Lundis Chroniques – Editions du 03 août 2020: « Ceux qui font l’Etat détruisent l’Etat »

La Morale Publique au Cameroun : Nos Chefs de Terre, dépositaires de l’autorité de l’Etat sont-ils un exemple ?

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C’est grave, Tout ou presque, est en épave. La morale publique a le cou tordu, les administrateurs publics les cœurs pondus, nos rêves tondus parce que l’Etat perdu.

La Morale Publique au Cameroun : Nos Chefs de Terre, dépositaires de l’autorité de l’Etat sont-ils un exemple ? Telle est la question de fond sur laquelle donnent le ton ce lundi 03 août 2020, « Lundis Chroniques », les chroniques de Franck Olivier BIYA au moment où les scandales des Sous-préfets mettent le pays en ébullition depuis le sommet. « Franck Olivier, le Monde t’écoute… »

Mesdames, Messieurs Bonjour ! Sourions à ce nouveau jour, même si rien n’y semble bon. Il est en tout cas de bon ton de rire même si l’on cherche les sacs de riz. Rien n’est à voir maintenant. Les ruminants ont avalé le contenu, et se sont fait avaler dans les contenants. Avec votre permission, passons…

Avant qu’on ne nous nargue, en nous demandant en vague, de sauter et de caller en l’air ; nous, callons sur terre, et occupons-nous de la terre. La terre de nos ancêtres où nos chefs règnent en Maitre ; la terre que les Chefs de terre enterrent, nous requérant juste une chose, nous taire ! Et pourtant, c’est en étant tus, qu’en silence, les tueurs tuent.

Tous les sous-préfets aiment leur petit nom, Chef de terre. Rien qu’à voir le sourire qu’ils vous servent lorsqu’ils serrent la Main. Gare à vous, si vous avez le cœur sur la main, on vous étouffe.

Dans la société traditionnelle, l’appellation « Chef de Terre » renvoie à ce  Notable qui exerce son autorité sur un certain nombre de terres, des terres sur lesquelles il a tous les droits. Mais même avec la plus grande mansuétude, reconnaissons que ce titre tombe en désuétude avec la modernisation en cours d’implémentation dans l’administration territoriale au Cameroun. Dans le décret n°2008/337 du 2 novembre 2008 qui conforte  les prérogatives et missions régaliennes des autorités administratives qui sont les « dépositaires de l’autorité de l’Etat » dans leurs unités administratives respectives, on note de manière expresse que « le Gouverneur et le Préfet sont dans la région et le département,  les représentants du Président de la République, du Gouvernement et de chacun des Ministres », tandis que le « Sous-préfet est dans l’arrondissement le représentant du Gouvernement et de chacun des Ministres ». A ce titre, il  y va sans dire, ces autorités administratives devraient incarner le sens de l’Etat, de la République,  res publica, res nullius,  res communis, et le vivre-ensemble. Mais il  semble à l’évidence que notre bel et exemplaire Etat, du moins sur les papiers, a pris pour vocation de renier ses propres papiers. Dans leurs circonscriptions administratives, nos autorités administratives y semblent décisives, et d’ailleurs très incisives. Plutôt que les MOTS (M-O-T-S), prenons les faits dires les MAUX (M-A-U-X).

Le 07 octobre 2019 par un décret le Présidentiel,  portant nominations de Préfets et Sous-préfets, Monsieur Atangana Ntsama Simon Pierre Marie jusque-là Sous-préfet d’Ambam est appelé à d’autres fonctions. Pour les populations dont il était l’autorité, il ne faisait que payer le prix de « son administration fantaisiste et spectaculaire » ainsi que de sa boulimie financière par lesquelles on qualifie son règne dans cet arrondissement qu’il dirigeait depuis 2017. Ses beaux costumes sur-mesure n’avaient pu enjoliver ni son image « d’un petit qui avait voulu humilié ses papas », ni « sa silhouette de vulgaire friand d’argent ». En effet,  quelques plutôt mois, alors qu’il devait procéder à la cérémonie de désignation du Chef de village de Nlono, sur l’axe Ambam – Abang-Minko, le Chef de terre décida de faire concourir les vieillards par une épreuve de dictée et de course de vitesse. Chose qui lui avait valu une demande d’explication du Préfet de la Vallée du Ntem, et le courroux de l’ensemble des chefs traditionnels de la localité. Une autre frasque au pied de l’administrateur civil Principal, c’était ses tournées de chaque samedi à la frontière avec le Gabon au lieu-dit Eking où ses équipes et lui partaient souvent manger et boire à la solde des différents postes avancés de contrôle de gendarmerie, de douane, de la DGRE, ou de l’EMI-Emigration. Les services de renseignements ont écrit, Finalement M. ATANGANA NTSAMA est parti et   les populations ont applaudi.

Le 22 janvier 2020, au lycée Bilingue d’Ayos, on parle d’une gifle offerte par Mme le Sous-Préfet au professeur de philosophie alors que ce dernier est en pleine évaluation de ses élèves. Selon les témoignages concordants, Mireille Sandrine Ngo Mbey, alors sous-préfète de cet arrondissement a débarqué ce jour-là au sein de l’établissement pour une opération inopinée de «conscientisation» des élèves. Sans informer le responsable du lycée, elle a entrepris une tournée dans les salles de classe en compagnie des forces de l’ordre. Mais les choses vont mal tourner en classe de Terminale A4, où les élèves étaient en pleine évaluation de philosophie.  Après une chaude altercation entre l’autorité administrative et l’enseignant de philosophie, les protagonistes donnent leur version.

