CRISE SÉCURITAIRE: Appel à l’esprit des ancêtres

0
98
TCL TV

Les majestés du Littoral et ceux du Cameroun tout entier se sont retrouvés sur les berges du Wouri à Douala afin que la quiétude totale règne à travers le pays

Sa Majesté Alain Camille Dissakè Mouangue ne passe pas par quatre chemins pour véhiculer son message. « L’heure est grave », lâche, d’un ton martial, le point focal du Littoral de la caravane des autorités traditionnelles et coutumières pour la paix et le vivre-ensemble. Il est rejoint par Sa majesté Prosper Mbassi, autorité traditionnelle de Monatélé pour qui « nul n’est point besoin de rappeler que depuis les exactions de Boko Haram dans le septentrion, les incursions des rebelles centrafricains à l’Est Cameroun, les problèmes dans le Nord-ouest et le Sud-ouest (NOSO), notre pays le Cameroun va mal. Nos enfants s’entretuent dans le NOSO (…) notre vivre – ensemble est en péril. Il faut agir. Les chefs traditionnels et surtout gardiens des us et coutumes (…) à tous nos enfants, nous disons stop.»

Un constat et une injonction qui font réagir certains observateurs, qui estiment que les gardiens de la tradition ont pris trop de temps avant de faire entendre leurs voix à la résolution de la crise sécuritaire qui prévaut dans certains coins du Cameroun. Une remarque jugée insuffisante. Car, soutiennent les autorités traditionnelles, « le chef ne fait pas du folklore, il n’a pas vocation à vite se prononcer. »

C’est que, depuis 2016, le Cameroun traverse une crise socio sécuritaire qui affecte le NOSO. De nombreuses propositions ont déjà été faites. Les autorités gardiennes de la tradition réunies à Batchenga le 22 juin 2019 ont invité leurs pairs à apporter leur touche à la résolution de cette crise ainsi qu’à l’insécurité qui prévaut dans le grand Nord et à l’Est. L’opération traditionnelle de Douala le 4 août 2019 a une particularité. « Nous comptons sur notre spiritualité pour redresser la situation. En tant qu’Africains, nos enfants vont nous comprendre. L’originalité de notre action est dans notre spiritualité. Les chefs ne se sont pas levés pour faire du folklore. Ils ont estimé qu’il est temps de dire stop, laissons un Cameroun meilleur à nos enfants. Nous allons invoquer la présence des esprits des ancêtres », argumente Sa Majesté Dissakè Mouanguè.

De la parole à l’acte, leurs Majesté ont uni leurs forces spirituelles sur les berges du Wouri. Venus de tous les coins du pays, ils ont pris part à cette cérémonie d’épuration, d’invocation, d’incantations et prières et paroles diverses impossibles à l’oreille non initiée de piger le message, d’ailleurs non traduit.

L’engagement des chefs traditionnels est-il une commande politique ? « Quand les chefs se sont réunis à Batchenga il n’y avait pas d’hommes politiques en tout cas cette initiative n’émane pas d’un politique. C’est une manifestation des chefs, qui la conduisent de bout en bout. Douala s’est proposé d’abriter le début de la caravane », explique le point focal du Littoral. Les prochains jours, la caravane des autorités traditionnelles et coutumières pour la paix et le vivre – ensemble s’ébranlera à l’Ouest après à l’Est pour dire « stop, trop de sang a coulé, stop à la souffrance de nos populations, stop aux appels au tribalisme, stop à la conquête ou à la conservation du pouvoir par la violence, stop à l’exode forcée de nos populations, stop à la destruction des familles et des destins, ce sont nos enfants, qu’ils soient chrétiens, musulmans, animistes, du Nord, de l’Extrême Nord, du Centre, du Nord-Ouest, du Sud-Ouest, de l’Ouest, de l’Est, ce sont nos enfants », déclare Sa Majesté Prosper Mbassi. La rencontre de Douala a rassemblé plus de 300 chefs traditionnels de tout le pays.

Facebook Comments