Festival Mvet -Oyeng: Le Maire d’Ambam a-t-il creusé sa propre tombe ?

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Le Maire d'Ambam
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Au-delà de « l’amateurisme » du comité d’organisation, des absences en cascade des congolais et équato-guinéens ont été enregistrées.

Visage pâle et exsangue ! C’est l’aspect affiché par la deuxième édition du festival culturel des peuples Ekang dont la cérémonie de clôture a été présidée par le Secrétaire général du MINAC le 20 juillet dernier à Ambam. « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre d’années ». Si le représentant personnel du Ministre camerounais en charge des Arts et de la Culture a fait usage de cet adage, dans son intervention, c’était juste pour souligner son audace et sa prétention de s’inscrire dans le cercle des grands festivals au Cameroun. Le festival Mvet-Oyeng, a rappelé l’émissaire de Pierre Ismaël Bidoung Nkpatt, est un événement sous-régional qui « est né grand et international, riche et diversifié, fédérateur et avant-gardiste ». Mais ces qualificatifs inscrits dans son ADN peinent à éclore au milieu d’une tempête entérinée par l’amateurisme du comité d’organisation et les oripeaux politiques voire, géopolitiques dont le jeu et les enjeux ont considérablement gâché, sur plus d’un point, cet autre rendez-vous culturel des peuples Ekang qu’a abrité la ville d’Ambam du 8 au 20 juillet 2019.

La deuxième édition du Festival Mvet-Oyeng, selon les dires de son Président du Comité International d’Organisation, devait, en termes d’effectifs, réunir au minimum 2000 festivaliers venant des quatre pays sus-évoqués de la sous-région, ceux-là qui avaient chacun un rôle précis à jouer au sein du village du festival et dont la prise en charge était également prévue. En dehors des festivaliers, plus de 2 millions de visiteurs étaient attendus. Des prévisions qui présageaient une affluence des grandes métropoles au sein de la petite ville d’Ambam en général, et du village du festival en particulier durant la douzaine de jours de l’évènement. A l’évidence, la réalité a étonnamment été tout autre. En effet, « Il y a eu plus de festivaliers que de visiteurs », ont estimé plusieurs hommes et femmes de médias qui ont couvert l’évènement de bout en bout. « Il y avait un peu plus d’affluence en soirée qu’en journée », souligne Patrick, danseur de la délégation gabonaise. Et pourtant l’essentiel des activités du festival se déroulait en journée. Les jeux patrimoniaux n’avaient pour spectateurs que les joueurs eux-mêmes, les conférences pour principaux auditeurs que les conférenciers eux-mêmes. Une démobilisation qui n’a pas enchanté plusieurs commerçants qui ont occupé des stands à des prix faramineux allant de 50 à 200 000 FCFA. « Nous avons pris ce stand à 200 milles, mais je ne peux pas vous dire que je suis sereine au regard de l’aspect désertique du village du festival. Il n’y a pas de monde», nous confie avec inquiétude une festivalière camerounaise partie de la Guinée Equatoriale. Une autre, venant de la région Sud-Ouest au Cameroun, dit avoir demandé au délégué départemental du MINAC de la Vallée du Ntem ce qui ne va pas. « J’ai demandé après 5 jours au délégué : ″ Mr delegate of our culture, pourquoi c’est si désert ? ″ Il m’a répondue que tout le monde n’est pas encore là, qu’on n’avait qu’à garder notre mal en patience. J’ai attendu mais je n’ai rien vu jusqu’à la fin. C’est vraiment décourageant », s’est-elle indignée avant de nous rappeler que « J’ai trouvé une chambre au quartier dit Afanété à 6000 francs juste pour le temps du festival. Ainsi le logement et la ration sont à mesfrais ». Donc s’il est vrai que certains festivaliers étaient pris en charge par le comité d’organisation, beaucoup d’autres sont également ceux qui ont trimé seuls jusqu’à devoir se débrouiller chacun comme il pouvait à cause d’une mauvaise organisation des membres du protocole.

