Coronavirus: Les confessions d’une prostituée en confinement

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Le confinement est un obstacle majeur à l’activité de Rode, travailleuse de nuit et âgée de 27ans. Pas moins de 25000 Fcfa qui s’envolent tous les soirs, soit 625000 Fcfa correspondant à 25 nuits « travaillées » en excluant la période des menstrues.

Quelques retardataires hâtent le pas pour ne pas tomber sous le coup de la loi. Ce sera bientôt la fermeture des débits de boissons. Il ne faut pas courir le risque de tomber nez-à-nez avec les forces de l’ordre. Policiers et gendarmes sont devenus susceptibles et irritables ces derniers temps. Le confinement sans conflit armé à quelques choses d’artificiel qui vient troubler la vie paisible de ses pères de familles. Un pickup de policiers pousse ses douze tonne dans une rue déserte du quartier administratif. A l’Hôpital central de Yaoundé, bloc de prise en charge des malades du covid-19, une sirène d’ambulance hurle à se fendre le gosier. Pompiers, urgentistes et croque-mort sont à la manœuvre. Un rideau de fer paralyse le pays depuis le 18 mars. Rode pianote son smartphone. Moulée dans sa robe rose bonbon des grands soirs, la jeune fille de 27 ans, ronge son frein. A cette heure de la nuit, elle devrait être dehors à arpenter les rues de Yaoundé, à la recherche de clients. Mais à cause du coronavirus, elle est couchée sur son pauvre matelas, à se tourner les pouces. Elle qui a échapper à mille reprises pièges de la nuit, les bandits de grands chemins et tous les détraqués de la terre, la voici réduite à néant par un mal invisible appelé covid-19.

Et voici plus d’un mois que ça dure. Rode appelle l’un de ses chéris, son préféré. Elle aimerait le revoir. Le téléphone est sur messagerie. Fermé. L’homme est marié. Il ne peut pas prendre le risque de laisser son téléphone ouvert. Il ne peut plus prétexter prendre un pot avec les amis ou avoir un diner d’affaires, pour venir la retrouver dans un hôtel. Les bars sont fermés, les cabarets aussi. Où aller ? Comment trouver les oiseaux ? Elle songe aux soirs où, véritable brochette humaine, les filles et elles s’asseyaient sur un banc chérif pour attendre les clients en causant de tout et de rien. Elles en avaient vu de toutes sortes : banquier fauché, étudiant débrouillard, mari cocu ou battu, saoulard invétéré, politicien véreux, taximen vicieux, riche commerçants, pousse-pousse man trapu, etc. Même ces policiers hypocrites venaient les voir ! « Tous ces hommes ne viennent pas que pour coucher avec elles. Certains recherchent une « psychologue » à qui confier leurs mille mal- heurs. D’autres veulent juste tuer le temps, boire une bière en compagnie d’une personne sympa, en attendant le jour », raconte-t-elle. Il leur arrive aussi de se battre entre filles à cause d’un client généreux qui a l’habitude de laisser de gros pourboires. Parfois, elles tombent amoureuses et s’attachent à un homme.

Prise au piège

La plus ancienne d’entre elles, qui affiche vingt an de métier les sermonne rudement en leur expliquant que pour faire carrière, il faut juste donner son corps et jamais son cœur. L’univers de la nuit est mystérieux. Mystique même. La nuit a ses règles. Ne s’y hasarde pas qui veut. Il faut en avoir dans la poitrine pour oser suivre de parfaits inconnus au péril de sa vie. Les « Tchizas », sont les plus tranquilles. Ces jeunes maîtresses vendent leurs charmes aux hommes nantis qui leur offre maison, voiture et argent. Les « bizis » sont des vieilles-mères qui hantent cabaret et bars pour trouver un pigeon. Elle, Rode, est de la catégorie des « Boguess », de celles qui font la rue, lancent les foulards, négocient le prix, trouvent un lieu pour gérer leurs mouvement, au mieux. Parmi elles, des étudiantes, des commerçantes, des déscolarisées ; des fonctionnaires et même des cadres du privé. Certaines ont bien réussi leur vie professionnelle, mais elles sont venues là après une déception amoureuse. D’autres sont là pour le simple plaisir, par amour pour le sexe.

Mais la « nuit » ne marche plus. Depuis un mois, toutes les issues sont bloquées. Rode est prise au piège. Elle songe d’ailleurs que ce sera bientôt la fin du mois. Le propriétaire se pointera pour exiger son dû. Il l’a déjà prévenu, ce n’est pas le gouvernement qui a construit sa maison. Rode le sait bien. Il va falloir trouver une solution par elle-même, car elle ne connait personne en hauts-lieux. Grâce à ses économies, elle a pu payer son loyer le mois précédent. Mais avec sa maman malade, ses frères et sœurs qui sont à sa charge, ses finances risquent de prendre un coup sans nouvelles entrées. Et la situation n’est pas rassurante, puisque le gouvernement a prolongé le confinement. L’anxiété de Rode augmente. Ces « petits ministres » qui prennent les décisions, est-ce qu’ils savent qu’elle est une travailleuse de nuit et que le confinement est un obstacle majeur à son activité. D’ailleurs, elle n’est pas seule dans ce cas. Elles sont des centaines, des milliers à pratiquer le plus vieux métier du monde. Les gens disent que c’est illégal et immoral. Mais ils parlent sans savoir. Ils ne savent même pas par quel jeu du destin des filles et elle en sont arrivées-là.

Business

Les unes par vice, certainement, mais les autres, et les plus nombreuses par nécessité vitale, suite à des drames familiaux inimaginables, ou encore parce qu’elles sont victimes de pièges existentiels inextricables. En attendant, Rode songe à son déficit. Pas moins de 25000Fcfa qui s’envolent tous les soirs, soit 625000F Cfa correspondant à 25 nuits « travaillées » en excluant la période des menstrues. Rama joue machinalement avec son téléphone portable, mais la jeune fille est absente. Plongée dans ses réflexions, elle monte des scénarios et échafaude des plans. Tout à coup, un éclair traverse son visage. Elle se redresse sur son matelas. Elle a trouvé. Elle se redresse sur son matelas. Elle a trouvé qui lui parle d’un camerounais qui a un site internet à partir duquel il « place » les filles. Il a fait fortune dans ce business et pourrait lui être utile. Les rencontres se font dans la journée à domicile ou dans un hôtel. Rode pense aussi à sa copine Juliette qui a un salon de coiffure à Tsinga-Doubaï, dans l’arrondissement de Yaoundé II. Il y a un petit local qui lui sert de dressing et de salle de repos. Elle pourrait l’aménager, en faire une sorte de loft privé. Au motif qu’ils viennent faire leur manucure au salon de coiffure, ses plus fidèles clients pourront la retrouver en toute discrétion.

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