RÉSEAU DE DÉTOURNEMENTS AU MINEPAT: Le curieux silence de Motaze

Louis Paul Motaze et Jean Sylvain Mvondo: Complicité avérée?

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Louis Paul Motaze et Jean Sylvain Mvondo: Complicité avérée?
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Différentes notes renseignent que, durant son magistère au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, l’actuel argentier national est resté indifférent face aux dénonciations de malversations contre le directeur de la Programmation et des Investissements publics (Dpip), Jean Sylvain Mvondo.

Jean Sylvain Mvondo est dans le collimateur du Conseil supérieur de l’Etat (Consupe). Le directeur de la programmation et des investissements publics (Dpip) au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) est soupçonné d’avoir confondu sa poche avec celle de l’Etat. Une affaire révélée par Essingan, dans son édition du 29 mai dernier.

Les fins limiers du Consupe, qui séjournent actuellement au Minepat, ont pour mission de faire la lumière sur un décaissement frauduleux de 39 milliards de francs dans les guichets du Trésor public, orchestré par Jean Sylvain Mvondo en mars 2018. S’agit-il d’un détournement savamment organisé ou d’une simple faute de gestion ? Il faut attendre le rapport final de la mission d’enquête du Consupe, diligentée par le président de la République. Mais il faut surtout espérer que cette enquête aille jusqu’au bout. Car Essingan a aussi révélé que l’enquête piétine à cause de « diverses manœuvres », notamment de la proximité évidente entre le principal mis en cause et Rose Mba Acha, la ministre délégué à la présidence de la République en charge du Consupe.

Mais toutefois, des confidences concordantes assurent depuis quelques jours que la mission du Consupe a trouvé de quoi se mettre sous la dent. Les enquêteurs sont tombés sur un document qui en dit long sur la gestion de Jean Sylvain Mvondo. Ce document compromettant n’est rien d’autre qu’une note d’information produite par des informateurs internes au Minepat, qui ont souhaité garder l’anonymat. Ils mettent à l’index la gestion du directeur de la Dpip en sortant des tiroirs des documents accablants.

Commission d’enquête Cette note d’information est en fait adressée à Louis Paul Motaze quelques mois après le remaniement ministériel du 02 octobre 2015. On se rappelle que M. Motaze est nommé ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire à la faveur de ce remaniement (un poste qu’il avait déjà occupé entre 2007 et 2011). L’intention des auteurs de cette note est d’éclairer la lanterne du ministre sur les agissements de son collaborateur. Ils expliquent pour cela à Louis Paul Motaze qu’il « ressort, au regard des différents listings tirés au ministère des Finances, que monsieur Mvondo Jean Sylvain, votre collaborateur, par personne interposée a pu engager dans vos lignes, notamment sur le chapitre 94, et à votre insu, une somme d’environ cinq milliards ».

Pour les enquêteurs du Consupe, cette information est une aubaine. C’est du pain béni qu’ils comptent exploiter car le décaissement frauduleux des 39 milliards de francs CFA, qui les préoccupe, concerne aussi la ligne de crédits 94. Et c’est loin d’être une simple coïncidence car, dans les usages du Minepat, c’est le directeur de la Dpip, M. Mvondo en l’occurrence, qui est le gestionnaire de cette ligne.

Alors que la mission du Consupe épluche en ce moment cette note d’information, elle ne peut pas éluder une autre question : comment le ministre Louis Paul Motaze a pu ignorer de telles accusations ? Surtout que s’il avait pris des mesures fortes contre son collaborateur, il est évident que la saignée de la ligne de crédit 94 n’aurait pas prospéré. Sans oublier que les auteurs de la note d’information lui rappelaient déjà de mettre un terme aux manœuvres de Jean Sylvain Mvondo. Ils faisaient alors savoir au ministre que ces manœuvres ne sont pas « de nature à préserver, non seulement la confiance que le président de la République vient à nouveau de placer en vous, mais aussi votre dignité personnelle ».

Pour achever de convaincre le ministre, les auteurs de la note lui proposaient de commettre une commission d’enquête discrète « qui pourrait se rendre à un kilomètre de la petite ville de Mfou, où monsieur Mvondo a acquis près de 20 hectares de terrain, non seulement pour parquer des engins, mais aussi 100 hectares de terrain à Afane Oyoa pour créer une importante plantation, qui par ailleurs, a bénéficié du soutien constant des crédits du Minepat ». Car depuis qu’il est cadre au Minepat, M. Mvondo est crédité d’une importante fortune et d’un parc d’engins de génie civil d’une valeur estimée à plus d’un milliard de franc CFA.

Le pygmalion

De quoi se demander pourquoi toutes ces accusations sont restées lettre morte ? L’explication est un secret de Polichinelle au Minepat.

A l’immeuble du rond-point Hilton, Louis Paul Motaze est présenté comme le pygmalion de Jean Sylvain Mvondo. C’est lui qui met le pied à l’étrier de cet enseignant de philosophie en le nommant sous-directeur du Budget au Minepat en 2009. L’ascension de Jean Sylvain Mvondo est freinée après la mutation de son mentor au secrétariat général du Premier ministère en 2011. En 2015, quand il est de retour au Minepat, M. Motaze débraye la carrière de son protégé en le faisant nommer à la direction de la Dpip en 2016.

On comprend mieux pourquoi le ministre Motaze a choisi de fermer les yeux sur les accusations portées contre M. Mvondo. Mais on comprend aussi comment ce dernier est parvenu à mettre en place un réseau souterrain de marchés publics dans le but de ponctionner la fameuse ligne de crédit dont il a la charge. La note d’information adressée au ministre Motaze dénonçait déjà ce réseau. La même note indique comment M. Mvondo a manœuvré pour créer ce réseau de mafia.

Dès son arrivée à la Dpip en 2016, il convainc son mentor de faire nommer un de ses proches comme chef de service des marchés. Il fait de même pour ce qui est de la nomination du rapporteur de la commission des marchés, du chef de bureau des engagements et du comptable-matières. « Toutes ces personnes qui étaient vos collaborateurs à l’époque ont œuvré pour la sale besogne », peut-on lire dans la note d’information. Parlant toujours de ces nominations aiguillonnées par le protégé de Louis Paul Motaze, les auteurs de cette note indiquent que « c’est ainsi que monsieur Mvondo Jean Sylvain, à la suite de cette plateforme de travail, a créé un certain nombre d’établissements pour maximiser les sources de gain ». Sans jamais oublier de préciser que les opérations de détournements initiées par le biais de ces établissements écrans avaient reçu l’habilitation du ministre. Pour convaincre les plus sceptiques, Jean Sylvain Mvondo n’hésitait pas à utiliser la signature du ministre, qu’il avait fait scanner, si on en croit le document qui l’accable.

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