Enseignement Supérieur – BENJAMIN NGOUNOU NGATCHA: «On nous paie comme des mendiants»

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BENJAMIN NGOUNOU NGATCHA, «On nous paie comme des mendiants» Ce mouvement d’humeur va impacter sur la qualité des cours dispensés et les diplômes que nous allons mettre sur le marché. Propos recueillis par C.Y.A secrétaire général du syndicat national des enseignants du Supérieur (Synes)

Ce mouvement d’humeur va impacter sur la qualité des cours dispensés et les diplômes que nous allons mettre sur le marché.

Les enseignants ont annoncé une grève qui prend effet dès ce lundi, 3 juin dans toutes les universités d’Etat. Que réclamez-vous concrètement ?

Le mot d’ordre de poursuite de la grève qui a été signé à la suite de la réunion du bureau exécutif extraordinaire le 31 mai l’a été dans le fait que nous avions des primes et des paiements statutaires dans les universités qui doivent être payés dans des processus bien règlementés. Mais il s’avère que le gouvernement ne respecte pas les enseignants du supérieur. Puisque ne pas payer ce qui leur revient de droit dans les délais, ne pas expliquer à chaque fois pourquoi on ne peut pas payer dans les délais, nous pensons que c’est un manque de respect de nous traiter comme des mendiants. Il est donc inacceptable que parfois lorsqu’on décide un paiement statutaire en fonction de la liste élaborée et représentative par exemple de tous les enseignants, que le gouvernement à travers les démembrements concernés par le processus de paiement décide de manière unilatérale le paiement. Et lorsqu’il vienne à assurer un paiement de procéder en leur guise en décidant de payer X aujourd’hui, Y demain. Vous ne pouvez pas être dans la même maison sans qu’on ne vous ait adressé un chronogramme où on paie X, jeudi, Y vendredi ou samedi. Et que le dernier sera payé par exemple, le lundi suivant. Si vous arrivez à avoir un chronogramme qu’on payera les gens tel jour, en ce moment, vous ne pourriez pas vous plaindre. Parce que vous saurez que votre planification est faite pour tel jour. Voilà pourquoi les enseignants du supérieur sont débordés. Et l’impact se répercute sur les campus universitaires parce que nous sommes démobilisés car on ne nous respecte pas. On nous paie comme des mendiants. Nous réclamons les paiements. On a commencé à payer les enseignants le10 et le 11 mai. Et à ce jour, tous les enseignants ne sont pas payés.

Par voie de presse vous demandez au gouvernement de manifester un peu de considération pour l’enseignement Supérieur. Quelle est la toile de fond de cet appel ?

Une université, ça ne se décrète pas. On construit une université sur un site, où on sait qu’en principe on va accueillir les étudiants, les enseignants, le personnel d’appui technique et administratif. Comment pouvez-vous justifier que chaque fois, nous décidons de la création des universités ou un établissement sans au préalable mettre en place des pré- requis pour son fonctionnement. À savoir les infrastructures en fonction de la spécificité des établissements qui sont insérées dans l’institution créée. On saura qu’on aura besoin des salles de travaux dirigés pour les TD, travaux pratiques, des salles pour les enseignements et des laboratoires pour les recherches. Si on en demande à un établissement privé au préalable, pour l’autoriser à fonctionner. Comment l’Etat devrait pouvoir se départir de ce rôle qu’il recommande aux autres pour demander l’ouverture d’un établissement avant son fonctionnement. Vous travaillez pendant 20 ans, 24 ans et on ne peut pas vous récompenser par ce que ça n’existe pas. C’est de trop dans l’enseignement supérieur à dispenser des cours les jours fériés, les dimanches. Des contraintes vis-à-vis des uns et des autres de manière à empiéter dans leur vie privée. Vous êtes contraint à vous retrouver à chaque moment et à des heures indues dans des salles de cours. Comme il n’y a pas de salle, on va attendre que ceux-ci finissent. On va racoler et racoler. Le gouvernement n’a pas d’égard vis à vis de ce corps. Vous ne pouvez pas recruter quelqu’un pour lui dire qu’il travaille alors que vous ne lui avez pas donné des conditions qui lui permettent d’être en permanence et être à mesure de vous fournir un travail de qualité. Ce dernier consiste à dire que vous avez un bureau. Chaque matin, quand vous venez et que vous n’avez pas cours, vous êtes dans votre bureau en train de travailler pour préparer le cours qui suivra peut-être à une heure de la journée.

Certains enseignants restent chez eux et viennent au Campus à l’heure qu’ils ont cours. Et tout ça va impacter sur la qualité de ceux que nous formons et les diplômes que nous allons mettre sur le marché. Quand on vous dit qu’on vous paie une prime pour la valorisation de la recherche et qu’on ne vous la paie pas au moment d’exécuter cette recherche. C’est par la qualité de la recherche que nous assurons une bonne qualité de l’enseignement. Sans recherches nous sommes à peu près comme des gens qui vont prendre des livres pour reprendre ce que les autres ont fait. L’université n’accompagne pas la recherche qui pourrait ouvrir à un développement durable.

Une semaine sans dispenser les cours aux étudiants. Cela n’aura-t-il pas des répercussions sur leur formation ?

Présentement, nous sommes en grève et notre interlocuteur qui est le gouvernement refuse d’entrer dans le jeu de la compréhension et de trouver des solutions par rapport. Les enseignants restent en grève pendant une semaine et se propose à la suite du processus. Nous sommes conscients qu’à la fin du processus que l’étudiant que nous libérions, le soit dans des qualités optimisées pour être comparable à ce qui est livré dans d’autres pays. Et nous pouvons recommander que ce que nous avions perdu parce que nous étions en grève pour manifester notre colère, on peut décaler et ça sera gagnant-gagnant. L’administratif se rétracte dans sa position unilatérale de décider même si vous avez fait grève. Vous travaillez mais ne bénéficier du fruit de votre travail.

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