Abang-Minko’o: Graves menaces sur le marché mondial

Le Ministre du Commerce doit sévir

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Luc Magloire Mbarga Atangana - Le Ministre du Commerce

Les clients gabonais boudent de plus en plus cet espace marchand frontalier situé à 03 km de la frontière avec le Gabon, à Eking dans l’Arrondissement d’Ambam.

Le gabonais passe, mais son argent ne passe pas! Tel semble être le maître-mot, à la frontière Cameroun-Gabon. Horrible et à défaut, la situation est pour le moins terrible! Ce que vivent les camerounais et les gabonais qui commercent au marché mondial d’Abang-Minko’o a atteint le seuil de l’indécence. Aux dépens des politiques d’assainissement du service public camerounais, et des politiques de promotion de l’intégration sous-régionale de la Cemac, corruption et trafic d’influence y font résiliences. Ici la libre circulation n’a de sens que dans les théories nuageuses totalement coupées de la réalité, parce que la réalité ici,semble-t-il, c’est le lucre et son goût du sucre qui font la loi. Seuls s’en sortent quelques fonctionnaires établis et parfois usurpés, mais tous véreux d’argent, qui s’emploient systématiquement à l’extorquer des poches des usagers venant du Gabon sur des postes de contrôle qu’ils ont parsemés le long de la route, de la frontière d’Eking, jusqu’au marché mondial. Ces postes de contrôle, on en dénombre une dizaine, sur un trajet de trois kilomètres. La police des frontières, la Douane, la DGRE, les Vétérinaires, les Phytosanitaires-BGFT, entre autres. A côté de ces quelques services déconcentrés, le poste avancé de Brigade de Gendarmerie d’Abang-Minko’o de l’Adjudant-Chef Enying Christian, a étonnamment crée «Une Gendarmerie des frontières » qui ratisse tout ce qui passe et muscle tous ceux qui la dépassent. L’autorité du sous-préfet d’arrondissement d’Ambam y a d’ailleurs déjà laissé ses plumes. En effet,selon des sources civiles et militaires qui s’accordent, « Ces gendarmes avaient menacé le sous-préfet avec les armes, parce que celui-ci voulait les déloger. Ils lui ont craché sur le visage qu’il n’était pas leur Chef ». « Un gendarme qui menace un Sous-préfet, on ne croyait pas à de telles choses au Cameroun ».

Par ailleurs, ces tamis d’argent qui dépouillent les clients et autres usagers venant du Gabon font chuter le flux migratoire gabonais dans ce marché. Pourtant, soulignons-le, ce sont ces frères du pays voisin qui ont entre leurs mains, le pouvoir d’achat essentiel de cet espace marchand frontalier. Mais à cause de la boulimie financière de certains agents, cet espace marchand est de plus en plus désert, les clients gabonais s’y font rares, et au finish, c’est des centaines de commerçants camerounais qui paient le prix. Les samedis, jours de marché proprement dit, ne leur donnent plus que quelques rares radis. Du coup, c’est le sauve qui peut. Monsieur Goyou Moïse, couturier camerounais installé au Marché d’Abang-Minko’o depuis 2005 se souvient de la belle époque : « Avant, un gabonais de Bitam venait facilement s’amuser au Cameroun les samedis, boire et manger les bonnes choses de chez nous. Aujourd’hui ce n’est plus évident. Parce qu’il doit débourser au moins 6000 francs, de la frontière jusqu’ici ». Selon Obiang, un commerçant gabonais, « chaque Canter doit payer 5000 à la gendarmerie, et 2000 à la police». « Devant ces gendarmes, avec ou sans carte d’identité, tu dois payer. Parfois ils te parlent même avec agressivité et condescendance », ajoute-t-il, avant de se demander «si au Cameroun il y a une gendarmerie des frontières. La police oui, mais la gendarmerie ? Et si c’est le cas, quelle est sa marge de manœuvre ? Parce qu’arriver à défier l’autorité du Chef de terre, on se demande ce que devient le Cameroun ». Bien malin qui pourra y répondre !

« Nous, on ne dérange personne ici. Nous ne faisons que notre travail et personne ne se plaint de nous. J’en veux pour preuve, ce matin le sous-préfet était ici, comme tous les samedis, il a demandé aux visiteurs si nous les dérangeons, ils ont dit non », se dédouane une source douanière. « Là où on dérange, c’est là-bas en-haut », lance une voix, doigt indexant le poste avancé de Brigade de la gendarmerie d’AbangMinko’o. « Il arrive très souvent qu’on libère un passant après l’avoir identifié, mais peut-être parce qu’il s’estime désormais en règle, et ne veut pas sortir de l’argent, on le bloque au poste de la gendarmerie », charge une source, au Poste de police avancé d’Eking.

Des manœuvres qui semblent être à l’origine des malheurs que vivent les commerçants camerounais au marché d’Abang-Minko’o depuis plusieurs mois. « Avant il y avait du monde. C’était souvent chaud ici. Maintenant, regardez comment le marché est vide. Ça ne vaut plus la peine. Trop de barrières ! Nous qui avons des familles ici, on est obligé de subir », papote Alice, une gabonaise provenant de Douala, retrouvée au Marché, en pleines courses. « Mais ce sont les commerçants camerounais qui subissent trop. Parce que c’est évident, la clientèle a baissé », a-t-elle poursuivi. « Nos contrôles ont exagéré. On parle pourtant de la libre circulation. C’est grave ! Après 14 ans d’activité ici, je suis obligé de réfléchir aujourd’hui sur là où je dois aller m’installer. Je compte même aller à Yaoundé ce soir chercher un endroit », confie monsieur Goyou Moïse qui a déjà les idées ailleurs. Lui, il compte rester ; Louis(Nom anonyme), un vendeur de friperie, faisant la ligne Douala – Abang-Minko’o, mais il faut que les choses changent. « Si on pouvait même former une équipe de 10 personnes ou plus, on partait enlever de force, tous ces gens dont la présence est superflue en route. C’est de trop », scande-t-il. « De la frontière jusqu’ici, 10 frontières. Et on ne contrôle même pas, on prend seulement de l’argent », s’irrite-t-il. Selon ce vendeur, « les gabonais payent beaucoup de choses ici. Mais avec toutes ces tracasseries, ils sont en train de fuir et d’aller à Kyé-Ossi. Pourtant c’est ici le marché mondial ».

Gémissements et grincements de dents, c’est le quotidien des commerçants camerounais et leurs clients gabonais qui s’étouffent sans esbroufe, dicté par certains agents des postes de contrôle qui émaillent le tronçon de trois kilomètres seulement, séparant la frontière au Marché d’Abang-Minko’o. Dans cette atmosphère brouillée par la corruption et autres abus, l’espace marchand foutu, le service public et sa morale abattus, et l’intégration sous-régionale toujours aussi touffue.

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