte évoquée supra contre l’administrateur directeur général de JSM. Qui sera condamné à vie en même temps que son fils Stéphane Dong Thry Dong. Aujourd’hui que la décision du Tcs a revêtu l’autorité de la chose jugée, les personnes qui veulent remettre sur la place publique ce projet semblent avoir un boulevard devant eux. Surtout qu’elles estiment que leur démarche est l’aboutissement d’un processus enclenché alors que l’épouse d’Emmanuel Bonde était encore en service à JSM. A l’époque, elle y travaillait avec un certain Blaise Pascal Dong, recommandé à JSM par Emmanuel Bonde pour en être le directeur général adjoint (Dga). Mais en réalité, si l’on se réfère aux copies de mails entre certains partenaires de JSM et lui, Blaise Pascal Dong avait une autre mission au sein de l’entreprise : identifier puis retourner les partenaires de JSM pour leur vanter le projet Sunrise Sugar, une pâle copie de JSM dont il avait pris soin de traduire le business-plan de l’anglais au français. L’entourloupe avait été découverte par Dieudonné Mirabeau Dong Thry Dong qui, dans la foulée, avait licencié son « homonyme » et l’épouse du ministre également impliquée dans le complot.

Mais l’hydre Sunrise Sugar avait refait surface. En effet, cette société était parmi les trois (avec la Marocaine Cosumar et la Française Somdiaa, ndlr) qui prétendaient déjà reprendre le projet sucrier de Batouri en février 2015 suite à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le Minmidt en novembre 2014. Cosumar raflait la mise avec 80,5/100 contre 60,16/100 pour Somdiaa.

Finalement, face au feuilleton juridico-administratif évoqué plus haut, les Marocains avaient abdiqué. Le projet était entré en hibernation. Avec l’arrivée au Minmidt d’un affidé d’Emmanuel Bonde, les vieux démons resurgissent. Gabriel Dodo Ndoke est la caution d’un groupe qui veut faire main basse sur les potentialités de la région de l’Est à produire du sucre. Des sources au Minmidt signalaient depuis quelques temps qu’« Eugène Kouma, l’ancien secrétaire particulier d’Emmanuel Bonde, était régulièrement aperçu dans le bureau de Gabriel Dodo Ndoke pour de longues séances de travail ». Certainement pour concocter le plan de remise à flot du complexe agroindustriel sucrier de Batouri.

Pour rappel, ce complexe agroindustriel sucrier, d’un coût total de 60 milliards de FCFA, comprenait une usine de production initiale de 60 000 tonnes par an, des plantations de cannes à sucre sur 15.000 hectares, sur une superficie totale de 155.000 hectares à Tikondi et Bodongoué, dans l’arrondissement de Batouri, et une unité de production de 16 MW d’électricité à partir des déchets de l’usine. Pourvoyeur de 5 000 emplois directs et 2 500 indirects, selon les prévisions, il devait être opérationnel en mai 2014.

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