Aussi dans le panier de la démobilisation, on a vu le programme de la cérémonie de clôture prendre un coup. Prévues pour débuter à 11h00, les cérémonies ont commencé après 12h car en effet, à l’heure initiale juste les sièges vides encombraient encore la tribune sous le regard perplexe des festivaliers. « Le Maire ne pouvait même pas faire appel aux militants du RDPC pour venir remplir les sièges ? Comment un ministre peut venir s’assoir dans une tribune vide ? », S’interroge un journaliste quelques minutes avant la cérémonie. Quelques minutes après, on a vu la communauté Tsinga venue de Yaoundé et initialement installée hors de la tribune y être invitée pour la remplir. Sans surprise donc de voir, autour de 12h 10 lorsqu’on annonce l’arrivée, comme prévue, du Ministre des Art et de la Culture sur la scène des cérémonies de clôture dudit Festival à Ambam, apparaître de nouveau son Secrétaire Général qui avait déjà présidé l’ouverture. Le Ministre Bidoung Nkpatt n’est pas la seule autorité qui a refusé d’honorer de sa présence, les peuples Ekang et leur festival. En effet, plusieurs autres personnalités politiques et socioculturelles, quoique sollicitées pour la plupart sous la casquette d’Elites ou dignes fils Ekang, ont opté pour la carte de représentation pour les uns, et la politique de la chaise vide pour les autres. Au Cameroun, de nombreux curieux ont cherché en vain Sa Majesté Jean Pierre Amougou Belinga, invité comme conférencier sur une conférence dont le thème était « Entreprenariat Ekang et développement économique de l’Afrique, cas du groupe l’Anecdote ». Ces échanges programmés pour le 11 juillet avaient pour modérateur le journaliste Ernest Obama, également absent. Un autre grand absent de la fête des Ekang, Sa Majesté le Professeur Jacques Fame Ndongo, Elite et Chef traditionnel Ekang, par ailleurs Ministre d’Etat, Ministre camerounais de l’Enseignement Supérieur, Chancelier des Ordre Académiques. Il était programmé pour une leçon de clôture qui avait pour thème : « Ekang : un peuple, une culture, une tradition ». Des absences qui ont fait penser certains au boycott d’une élite pro-RDPC de l’initiative du Maire d’Ambam, Hyacinthe Mba Mbo qu’ils soupçonnent devenir irréversiblement un baobab politique indéracinable, quoiqu’en fin de mandat. Dans la ville d’Ambam, des sources indiscrètes annoncent l’organisation d’un autre festival par « les vraies Elites » locales, destiné à ranger aux oubliettes le festival Ekang du Maire Mba Mbo.

Sur le plan de la représentation sous-régionale, le Congo Brazzaville et surtout la Guinée équatoriale ont été eux aussi, les grands absents de ce festival à l’exception des autorités administratives et municipales qui ont néanmoins été présentes aux cérémonies d’ouverture et de clôture. En effet, contrairement au Gabon qui a participé avec une délégation de plus de 300 festivaliers, ces deux pays ont été,soit très faiblement représenté, soit totalement absent. « Nous avons enregistré 08 personnes seulement venant du Congo. Aucune de la Guinée-Equatoriale, mais prêt de 400 venant du Gabon », confie un membre de l’atelier d’enregistrement. Dans les coulisses, un journaliste de la chaine publique équato-guinéenne (RTGE) croit savoir qu’en 2015, l’organisation de la première édition n’avait pas satisfait ses compatriotes. « En 2015, ils dormaient à la belle-étoile. C’est pourquoi ils ont boycotté cette année », argue-t-il avant d’affirmer que « si le maire veut réussir la prochaine édition, elle devra se passer hors du Cameroun. Sinon, les gabonais aussi qui ont quand même été là, vont aussi boycotter à cause de l’organisation boiteuse des choses qu’ils ont subie ». Accusé d’être mal organisé, le festival Mvet-Oyeng crée des frustrations et des rétractions au sein des frères Ekang des pays frères et amis du Cameroun, plutôt que de les rassembler davantage et de décanter la libre circulation jusqu’ici bloquée dans les archives politiques.

Des absences en cascades des Congolais et équato-guinéens, la démobilisation très remarquée des hautes personnalités sociopolitiques et Elites Ekang, le « boycott » de la population locale, voilà les véritables entorses qui ont sapé et terni la deuxième édition du festival culturel des peuples Ekang sensé contribuer à « booster l’intégration au Cameroun et dans la sous-région Cemac. Le SG du MINAC qui l’aurait d’ailleurs remarqué a lancé un appel à la rescousse à l’endroit «des mécènes, des hommes d’affaires et à la diaspora pour qu’ils apportent leur expérience, leur savoir-faire et savoir-être, ainsi que les moyens financiers nécessaires à l’atteinte de l’objectif commun, à savoir la pérennisation du festival culturel, intégrateur dont l’importance n’est plus à démontrer ».

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