MGR ABRAHAM BOUALO KOME: «L’Eglise attend les conclusions relatives à l’affaire Bala »

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Au terme de la 44e Assemblée plénière des évêques du Cameroun, l’Eglise catholique qui est au Cameroun s’est donnée un nouveau président de la Conférence épiscopale nationale. Pour succéder à l’archevêque de Douala, Mgr Samuel Kleda, l’épiscopat réuni sur les collines de Mvolyé à Yaoundé, a désigné l’évêque de Bafang, Mgr Abraham Kome. Qui occupe donc le fauteuil du président pour l’accomplissement de la charge que lui ont confiée ses «frères», depuis le samedi 04 mai 2019. Il reçoit entre autres missions celles de l’organisation de l’administration des biens temporels de la conférence.

Avec Mgr Andrew Nkea Fuanya, évêque de Mamfé, son vice-président, ils vont conduire «le peuple de Dieu». Placée sous le signe de la communion fraternelle, la 44e Assemblée plénière des évêques du Cameroun a débuté le 28 avril. Lors de sa clôture le 04 mai, l’examen du rapport présenté par les quatorze commissions a permis aux évêques de donner des orientations en lien avec leurs objectifs spécifiques et la mission de l’Eglise.

Son élection participe de cette volonté de voir l’institution ecclésiale se pencher sur les problèmes sociaux de notre temps: les violences, les crimes, la misère, la crise sociopolitique dans les régions du Nord-ouest et Sud-ouest, etc. Dans le même ordre d’idées, l’Assemblée plénière a procédé au renouvellement des mandats des membres du Conseil permanent de la Cenc, constitué des représentants des cinq provinces ecclésiastiques du Cameroun: Bamenda, Bertoua, Douala, Garoua et Yaoundé. Les assises de Yaoundé ont surtout permis de nommer des responsables et chefs services au sein de la Cenc. En l’occurrence, la coordination nationale à la Cellule d’appui technique de l’Acadir, celle du Service national la justice et paix, de l’Organisation catholique pour la santé au Cameroun.

S’agissant des préoccupations d’ordre national, de la situation sociopolitique du Cameroun notamment, les évêques ont une fois de plus, adressé à tous un appel lancinant en vue d’une solution pacifique, efficace et durable. Les évêques ont publié une lettre pastorale sur la franc-maçonnerie, les rose-croix et la sorcellerie. Pour eux, il en ressort, «qu’on ne peut être à la fois, chrétien et franc-maçon, chrétien et rosicrucien, chrétien et sorcier. La franc-maçonnerie, les rose-croix et la sorcellerie sont incompatibles avec la foi chrétienne.» Autant d’outils placés entre les mains du nouveau président qui sans conteste débute son nouveau mandat avec du vent dans les voiles. Pour esquisser sa vision de la mission qui lui a été confiée, il partage avec les lecteurs d’Essingan les actions futures à mener.

Excellence, Mgr et président de la Cenc, comment appréhendez-vous la charge qui vient de vous être confiée?

Au cours de cette assemblée, mes confrères ont exprimé à ma faveur la confiance en désignant mon humble personne comme président de notre famille épiscopale. Je les en remercie. Et je les assure puisque je prends la pleine mesure de cette confiance et de la responsabilité supplémentaire qui est désormais la mienne au sein de notre collège. Mon sentiment est celui de quelqu’un qui a une possibilité supplémentaire de servir l’Eglise et par ricochet de servir la société. La conférence dont je deviens président a des principes fondamentaux. En réalité, dans le fond nous sommes dans la continuité. Nous n’avons rien à inventer. La nouveauté pourrait venir de la spécificité de la personne, des valeurs qui me sont propres.

Vous considérez-vous comme le fils de Mgr Samuel Kleda dont vous semblez vous inscrire dans la continuité?

Je rends un vibrant hommage à Mgr Samuel Kleda, mon prédécesseur direct pour toute l’énergie qu’il a investie durant ses deux mandants. Et qui a produit l’accroissement du patrimoine de notre conférence, pour son courage prophétique, ses positions en faveur de la vérité et en faveur de la recherche d’une société juste. J’essayerai moi aussi avec la grâce de Dieu et en communion avec tous mes frères évêques d’être collaborateur et serviteur de la vérité dans l’Eglise et dans la société.

Par ailleurs président de la Commission justice et paix, comment comptez-vous assumer les deux fonctions?

Je reste toujours le président de la commission justice et paix. C’est vrai que c’est une commission qui a une spécificité parce qu’elle s’investit dans la gestion des problèmes de société. Nous essayons d’abord de structurer les mentalités surtout des enfants, ceux qui sont à l’âge scolaire, à la citoyenneté, aux questions de paix, de justice et le respect du bien commun. Nous essayons aussi depuis le niveau le plus bas des paroisses de dénicher ce qui peut apparaître comme les obstacles à la justice et à la paix.

