DÉNIGREMENT: Le clan Malachie Manaouda traîne Chantal Biya dans la boue

Tout commence quand il missionne sa femme, Chimène, pour remettre des dons dans des hôpitaux de l’Extrême-nord, la région d’origine du ministre de la Santé...

0
453
La Première dame, Chantal Biya, et le Minsante, Malachie Manaouda
La Première dame, Chantal Biya, et le Minsante, Malachie Manaouda.
TCL TV

Le ministre de la Santé publique est à l’origine d’une cabale lancée contre la Première dame sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Et chose curieuse, il ne fait rien pour se désolidariser de ces activistes, hostiles à Paul Biya, qui tirent sur l’épouse de ce dernier.

On le voit partout, alors qu’il était inconnu du grand public il y a huit mois. Il n’est d’ailleurs plus exagéré de penser que Malachie Manaouda est le nouvel Icare du gouvernement. Sauf que cette hyper-exposition du ministre de la Santé publique (Minsante) ne convainc pas ses collaborateurs. Beaucoup parlent de « mises en scène inutiles et contre-productives ». Certains n’hésitent plus à se demander comment un même ministre peut passer pour le sauveur quand il annonce son agenda pour réformer le système de santé, pour Zorro quand il promet sans explications d’humaniser la santé publique et même pour Robin des bois quand il multiplie les dons aux personnes indigentes…

Malheureusement, au palais d’Etoudi, le Manaouda show n’amuse plus. L’Icare du gouvernement a-t-il fini par se brûler les ailes comme dans la légende ? On n’en est pas loin si on en croit des habitués du Palais. Sept mois seulement après sa nomination comme ministre de la Santé publique, le 04 janvier dernier, l’outrecuidance de Malachie Manaouda va déboucher sur « un incident majeur ».

Tout commence quand il missionne sa femme, Chimène, pour remettre des dons dans des hôpitaux de l’Extrême-nord, la région d’origine du ministre de la Santé. Jusque-là rien de vraiment embarrassant. C’est par contre le timing de ces remises de dons qui fait problème : ils sont programmés quelques jours seulement avant un évènement du Cercle des amis du Cameroun (Cerac) de Chantal Biya, l’association caritative créée par la Première dame, dans la ville de Dimako. Le Cerac est en effet allé honorer la mémoire de Rosette Marie Ndongo Mengolo, la défunte mère de Chantal Biya, qui a longtemps vécu à Dimako, un arrondissement de la région de l’Est. Grâce au Cerac, la Maison de la femme et de la famille, flambante neuve, porte désormais le nom de l’illustre disparue. Une cérémonie qui a fait courir le gratin politique de la région de l’Est, mais qui souffrait de l’ombrage que lui a faite Chimène Manaouda, quelques jours plus tôt dans la région de l’Extrême-nord. « Une démarche curieuse quand on sait que Mme Manaouda est membre du Cerac », fulmine un habitué du Palais.

Ce dernier parle même d’une « irrévérence ». D’abord parce que Chimène Manaouda n’a pas informé le Cerac de ses activités caritatives, comme il est de coutume. Ensuite, elle n’a pas trouvé utile de s’expliquer sur ses libertés au point de fâcher dans l’entourage de la Première dame. Au Palais, personne ne doute un seul instant que c’est Malachie Manaouda qui est caché derrière les agissements de son épouse. A sa charge, il y a surtout son silence depuis que cette affaire est commentée sur les réseaux sociaux par des activistes hostiles au pouvoir de Yaoundé. Ces derniers estiment que Chantal Biya est jalouse de Chimène Manaouda. Ils n’hésitent pas à traiter la Première dame de « folle à lier ». Ils la comparent même à Leila Trabelsi, l’ancienne Première dame tunisienne connue, à l’époque où elle trônait au palais à Tunis, pour ses sautes d’humeur et ses réactions violentes.

