CM 2019 : Estelle Johnson vit son rêve avec le Cameroun

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En 2014, elle avait décidé d’en finir avec le football. Elle pensait pouvoir tirer un trait sur sa carrière et qu’il était temps de passer à autre chose et de commencer une nouvelle page de sa vie. Elle avait espéré pouvoir jouer des compétitions internationales, mais sans appel de l’équipe nationale à 25 ans, elle se disait que c’en était terminé. Mais dès la semaine prochaine, elle participera à la Coupe du monde de football féminin, la plus haute des compétitions internationales.

Son père a fait carrière dans l’agriculture et a rejoint le Peace Corps des États-Unis, qui l’a amené à travaillé dans toute l’Afrique dans les années 1980 et 1990. C’est aussi en Afrique qu’il a rencontré la mère d’Estelle, originaire du Mali, et le 21 juillet 1988, Estelle Johnson est née à Maroua, au Cameroun.

« J’ai des souvenirs de différents pays. La plupart de mes souvenirs se limitent au Tchad  », a expliqué Johnson à The Equalizer, ajoutant que la famille a souvent bougé en Afrique jusqu’à ce qu’elle déménage au Colorado à l’âge de 7 ans, et que ses souvenirs du football de son séjour en Afrique sont au mieux vagues.

Estelle Johnson avait 2 ans lorsque le Cameroun s’est qualifié pour les quarts de finale de la Coupe du Monde masculine en 1990. Elle a toujours été une fervente supportrice du Cameroun parce que «  mes parents m’ont toujours élevé en m’inculquant à l’esprit que j’étais Camerounaise  ». Son souvenir le plus cher et le plus impérissable de son enfance c’est lorsque son père lui a offert un chandail du Cameroun pour qu’elle le porte lorsqu’ils regardent un match.

En 2015, l’équipe féminine camerounaise a fait ses débuts en Coupe du Monde. Johnson était un spectateur intéressé. Elle a vu Gaëlle Enganamouit réaliser un tour du chapeau lors du tout premier match de Coupe du Monde de la FIFA de l’histoire du Cameroun et l’équipe a dépassé ses attentes en terminant deuxième du groupe et en accédant aux huitièmes de finale avant de perdre contre la Chine.

« Après les avoir vus jouer en 2015 et avoir réalisé que je pourrais peut-être m’impliquer dans cette équipe, un déclic s’est fait dans ma tête à partir de ce moment-là », explique Johnson.

Alors, à propos de sa retraite sportive en 2014 ? Ça n’a pas vraiment marché. « J’avais bien l’intention de prendre ma retraite cette année-là, a-t-elle admis. »J’ai décidé de terminer mes études et le football était terminé pour moi et j’allais travailler. Alors j’ai fait ça pendant un an.« Mais Johnson a raté le coche. Au fur et à mesure des matchs de la saison 2014, elle se retrouvait constamment en train de vérifier les résultats de la Ligue nationale féminine de soccer. Elle voulait y retourner. Une opportunité s’est présentée juste avant la saison 2015. Si Johnson était prête à jouer à nouveau, il y avait un transfert sur la table qui l’enverrait du Western New York Flash au Washington Spirit. »Dès que j’ai eu l’occasion de revenir jouer à Washington, j’ai sauté dessus. »

Johnson est peut-être camerounaise et elle est aussi américaine, et comme toutes les meilleures joueuses des États-Unis, elle rêvait de jouer dans l’équipe nationale américaine. Mais elle n’a jamais reçu d’appel et avec sa quasi-retraite en 2014, elle avait poussé le rêve au fond de son esprit. Mais voir cette équipe camerounaise participer à la Coupe du Monde 2015 a revitalisé son énergie et sa conviction qu’elle pouvait jouer pour une équipe nationale. Elle a décidé d’entrer en contact avec Francisca Ordega, une internationale nigériane, alors sa coéquipière à Spirit.

Les premiers progrès ont été lents et Johnson ne s’est pas qualifiée à temps pour la Coupe d’Afrique Féminine de la FIFA, où le Cameroun a battu le Mali, le pays natal de sa mère, pour la troisième place et la dernière place en France. Alain Djeumfa a pris la relève en tant qu’entraîneur-chef plus tôt cette année, et avec un peu d’aide de l’ancienne joueuse du NWSL et de la Camerounaise Michaela Abam, Johnson a eu sa chance. Elle s’est entraînée avec la première équipe, ce qui semble être un bon pari pour être dans l’alignement de départ lorsque le Cameroun jouera son premier match à la Coupe du Monde contre le Canada le 10 juin à Montpellier.

« Beaucoup de travail », a déclaré Johnson à propos du style de jeu camerounais. « Beaucoup de physique et beaucoup de vitesse. Beaucoup de contre-attaques et d’athlétisme. »

Elle ne pouvait que rire lorsqu’on l’interrogeait sur le groupe E, qui comprend également les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande. Mais elle est confiante. « Je pense que si nous jouons notre jeu, nous pourrons rivaliser avec n’importe qui dans notre groupe. Évidemment, tout le monde est bon, mais si nous nous en tenons à notre plan de match, je pense que nous pourrons rivaliser avec n’importe qui. »

Johnson aura son père dans les tribunes en France lors de cette Coupe du Monde. Sa mère ne fera pas le déplacement. C’est trop stressant pour elle de voir les enfants jouer. Deux frères, un cousin et des amis seront également en France. « Une petite section sera réservée à mes invités qui vont pleinement m’encourager, ce qui sera en soi incroyable et rendra l’expérience encore plus douce. »

Johnson a failli devenir championne professionnelle, mais n’a pas réussi lors des quatre finales auxquelles elle a participé. Le Cameroun ne jouera probablement pas la finale de la Coupe du Monde, et ne s’en approchera probablement pas tant que ça. Mais avoir la chance de jouer pour son pays natal sur la plus grande scène que le sport a à offrir sera une sorte d’apogée pour Johnson, aujourd’hui âgée de 30 ans.

« J’ai encore ces aspirations de remporter un championnat NWSL. Mais il s’agit ici d’une compétition internationale. Je ne dis pas que c’est plus important, mais c’est tout aussi important pour moi de pouvoir performer et jouer au plus haut niveau devant ma famille et mes proches. »

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