Et les résoudre lorsque les parties en conflit sont disposées à cela, les dénoncer dans certains cas. Et puis nous avons aussi d’autres dossiers: la préservation de l’environnement tout en essayant de convaincre les bailleurs de déclarer les ressources allouées au gouvernement. Pour que la société civile puisse avoir et essayer de contrôler ce qui est fait de ces fonds. Dans notre pays, c’est une très bonne chose. Parfois il conjugue avec des problèmes de pollution, d’expropriation des terrains. A la base nous sélectionnons des moyens qui sont à notre disposition. C’est un peu cela la Commission justice et paix.

Le fait que mes confrères me portent à la tête de cette conférence a peut être un lien avec cette commission. Ils ont dû me regarder sous le prisme justice et paix, ça s’est sûr. Mais aussi sur le prisme de la vie tout court. Parce que même quand nous sommes responsables d’une commission nous sommes ensemble responsables de toutes les commissions, responsable de toute la vie ecclésiale. Je pense que tout cela a dû peser pour que ce choix soit porté sur moi. Cependant, pendant que j’y suis encore, j’ai un cahier de charges que j’essaye de mettre en route. Mais je pense que nous cheminons ensemble.

Être collaborateur de la vérité est intrinsèquement lié au pasteur que je suis. Je faillirais si je faisais autrement. Il s’agit notamment d’une vérité qui est au service de tous. Elle n’est pas à tête chercheuse. Nous avons le devoir d’être tous les collaborateurs de la vérité.

Vous accédez à la tête de la Cenc dans un contexte assez troublant de crises multiformes à l’intérieur de l’Eglise universelle. Mais aussi dans notre société avec notamment la menace Boko Haram dans le Nord, le problème anglophone qui a viré depuis plus de deux ans à l’affrontement armé. Quelles possibilités de solutions envisageriez-vous?

Déjà en termes de souhait, nous avons toujours désiré que la paix revienne. Parce que les atrocités, les misères sont légion, il est question que nous puissions tous conjuguer nos efforts. Que la sérénité revienne. Par rapport à un plan d’action, disons que l’Eglise peut travailler côté cour comme côté jardin. Ce que nous avons fait côté cour, jusque-là est public. Nous pensons qu’en ce moment, il faut accentuer sur le côté jardin.

Vous avez marqué les esprits lors des obsèques de Mgr Jean-Marie Benoît Bala à Bafia en martelant la recherche de la vérité sur les circonstances de son décès brutal. Comment faire pour la manifestation de la vérité?

Être collaborateur de la vérité est intrinsèquement lié au pasteur que je suis. Je faillirais si je faisais autrement. Il s’agit notamment d’une vérité qui est au service de tous. Elle n’est pas à tête chercheuse. Nous avons le devoir d’être tous les collaborateurs de la vérité. Et j’estime que dans ma posture de chrétien et évêque, il est question pour moi de m’adosser.

A ce jour, Bientôt deux ans que les résultats de l’enquête ouverte sont toujours attendus…

Ce que je peux vous dire est que l’affaire est effectivement pendante en justice. Et ceux qui sont en charge je crois, sont à pied d’œuvre. Nous attendons, selon leur agenda, qu’ils nous donnent des conclusions.

Président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun, administrateur apostolique de Bafia et président de la Commission justice et paix, en plus de votre charge d’évêque de Bafang, vous estimez-vous surchargé? Autrement dit, comment entendez-vous vous départager pour répondre à toutes les attentes qu’impliquent des différentes charges?

Ce n’étaient pas de choses prévues. En venant à Yaoundé je n’ai rien organisé. Je ne savais pas que j’en sortirai responsable de cette structure. Maintenant il faut que j’aie un peu du temps pour évaluer tout ça, distinguer tout cela et à la fin voir comment ça peut se gérer. Certainement en accentuant le levier de la collaboration dans toutes ces structures, on verra des personnes sur lesquelles je peux m’adosser pour pouvoir coordonner tous les trois. Il faut dire que beaucoup de ces charges sont ponctuelles.

Même si ponctuel, ici ne veut pas dire que ça tient sur un jour, sur un mois. Théoriquement il n’est pas prévu que je reste longtemps avec toutes ces charges sur les épaules. D’un moment à l’autre je vais pouvoir me stabiliser dans ce diocèse. Et que le travail à la conférence est un mandat de trois ans. Ce n’est pas quelque chose qui continue toujours. C’est pour un temps. Au final, il viendra un moment où je vais m’occuper uniquement de mon diocèse.

Entretien mené par Crescence Yolande Akaba

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