Hypermédiatisation

On se rappelle que ces mêmes activistes soutenaient il y a encore quelques mois que le président Paul Biya n’était plus en état de gouverner et que Chantal Biya, comme Grace Mugabe, l’ancienne Première dame du Zimbabwe, avant elle, avait repris les rênes du pouvoir. Une thèse qui a fait long feu. La porte pour une nouvelle campagne de « balivernes » contre Chantal Biya s’est à nouveau ouverte par les soins de Malachie Manaouda. Les jours passent et ce dernier continue de garder le silence. Ce qui ne manque pas d’être interprété comme une caution. Surtout parce que ces activistes soutiennent que Malachie Manaouda est le meilleur ministre du gouvernement de Joseph Dion Ngute. Certains vont même plus loin en le présentant comme « le meilleur ministre de la Santé de Paul Biya en 36 ans de pouvoir ».

A en croire des indiscrétions concordantes, Malachie Manaouda est convaincu qu’il a plus à gagner à créer un malaise au Cerac, mais en se faisant passer pour « la star du gouvernement ». Pour lui, c’est la voie royale pour reprendre le costume de patron politique du Grand-Nord, qui n’a plus trouvé de preneur depuis la chute de Marafa Hamidou Yaya, l’ancien secrétaire général à la présidence de la République emprisonné dans une cellule du Secrétariat d’Etat à la Défense (Sed) pour détournement de deniers publics.

Pour endosser ce costume, Malachie Manaouda sait qu’il doit gagner en popularité. C’est ce qui explique son hypermédiatisation. Mais l’homme sait que ce n’est pas suffisant, car il lui faut aussi constituer une base électorale importante. Il a jeté les bases de ce projet le 16 février dernier. Pour la toute première fois, Malachie Manaouda était assis au premier rang d’un méga meeting politique, qui avait rassemblé tout le MayoTsanaga, son département natal, dans le stade Municipal de Mokolo. Pour de nombreux observateurs, le la a été donné ce jour-là. Il n’y a plus qu’à attendre les prochaines mobilisations, certainement à l’occasion des élections régionales de l’année prochaine.

Les ambitions politiques du Minsante pourraient toutefois être compromises depuis qu’il a osé un pied-de-nez contre Chantal Biya. Dans les couloirs feutrés de la présidence de la République, on scrute la réaction du chef de l’Etat. Les lendemains pourraient en tout cas déchanter pour celui qui s’est souvent vanté d’avoir la confiance du chef de l’Etat. Et pour ne rien arranger, ses collaborateurs parlent déjà de la fin de l’état de grâce. Ils critiquent sous cape le management de ce ministre qui veut gérer le Minsante comme une vulgaire épicerie de quartier. Ils évoquent sa décision de faire supporter les soins des indigents par les ressources publiques en plein exercice budgétaire, sans avoir fait, au préalable, une évaluation de ce que cette annonce va coûter. Un projet qui est rangé dans les tiroirs. Et que dire de la campagne de lutte contre les médicaments de contrebande vendus dans la rue ? Une fois encore Malachie Manaouda est accusé de « théâtralisation » depuis qu’il parade dans les marchés devant les caméras en ameutant les vendeurs illicites. Sans oublier qu’il évite soigneusement de mettre le couteau dans la plaie car c’est dans les hôpitaux que les médicaments de rue font florès avec la complicité des dirigeants et du personnel soignant.

Plus grave, les premières évaluations de l’ère Malachie Manaouda inquiète les experts de la santé. Le risque d’une épidémie de choléra est toujours élevé au Cameroun, le malaise dans la profession est toujours préoccupant et pour ne rien arranger, 70 % des Camerounais consomment encore les médicaments de la rue.

Une autre bombe qui pourrait éclater au visage de Malachie Manaouda n’est rien d’autre que son impartialité. Certains parlent même de « népotisme ». Une rumeur qui n’en est vraiment plus une depuis que le ministre maintient les responsables de l’hôpital régional de Garoua, où les erreurs médicales entraînant une succession de morts sont devenues légion. Alors même que le même ministre sanctionne ailleurs pour les mêmes faits.

Facebook Comments