Réactions du Sous-Prefet NGO MBEY et du Professeur de philosophie

Equilibré ou pas,  Ça vous plait ou ça ne vous plait pas, elle est là.  Même étant aujourd(hui dans l’arrondissement d’Ebebda, Et des paires de gifles elle en a encore dans son sac, pour qui veut sa part.

Cap à présent sur l’arrondissement de Bazou, localité qui traîne désormais la réputation toujours d’être placée sous l’administration des boys et des play-boys. Le 25 juin 2020, installation de Patrick Kani Emtsoe comme nouveau sous-préfet de cet arrondissement du département du Ndé Région de l’Ouest.  Dans la solennité qui entoure généralement ce type de cérémonie, le Préfet a profité pour glisser un appel à l’élu du jour, le célibataire de 35 ans. «Vous avez jusqu’au 31 décembre 2020 pour vous marier». , a instruit le Préfet, à la plus grande satisfaction des petites nanas du coin, pour qui venait de s’ouvrir une compétition avec comme trophée, le cœur de sous-préfet !

Le nouveau sous-prefet Patrick Kani Emtsoe, remplaçait ce jour-là à Bazou, un autre cas social dont pour beaucoup le patronyme sonne faux et donne les poux quand on le lit : « Aliyou Mfopou« .

Le 22 juin 2020, le désormais ex-sous-préfet de Bazou, dans une correspondance  adressée à son patron hiérarchique de l’époque Monsieur François Franklin ETAPA, est obligé de dévoiler comment il a manœuvré pour l’écrasante victoire du (Rdpc) au double scrutin législatif et  municipal du 09 février 2020. M. ALIYOU MFOPOU a mentionné comme objet de sa lettre, « dénonciation de l’extinction par son patron, de l’autorité de l’Etat dans son arrondissement et complotisme contre sa personne ».  « Lors de la période préélectorale du double scrutin législatif et municipal du 09 février 2020, j’ai mis sur pied une stratégie afin de désarçonner l’opposition et faire de Bazou le sanctuaire du Rdpc à travers la délivrance sélective des certificats de domicile », écrit l’administrateur civil principal dans sa lettre.  Bien plus, dans sa dénonciation,  le sous-préfet rappelle au Préfet  comment l’impartialité d’ELECAM a été entamée dans sa circonscription administrative. « Vous avez convoqué le Chef d’antenne ELECAM de Bazou pour la menacer et la cribler d’injures. Vous lui avez intimé l’ordre de changer la date de fin des travaux inscrite dans le procès-verbal afin que la session de plein droit se tienne le 18 février 2020, à des fins inavouées, en violation flagrante du code électoral et de l’indépendance de cette institution. »

Un mois seulement après ce scandale qui dénude l’autorité administrative dans le NDE, le témoin est passé à l’arrondissement de la Lokoundjé où le Sous-préfet  EYONO EBANGA s’est englué dans une affaire de meurtre. Samedi le 25 juillet 2020, une manipulation dite fausse de son pistolet dégaine au moins une balle qui finit dans le corps d’une jeune étudiante, la nommée Lydienne Solange TABA, avec qui il entretenait des relations amoureuses. L’autorité administrative sera interpellé quelques instants après l’acte d’homicide par la police.

Avec ces clichés non exhaustifs, il est clair que dans nos Régions, départements et arrondissements :

Ceux qui font l’Etat détruisent l’Etat. Ils sont indélicats avec la vie des personnes et leurs biens. Leurs liens avec les institutions qu’ils incarnent sont de plus en plus incestueux. A l’aurore de la présidentielle 2018 à laquelle il était candidat SDF, Joshua Osih le rêvait encore : « Je veux voir des administrateurs publics différents. Je souhaite qu’ils se soucient du peuple avant de penser à eux ». Alors Honorable, ose quelque chose ! Votre vœu est resté pieux. C’est grave, Tout ou presque, est en épave. La morale publique a le cou tordu, les administrateurs publics les cœurs pondus, nos rêves tondus parce que l’Etat perdu. En jetant l’anathème sur l’ENAM, Le Député SDF expliquait que « Cette école contribue à produire des fonctionnaires arrogants portés plus par la répression, la rente et l’intérêt personnel au détriment de l’intérêt supérieur de la nation ». Aux côtés de 24 autres mesures de son programme politique pour transformer le Cameroun, Joshua Osih envisageait la fermeture de l’ENAM, une fois à Etoudi. C’était dire, son envie de changer de paradigme, de moderniser son administration pour plus d’efficience et d’efficacité et aspirer à une émergence qui intègre le relèvement du niveau de vie des Camerounais en tournant le dos aux pratiques dolosives telles la corruption, le népotisme, le tribalisme entre autres. S’il est vrai avec Bertrand Pierre SOUMBOU ANGOULA que l’ENAM, l’école dont il est le Directeur Général est « la culture du patriotisme, du sens de l’intérêt général et de la probité au service de la Nation », l’urgence morale est de savoir de quelle école nos actuels administrateurs publics sont les produits, eux dont la plupart aujourd’hui brillent dans ce nid qui les ternit. Bon Lundi et à Lundi !

Suivre ci-dessous la version audio de la chronique

Lundis Chroniques – Edition du 03 août 2020 (Version audio)
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